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Monde

La femme

Une analyse philosophique qui remet en question la domination masculine et soutient que la raison et la nature féminine plaident pour une société où la femme occuperait une place supérieure.

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La pensée française et la raison : de Descartes à la modernité

Je pense que la position des Français par rapport à la raison s'est, à un certain moment de notre histoire, séparée en deux points de vue. On peut ainsi distinguer le point de vue hérité de Descartes et Pascal, qui admettent la supériorité de la raison sur l'homme, et la perversion de ce mode de pensée — que je situerai aux alentours de 1848, ou peut-être un peu plus tard — qui place l'homme au-dessus de la raison. Ce n'est pas de l'humanisme, dans la mesure où les humanistes considéraient que l'homme était perfectible et qu'il saurait atteindre la perfection dans tous les domaines en s'appuyant sur ses meilleures vertus, y compris la raison. Bien que dans cette vision la raison ne soit qu'un outil, on observe également qu'elle permet à l'homme de se surpasser. Donc l'homme raisonné est un homme supérieur.

La domination masculine : une tyrannie sans justification rationnelle

Depuis qu'il existe des hommes et des femmes, une distinction entre mâles et femelles, les mâles n'ont cessé d'asseoir leur domination sur la femme par le moyen de la force dont la Nature les a dotés. Cette répartition ne s'appuie sur aucune autre justification que le fait. La hiérarchie homme-femme n'est rien de plus qu'une tyrannie dans la mesure où l'entité détentrice d'un pouvoir ne le détient que par la force, c'est-à-dire par aucun moyen qui se justifie par la raison. Il convient donc, dans une analyse de la condition de la femme, d'exclure la supériorité acquise plus qu'obtenue de l'homme dans la société, et de remettre en doute ce qui a déjà été admis.

Vers une nouvelle hiérarchie sociale fondée sur la raison

Si l'on exclut la force naturelle d'un des deux sexes, il convient d'étudier les distinctions de chacun de ceux-ci qui pourraient nous permettre de mettre en évidence un nouveau modèle de hiérarchie qui s'appuie sur la raison, en dignes héritiers de la philosophie française. L'homme est un sexe que l'on dit fort. Mais la force dont il a fait preuve au cours de l'histoire a contribué à enfermer sa raison dans une philosophie du dogmatisme, de la tradition et des valeurs anciennes qui lui permettent encore de se justifier par les mêmes arguments de sa supériorité de fait, à savoir la force.

La femme dans l'Antiquité : influence en Grèce et à Rome

Force est de constater que dans les civilisations qui découlent d'une remise en cause, la femme occupe une place importante. Ainsi, dans l'Antiquité grecque, la femme n'était certes pas admise dans les décisions de la Cité, mais se chargeant de l'éducation des enfants et de la maison, elle formait en même temps les esprits qui s'occuperaient par la suite de la Cité, exerçant ainsi une influence indirecte sur celle-ci. Elle tenait une place importante dans l'économie de la Cité en étant la principale intendante des maisons respectables, et par conséquent la principale cliente, si ce n'est la seule. De même, à Rome, bien que les femmes n'occupaient pas de fonctions politiques, elles étaient respectées et exerçaient une influence sur l'empire à travers les maris qu'elles tenaient, pour ainsi dire.

La nature féminine : douceur et compassion face à la force

La femme, placée dans une condition d'infériorité physique par rapport à l'homme, s'en trouve tournée vers un tempérament naturel plus doux, que les années d'évolution ont contribué à asseoir. La soumission dans laquelle elle s'est trouvée malgré elle a orienté son mode de pensée vers l'indulgence et la compassion. Ainsi, face à une guerre, il est rare qu'une femme émette une réflexion apparentée à « ils l'ont bien mérité, cela leur apprendra », mais plutôt « des hommes vont mourir inutilement, pourquoi ne pas régler le différend par des négociations ? ». Cette douceur naturelle a en même temps poussé les hommes à justifier leur domination sur le beau sexe par sa faiblesse qu'ils ont crue naturelle. C'est pourquoi les civilisations orientales ont cru bon mais nécessaire d'écarter la femme non seulement de la politique mais de la société même, alors que les civilisations européennes, reconnaissant au cours de l'Antiquité et de l'époque des Lumières la légitimité dans laquelle se trouvait la femme à la cour, se trouvaient influencées par celle-ci. Ainsi, les contemporains de Louis XIV s'accordaient tous sur la faiblesse de celui-ci devant ses maîtresses, qui étaient pour cela considérées comme les véritables souveraines du royaume.

Pourquoi la femme devrait dominer la hiérarchie naturelle

Et l'on arrive par cela à un fait que l'histoire a ignoré, ou plutôt rejeté : la femme et l'homme, placés dans des conditions d'égalité, se trouvent naturellement poussés vers une hiérarchie que l'on a tendance à inverser. Et la justification de cette tendance naturelle se trouve dans les organes les moins visibles des deux sexes. En effet, le fait est que l'homme trouve du plaisir à multiplier ses conquêtes, et par conséquent, est toujours prêt à passer à l'acte, alors que la femme, tout autant avide de relations amoureuses, ne passe pas nécessairement aussi vite au lit. Ainsi, l'homme se fait naturellement demandeur et la femme offreuse, si bien que l'on peut considérer la relation homme-femme sous le même œil que le marché de l'offre et de la demande (optique que les Orientaux ont exclue en plaçant la femme dans les sérails, les assujettissant ainsi à la demande). Or, la logique, comme l'a démontré l'économie classique et les économistes qui ont suivi Keynes, voudrait que la demande suive l'offre, et non le contraire. En effet, le client individuellement pris n'a pas de pouvoir sur le vendeur, ni sur les prix. Il paie le prix ou il va voir là où c'est moins cher ; ou alors, il n'a d'autre choix que de s'abstenir.

Pour une société guidée par la femme : économie et ordre social

D'où le manque de logique des sociétés où l'homme l'emporte sur la femme. Ce serait renier le fait que l'homme soit naturellement dirigé par la femme, ce dont la cour sous Louis XIV est le meilleur exemple. En outre, la société où la femme est ainsi placée au moins à égal niveau que l'homme, ou au-dessus, serait une société où règnerait de même que chez la femme la compassion et la douceur, ce qui ne manquerait pas de favoriser l'économie et l'ordre social.

Lorenzaccio et les Lettres Persanes : deux modèles de société

Afin d'illustrer cette assertion, on peut opposer la Venise du Lorenzaccio d'Alfred de Musset à la civilisation orientale que dépeint Montesquieu dans les Lettres Persanes. Alors que dans la première, les femmes influencent directement les décisions des chefs de famille, donc des notables de la Cité, la seconde rassemble les femmes dans des sérails et les place sous la garde sévère des eunuques, les excluant ainsi du monde extérieur. Bien que dans la première, il existe des révoltes et des répressions sanglantes, elles se font au nom de valeurs que symboliquement la langue française met au féminin : LA justice, LA République, LA patrie… Outre les considérations sémantiques, les femmes les justifient à plusieurs reprises dans l'œuvre, et Musset a su illustrer une caractéristique de la femme qui justifierait parfaitement une place plus importante dans la société : la tempérance.

La Perse que décrit Montesquieu est une nation déchirée entre les sanglantes fantaisies d'un empereur tout-puissant et l'influence d'hommes aux femmes innombrables, et par conséquent, contrôlés par rien d'autre que leur naturel influencé par la force dont ils ont été investis depuis le commencement. Alors que la première ne parvient pas à la République pour des raisons décidées par quelques hommes, la seconde dégénère comme l'illustre dans la même œuvre l'exemple turc, ou la dislocation du sérail vers la fin de l'œuvre.

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bob razowsly
Bob Razowsky @bob razowsly
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