
Pour l'ensemble des Français, le 20 décembre est une date comme une autre. Cependant, il s'agit d'un anniversaire : l'anniversaire de la liberté. En effet, le 20 décembre 1848, Sarda Garriga proclame l'abolition de l'esclavage à l'île de la Réunion. Il met alors fin à la chasse aux marrons et aux tortures de ceux qui étaient considérés comme des objets. Mais que sont devenus ces gens dont le statut dépendait de l'esclavage ? Comment l'économie s'est-elle reconstruite et comment la Réunion a-t-elle réagi ?

Le sort des esclaves sous le Code noir
Avant 1848, le statut des esclaves à la Réunion était défini par le Code noir. Ce code, promulgué par Louis XIV en 1685, supprime tous les droits fondamentaux des esclaves. Extrait :
Art. 12. Les enfants qui naîtront des mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves et non à ceux de leurs maris, si le mari et la femme ont des maîtres différents.
Privés de leur liberté, certains tentent de s'échapper et se réfugient dans les hauts de l'île. On les appelle les « marrons ». Le Code noir ne laissait échapper aucune ambiguïté sur leur sort :
Art. 38. L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lys sur une épaule ; s'il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d'une fleur de lys sur l'autre épaule ; et, la troisième fois, il sera puni de mort.
À la Réunion, des chasses à l'homme sont organisées. Un marron mort rapporte 30 livres.

L'abolition de l'esclavage : le commissaire venu de France
Malgré une première abolition en métropole en 1794, l'esclavage n'avait jamais cessé sur l'île. Les commissaires venus appliquer la loi étaient renvoyés violemment en métropole. Napoléon rétablit la traite des Noirs en 1802.
L'ultime abolition fut déclarée en 1848. Ce fut Sarda Garriga qui fut chargé de rapporter l'application du décret à la Réunion. 60 % de la population découvre le mot liberté.
Il reçut un accueil très désagréable de la part des propriétaires. Cependant, quelques mois après son arrivée, il a réussi à imposer la loi dans le calme.

L'après-abolition : vie et intégration des affranchis
Les affranchis devront attendre août 1849 pour avoir le droit de vote. Là aussi, Sarda Garriga joue un rôle certain de médiateur. Il calme les Blancs qui voient leurs pouvoirs diminuer en demandant aux affranchis de ne pas voter. Ceux-ci sont parfois écartés des urnes par la force.
Il reste des frontières ethniques. Au début du XXe siècle, on parle encore de messe pour les Noirs. Pourtant, les mariages mixtes sont de plus en plus nombreux. Les tensions interraciales se dissipent peu à peu.
Sarda Garriga : une fin tragique

Sarda Garriga est relevé de ses fonctions en 1851. Il retourne alors à Paris pendant un an, puis est désigné commissaire de Guyane. En désaccord avec la politique de Napoléon III, il revient en métropole en 1853. Sa carrière est finie.
Il mourra en 1877, dans la misère et l'indifférence, dans sa propriété à la campagne.
Plusieurs sites portent son nom à la Réunion pour lui rendre hommage.

La fête kaf : mémoire et héritage aujourd'hui
Aujourd'hui, l'esclavage est gravé dans mes racines. Alors je ne veux pas entendre que l'on puisse vouloir faire apprendre le « côté positif » de la colonisation. Certes, le métissage est la meilleure chose qui ait pu arriver à la Réunion, mais l'esclavage a apporté son lot de douleur et de souffrance.
Le 20 décembre est un jour férié ici. On peut entendre dans les rues des airs autrefois interdits, joués sur des instruments autrefois interdits...