
L'héritage Thatcher et la transformation économique britannique
À l'époque de Margaret Thatcher, le Royaume-Uni était synonyme d'inégalités, d'injustices et de conflits sociaux permanents, en panne d'essor. Pourtant, un processus de restructuration s'amorce dès le début de son mandat. John Major poursuit dans la même voie et rebâtit sur ces bases. En l'espace d'une vingtaine d'années, la Grande-Bretagne devient la première puissance financière mondiale et la troisième puissance commerciale. Surtout, elle affiche aujourd'hui le taux de chômage le plus bas d'Europe : 972 000 chômeurs pour 63 millions d'habitants — un niveau inégalé depuis 28 ans.
En clair, la situation économique n'a jamais constitué une excuse pour justifier les mauvaises performances d'un gouvernement, contrairement à ce que font certains voisins européens. Alors pourquoi rejoindre la zone Euro, alors que ses ardents promoteurs en sont les plus mauvais élèves ?
Pourquoi le Royaume-Uni remplit mieux les critères de Maastricht que ses voisins
Derrière cette dynamique économique se cache une réalité totalement différente des exigences européennes. Paradoxalement, ce pays répond mieux aux critères de Maastricht qui, rappelons-le, sont : déficit inférieur à 3 % du PIB, inflation inférieure à 3 %, taux d'endettement public inférieur à 60 %.
Aujourd'hui, le Royaume-Uni les respecte avec 1,2 % d'inflation, 2,8 % de déficit budgétaire et 45 % d'endettement public. Pourquoi écarter les Britanniques de l'Europe, alors qu'ils sont les seuls à répondre aux critères ? Le modèle européen ne peut en aucun cas s'appliquer au modèle britannique. Le modèle anglais est aujourd'hui à un stade auquel l'Europe aspire encore. Y adhérer signifierait pour le Royaume-Uni une régression dans tous les domaines, y compris — et surtout — social.
Le modèle économique britannique : entre Adam Smith et Keynes
Le modèle économique britannique n'est pas unique : il est en réalité un mélange de modèles micro-économiques. Les Britanniques ont réussi à appliquer ces modèles à une échelle macro-économique, ce qui est remarquable. Une tentative de réconcilier Adam Smith et John Maynard Keynes, tous deux économistes britanniques.
Les risques de l'adhésion à l'Euro pour l'économie britannique
Adhérer à l'Euro briserait ce mécanisme. L'Europe a besoin du Royaume-Uni pour se renforcer, mais que gagnerait-il en rejoignant la monnaie unique ? Des économies sur le taux de change Euro contre livre sterling, et un renforcement de sa position sur les marchés financiers ? Au Royaume-Uni, les seuls déçus de la non-adhésion à l'Euro sont les banques et les traders. Mais ils ne s'en plaignent pas trop : malgré tout, ils restent les plus performants du monde.
L'économie britannique repose sur l'investissement de tous les individus, dont le slogan est : « si tu gagnes, je gagne », ou vice-versa. Une approche qui semble désuète dans les autres économies européennes, où la philosophie plutôt frileuse serait : « si tu ne perds pas, je ne perds pas ». L'opposition est nette : le tout-sécuritaire contre le risque bien calculé. Adhérer à l'Euro serait, pour les Britanniques, un risque non calculé.