
Je suis actuellement en Terminale S au lycée Jean Macé de Niort. Je vais tenter de vous expliquer pourquoi notre lycée — et seulement quelques autres en France — s'est mobilisé contre ce projet de loi qui, malheureusement, n'en est plus un aujourd'hui.
Tout d'abord, je tiens à préciser que je passe mon BAC cette année et que, comme toutes les personnes engagées dans cette lutte, nous voulons obtenir notre diplôme. Il ne s'agit donc pas de sécher des cours pour le plaisir. Aujourd'hui, nous jouons notre avenir, celui de nos frères et sœurs, mais aussi celui de nos enfants. Pensez à tous ces gens, et pas seulement à votre BAC si vous êtes actuellement en Terminale.
Pourquoi la décentralisation menace l'école républicaine
Le gouvernement Raffarin souhaite accroître la décentralisation. Une telle politique d'aménagement du territoire n'est pas sans conséquence pour bon nombre d'administrations, parmi lesquelles l'Éducation nationale. La décentralisation, qui n'est pas un fait nouveau pour cette institution, pourrait fort bien affaiblir les valeurs propres à l'éducation pour tous, déjà sérieusement remises en question par Luc Ferry, et avec lui, une grande majorité des enseignants qui ont fait entendre leur renoncement au modèle du Collège Unique.
Les risques d'un système éducatif décentralisé
Une décentralisation de l'administration relevant du ministère de l'Éducation aurait des conséquences néfastes sur le plan égalitaire. L'exemple est proche de nous puisque nos voisins allemands le savent bien : décentralisé, leur système éducatif n'avait pas la cohésion souhaitée. Ils ont donc décidé une première marche vers une recentralisation, en instaurant des tests d'évaluation nationaux, jadis réalisés régionalement, dans les Länder.
Cette avancée n'est pas anodine : le gouvernement, en décentralisant, prend le risque — mais n'est-ce pas ce qui est recherché ? — d'affaiblir la mission de service public et d'écorner l'idéal égalitaire républicain. Nous aurions alors des écoles à plusieurs vitesses : celles des régions les plus riches où opérerait une compétitivité accrue, et celles des régions pauvres.
Les conséquences sociales de la décentralisation
Le but de ce projet, sous couvert de modernisme, est en définitive de faire supporter aux collectivités locales les frais en matière d'éducation, allégeant ainsi le budget ministériel. Cela permettrait par la suite de baisser les impôts au niveau national, tandis que les impôts locaux connaîtraient une augmentation sans précédent.
Au final, le gouvernement en place pourra faire comprendre que l'on a l'école que l'on mérite ! La logique libérale est ainsi faite qu'elle trouve toujours un écho favorable auprès du peuple, pourvu qu'on lui promette une baisse d'impôts. En résumé, décentraliser à l'extrême le système éducatif, c'est permettre au citoyen de payer moins d'impôts.
Comme les couches les plus modestes en sont exemptées, le système rêvé par le gouvernement permettra de soulager les plus riches par répartition : tous les Français seront invités à casser la tirelire, pauvres et riches à égalité. Mais plus la région sera pauvre, plus l'égalité des chances sera compromise.
Dans une même ville, riches et pauvres paieront la même somme, à cette différence près que leurs enfants ne seront pas scolarisés dans la même école.
L'exemple allemand : un avertissement pour la France
L'exemple allemand, me dira-t-on, est mal adapté à ces propos, puisqu'en France, les programmes scolaires sont nationaux. Les Allemands ont déjà testé la décentralisation scolaire et nous donnent là les premiers signes d'un pragmatisme efficace : cela ne fonctionne pas !
Une éducation locale ne peut se substituer à une Éducation nationale, sans quoi le milieu scolaire, déjà en proie aux pressions parentales et aux inégalités qu'il reste à corriger, deviendrait un environnement de plus en plus hostile.
Agir ensemble pour défendre l'égalité scolaire
Voilà pourquoi nous devons faire bouger les choses, mais ensemble. Si nos grèves restent isolées comme aujourd'hui, rien ne se fera et beaucoup de gens penseront comme actuellement : « Ça ne sert à rien, personne ne bouge ». Voilà ce qui bloque aujourd'hui une avancée vers une remise en question.
Il faut revendiquer ce que nous concevons comme légitime : le droit à une éducation égalitaire (même s'il existe déjà des inégalités) et non en fonction des moyens parentaux.
Agissez maintenant pour faire entendre notre voix dans la France entière et éviter qu'il ne se reproduise ce qui s'est passé le 21 avril 2002, parce que nous n'avions rien fait pour l'empêcher.