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Monde

La famille et l'insécurité au Cameroun

Face à la crise économique et au chômage, quel rôle les parents peuvent-ils jouer pour éduquer la jeunesse camerounaise et lutter contre l'insécurité grandissante ?

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Aujourd'hui classé « pays pauvre très endetté » par les institutions financières internationales, le Cameroun s'efforce, comme la plupart des pays en voie de développement, d'alléger sa dette extérieure et de combattre des maux aussi divers que le chômage, l'analphabétisme et la délinquance juvénile. On en vient naturellement à se demander si l'insécurité — ou plus exactement l'absence de bien-être physique, matériel ou moral — est un phénomène de société qui se définit par rapport à la pauvreté. Si tel est le cas, dans quelle typologie faudrait-il classer l'insécurité qui sévit en France ou en Allemagne, tous deux membres du G7, le groupe des sept pays les plus industrialisés du monde ? En outre, l'insécurité est-elle un trait propre à la nature humaine ? À l'occasion de la Journée mondiale de la famille, il convient de s'interroger sur le rôle du « phénomène familial » face au fait de société qu'est l'insécurité.

Quel rôle les parents jouent-ils dans l'éducation des jeunes ?

Sur le plan sociologique, la famille représente le noyau de la société, ce milieu restreint qui nous initie à la pratique du civisme. Aussi revient-il aux parents une charge indéniable d'initier les jeunes à la vie communautaire. L'éducation parentale apparaît ainsi comme un tremplin pour l'émergence d'une jeunesse forte, imprégnée d'un sens profond de l'éthique. Pourtant, dans les villes et campagnes du Cameroun, force est de constater que pour de nombreux parents, la carrière professionnelle est privilégiée au détriment de l'éducation des enfants, quand ces derniers ne sont pas purement et simplement « mis en quarantaine » sous le prétexte de leur caractère frondeur, exclus dans la rigueur des internats, loin de la chaleur maternelle.

Abandon parental et errance des adolescents

Beaucoup d'adolescents camerounais mènent une vie nomade à longueur de journée : du vidéo-club où les gestionnaires ont perdu depuis longtemps la notion de programmation sélective, aux coins de rue où ils s'adonnent aux jeux vidéo. Ces jeunes sont prématurément livrés à eux-mêmes, et leurs parents sont loin de trouver la solution idéale. Ils sont victimes de la pauvreté ambiante d'une société dépourvue de structures d'accueil capables d'abriter ces enfants de la rue, orphelins ou rejetés par des parents plus enclins à procréer qu'à planifier les naissances.

Crise économique et chômage des jeunes au Cameroun

La crise économique s'est rapidement imposée comme l'un des thèmes privilégiés des discussions de rue, et l'on peut constater la rapidité avec laquelle le Camerounais moyen l'a intégrée dans ses préoccupations quotidiennes. La conscience des difficultés économiques actuelles est profonde : elle s'affirme comme la perception claire du lien entre la cause et son effet. La cause est clairement désignée : la chute des prix des matières premières, qui accentue gravement la détérioration des termes de l'échange. Il en résulte automatiquement une baisse sensible des recettes tirées des exportations et des difficultés de trésorerie pour l'État qui, plus que par le passé, doit recourir à l'endettement. Compte tenu de la réduction du train de vie de l'État et de la stagnation des revenus salariaux, la consommation marque une tendance à la baisse et le taux de chômage s'accroît.

Oisiveté et délinquance juvénile : quelles conséquences ?

Livré à lui-même, le jeune Camerounais fait face à l'oisiveté. Les plus privilégiés, ceux qui vont jusqu'en classe terminale, n'hésitent pas à faire du baccalauréat leur « diplôme de sortie », non seulement pour éviter le coût de la vie estudiantine, mais surtout parce que les sentiers de l'emploi sont jonchés d'obstacles. C'est, pour tout dire, le jardin secret des illuminés ! Ici, c'est un bachelier embauché sur un chantier de construction ; là, un licencié devenu chauffeur de taxi. Et la vie continue… D'autres, plus ingénieux, mettent à profit leur génie pour des pratiques peu recommandables telles que la fabrication de faux documents et l'organisation de braquages. Comble de malheur, ils inculqueront à leurs cadets cette vision pragmatique du monde qui forge leur orgueil et les plonge dans une illusion d'invincibilité. La famille serait-elle devenue le lieu par excellence de toutes les dérives ?

Structures d'encadrement et solutions pour la jeunesse

Outre le Centre Régional de Promotion du Livre en Afrique au Sud du Sahara (CREPLA), des structures ont été mises en place pour accueillir les jeunes scolarisés ou non : les Centres de Jeunesse et d'Animation permettent aux jeunes de bénéficier d'une formation professionnelle à travers des ateliers de pédagogie qui leur apprennent un métier, afin qu'ils puissent se prendre en main. Par ailleurs, grâce à l'appui de la CONFEGES, le Ministère de la Jeunesse et des Sports finance chaque année des projets conçus par des jeunes, joignant ainsi ses forces au Programme de réduction de la pauvreté en milieu urbain mis en place par le Ministère de la Ville.

Ainsi, la famille ayant failli à sa mission, la société se doit de l'aider afin que subsiste cet « appui mutuel » dont parlait Karl Jaspers.

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ddnat@france-jeunes.net
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