
Nous pourrions croire que, de nos jours, la population mondiale — ou du moins celle des pays industrialisés — est bien informée et que l'information nous arrive brute, telle quelle. Rien n'est plus faux. En réalité, la concentration des médias touche la plupart des pays, industrialisés ou non. Bien que plus flagrante dans les pays en voie de développement, cette forme de manipulation existe partout. Pourquoi ? Pour des raisons économiques, bien sûr.

Qu'est-ce que la concentration des médias ?
Lorsque nous parlons de concentration des médias, nous désignons le fait que les informations diffusées par différentes sources sont concentrées en une seule et même « opinion » : celle de la firme qui possède la radio, le journal ou l'émission qui diffuse l'information. En donnant l'impression au lecteur qu'il se fait une idée juste de la situation puisqu'il consulte diverses sources, cette firme manipule le public en lui faisant croire que les faits relatés sont véridiques, alors qu'ils ne sont souvent qu'un reflet des intérêts de ladite firme. Plus un acteur financier possède de sources d'informations, moins il reste de sources disponibles à la concurrence pour donner au public une autre version des faits. L'emprise de la firme sur le public se renforce donc au fur et à mesure qu'elle augmente ses effectifs médiatiques.

Pourquoi les pays en voie de développement sont-ils plus touchés ?
La concentration des médias dans les pays en voie de développement (la plupart des pays d'Afrique et d'Asie) ou les pays subissant une dictature (Cuba, par exemple) est énorme. En effet, la population ne possède ni les recours légaux nécessaires contre ce genre de manipulation médiatique, ni l'éducation requise pour comprendre toute la gravité du problème. Un seul journal est publié à Cuba, et il doit être approuvé par des membres du gouvernement. Ainsi, on bloque toute information venant de l'extérieur : on étouffe les idées de révolution, on laisse entendre que la vie est ainsi partout à travers le monde.
Bien sûr, des fuites existent : sans avoir de nombre exact, on décèle plus ou moins 2 journaux clandestins par pays opprimé. Ainsi, certains intellectuels lançant l'idée d'une presse libre entraînent avec eux des membres de toutes les strates de la société et créent souvent, clandestinement, des réseaux d'informations. Évidemment, tout ceci est absolument illégal et passible de la peine de mort dans certains pays.
En fait, dans les pays en voie de développement, on souhaite laisser entendre à la population que la vie ne pourrait être différente : qu'elle est telle qu'elle est partout et que le changement ne doit pas être envisagé. Siégeant sur un pouvoir somme toute assez précaire, les membres des différents gouvernements de ces pays craignent plus que tout la propagation des connaissances et des façons de vivre des autres pays, qui pourraient donner quelques idées révolutionnaires à la population qui leur permet de s'enrichir. Ainsi, étant la seule source d'information de leur pays, les gouvernements peuvent tout dire : se proclamer maîtres de tout, s'approprier terres et fonds. Sans opposition et avec le contrôle des médias et, de ce fait, de l'opinion de la population, ils détiennent un pouvoir insoupçonné. Bref, un fléau beaucoup plus grave qu'on ne le pense.

Comment la concentration médiatique opère-t-elle dans les pays industrialisés ?
La manipulation n'est pas moins importante dans les pays industrialisés, comme on a trop souvent tendance à le croire. En effet, bien que plus subtile, elle est toujours là. Elle s'opère cependant de manière différente de celle des pays en voie de développement. Au lieu de n'avoir accès qu'à une seule source d'information, le lecteur a accès à plusieurs sources qui viennent cependant du même endroit.
À titre d'exemple, prenons une compagnie A. La compagnie A possède au départ un journal, dans lequel elle publie des faits véridiques, bien sûr, mais également une version déformée de la réalité lorsque cela peut lui être profitable. Au fil du temps, la compagnie A acquiert un poste de radio. Celui-ci énonce des faits de la même façon que le journal. De ce fait, la personne lisant le journal et écoutant la radio croit bien s'informer mais, pourtant, elle fait face à deux sources d'informations qui sont en fait la même. La compagnie A peut acheter ainsi un nombre illimité de sources d'informations : télévision, journaux, Internet, etc.
En fait, la concentration des médias dans les pays industrialisés est presque plus honteuse que dans les pays en voie de développement, puisqu'on berne carrément la population en lui laissant croire qu'elle a accès à énormément de sources d'informations, ce qui est rarement le cas. Seul point positif : les pays industrialisés ont accès à l'information des autres pays, ce qui est très rarement le cas dans les pays en voie de développement.

Étude de cas : Quebecor et l'emprise médiatique au Québec
À titre d'exemple flagrant de la concentration des médias, nous pouvons citer Quebecor, une entreprise de communication québécoise. Quebecor est en fait une entreprise appartenant à la famille Péladeau qui œuvre dans le domaine des médias. Active au Canada, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Europe ainsi qu'en Asie, Quebecor est en constante expansion. Avec ses 52 000 employés répartis dans 15 pays différents ainsi que ses 11,6 milliards de dollars de revenus, Quebecor devient la deuxième plus importante entreprise du domaine au Canada.
Quebecor possède 14 journaux, 22 magazines, 11 sociétés d'édition, 4 sociétés de distribution, des parts dans 22 chaînes de télévision, 1 fournisseur d'accès Internet, 15 sites Internet ainsi que 6 commerces. Quebecor possède également 50 % de Home Shopping Service Canada, responsable de toutes les activités de télé-achat du Groupe. Ajoutons à tout cela une maison de production (JPL Production) étant la principale source de production du réseau TVA.

Conclusion : quel impact sur la liberté d'information ?
Il est très évident que la concentration des médias a un très grand impact sur la liberté d'information de la population. Ainsi, plusieurs magazines, postes de radio, journaux et chaînes de télévision appartenant à une seule et même entreprise divulgueront des informations allant abondamment dans le sens de l'entreprise en question. Si l'argent injecté dans un poste de radio en particulier vient d'une entreprise spécifique, ce poste sera non seulement contrôlé par l'entreprise, mais il divulguera lui-même des informations pouvant « aider » l'entreprise qui le possède, tout ceci sur fond de profits économiques.
L'argent gouverne ces médias qui sont souvent trop petits pour lutter contre les grands empires médiatiques. Le fait que la plupart des journaux lus appartiennent à la même entreprise berne une population qui ne s'informe jamais assez : ainsi, les lecteurs croient connaître la vérité en arguant qu'ils ont lu une certaine nouvelle à plusieurs sources, alors que toutes ces sources viennent en réalité du même endroit. On trompe la population, on dissimule, mais la réalité reste la même : les médias sont contrôlés et ne nous laissent voir, pour la plupart, que ce qu'ils veulent bien que nous sachions.