
Qui était Sunanda Pushkar ?
Sunanda Pushkar était une femme rayonnante qui aimait la vie. Elle reste l'une des femmes les plus entreprenantes de l'histoire de l'Inde. Partie d'un poste de réceptionniste dans un hôtel à Srinagar, elle est devenue une femme d'affaires accomplie. Elle est également connue pour son combat pour les droits des femmes au Cachemire indien, prenant même la parole au Parlement indien (Lok Sabha) pour cette cause.
Son mariage avec Shashi Tharoor, alors ministre des Ressources Humaines et aujourd'hui député, l'a propulsée sous les projecteurs. Une relation complexe qui, selon elle, la liait à des crimes que son mari aurait commis.
Quel rôle a joué l'affaire Twitter ?
Le 16 janvier 2014, Sunanda Pushkar accède au compte Twitter de son mari Shashi Tharoor. Enflammée de jalousie et d'angoisse, elle expose publiquement la relation extra-conjugale de son époux avec la journaliste pakistanaise Meher Tarar, qu'elle accuse de vouloir déstabiliser son foyer.
Mais elle ne s'arrête pas là. Sunanda va plus loin, publiant sur Twitter les conversations qu'elle prétend avoir interceptées entre la jeune journaliste et son mari. Ces révélations fracassantes ébranlent la classe politique de l'époque, notamment le parti au pouvoir, le Congrès.
Quelles accusations a-t-elle lancées ?
Dans cette même série de tweets, Sunanda fait une déclaration stupéfiante : elle avoue avoir "porté les crimes" de son mari lors du scandale de l'Indian Premier League (IPL) en 2010. Une enquête visait alors Shashi Tharoor pour des acquisitions illicites dans le cadre de l'IPL, présumément sous couvert de sa femme.
Elle accuse également la journaliste pakistanaise d'être au service de l'ISI, l'une des plus importantes branches des services de renseignement pakistanais. La réponse de Meher Tarar ne tarde pas : elle menace de poursuivre Sunanda en justice pour diffamation. Dans un pays aux relations très tendues avec le Pakistan, ces accusations déclenchent une véritable tempête médiatique.
Comment Sunanda Pushkar est-elle morte ?
Après avoir menacé de faire plus de révélations, Sunanda Pushkar ne verra pas la suite de son combat. Son décès est annoncé le 17 janvier 2014, son corps étant retrouvé sans vie dans la suite 345 de l'hôtel Leela à New Delhi.
À son retour à l'hôtel Leela vers vingt heures, Shashi Tharoor découvre le corps de sa femme sans vie. Ému, il alerte immédiatement la police. Le caractère soudain de ce décès, juste après son déchaînement sur Twitter, suscite immédiatement des interrogations.
Quelles étaient les premières théories ?
Beaucoup évoquent une mort provoquée, politiquement motivée. Sunanda venait de lancer des allégations explosives contre son mari dans une période cruciale : Shashi Tharoor était candidat au poste de député national, et son parti, le Congrès, déjà fragile, cherchait à conserver le pouvoir lors d'une élection difficile.
La piste du Polonium-210
La réponse sur les causes du décès ne tarde pas. Dans son rapport final, le Dr Sudhir Gupta de l'All India Institute of Medical Science (AIIMS), ayant conduit l'autopsie, mentionne le caractère artificiel de ce décès. Il parle d'un probable empoisonnement au Polonium-210, une substance radioactive, retrouvée dans les viscères de la défunte.
Ce rapport relance le débat, mais est rapidement écarté par les autorités de l'époque. La police de Delhi, dans ses conclusions, ne suit pas la même voie que le médecin. Elle évoque d'abord un apparent suicide avant de conclure finalement que les véritables raisons du décès de Sunanda restent inexpliquées. Aucune enquête pour meurtre ne sera ouverte initialement.
Pourquoi la famille conteste-t-elle cette version ?
La famille et les proches de Sunanda Pushkar contestent fermement cette version. Ils pointent du doigt l'ancien ministre pour implication potentielle. Pour Riyaz Merchant, un ami proche de Sunanda, la thèse du suicide est à exclure : "Sunanda aimait la vie, elle ne pouvait donc pas céder à un tel acte barbare."
Pourquoi la police a-t-elle changé sa version ?
Un an après les faits, le Dr Sudhir Gupta refait surface avec une affirmation choc : il aurait été approché par certains officiels lui demandant de falsifier les conclusions de l'autopsie, en faisant passer le décès pour une mort naturelle. Un ordre qu'il aurait refusé de suivre, conformément à la déontologie de son métier. Le médecin affirme subir quotidiennement des menaces pour n'avoir pas obtempéré à l'époque.
Ce témoignage relance le débat sur les circonstances troubles du décès de Sunanda. Face à ces révélations, la police de Delhi fait marche arrière et mentionne désormais un probable empoisonnement, en soulignant la présence de blessures inexpliquées sur le corps de la défunte. Une version qui coïncide avec celle du Dr Sudhir Gupta.
Depuis lors, la police de Delhi a ouvert une enquête pour meurtre contre X. Plusieurs témoins ont été entendus, dont l'ancien ministre Shashi Tharoor qui, à l'époque des faits, avait demandé aux médias de respecter sa vie privée. Dans une déclaration publique, l'ancien ministre a affirmé vouloir coopérer avec la police pour élucider les circonstances du décès de sa femme.
Quelles accusations visent le ministre ?
Ces déclarations n'ont pas convaincu tout le monde. Beaucoup continuent de pointer Shashi Tharoor du doigt, l'accusant d'en savoir plus qu'il ne le prétend, voire d'être directement impliqué dans le meurtre.
C'est notamment ce qu'affirme Subramanian Swamy, un haut cadre du BJP (parti actuellement au pouvoir), qui fut l'un des premiers à accuser directement Shashi Tharoor. Ce cadre du BJP est allé jusqu'à écrire au Premier Ministre et au CBI (Central Bureau of Investigation) pour réclamer une enquête approfondie dans ce dossier, accusant l'ancien ministre d'entraver la justice. Il fut également le premier officiel à évoquer publiquement la piste de l'empoisonnement au Polonium-210.
Quelles sont les implications politiques ?
Cette affaire constitue un cas particulièrement délicat pour l'élite politique indienne. Si l'ancien ministre était impliqué dans le meurtre de sa femme ou dans une conspiration ayant conduit à sa mort, les conséquences seraient graves : non seulement il encourrait de nombreuses années de prison, mais cela conduirait probablement à la réouverture de l'enquête sur les prétendues acquisitions illicites lors de l'IPL, précisément ce sur quoi travaillait Sunanda avant sa mort.
Tout l'Inde suit cette affaire avec beaucoup d'intérêt, car les révélations de Sunanda concernent des sujets sensibles, notamment ses allégations contre la journaliste pakistanaise d'être affiliée aux services de renseignement pakistanais.
Jalousie ou vérité dangereuse ?
Une question centrale persiste : Sunanda était-elle victime d'une simple crise de jalousie en accusant son époux d'infidélité, ou révélait-elle des vérités si dangereuses qu'elles ont provoqué sa mort ?
Quels nouveaux éléments dans l'enquête ?
Plus d'éléments continuent d'apparaître sur les circonstances ayant entouré le décès brutal de cette dame de 51 ans. Selon des témoignages non confirmés de passagers, une violente dispute aurait éclaté entre Sunanda et son époux Shashi à bord d'un vol Air India entre Mumbai et Delhi le 15 janvier 2014, soit 48 heures avant la découverte de son corps sans vie.
Dans le cadre de l'enquête en cours, la police de Delhi a interrogé les membres de l'équipage sur cette possible altercation. Leurs dépositions n'ont toutefois pas été rendues publiques.
Quel était le dernier appel de Sunanda ?
Dans une révélation explosive, la journaliste chevronnée Nalini Singh a affirmé que Sunanda était tendue et fondait en larmes quelques heures avant sa mort. La star de télévision était la dernière personne à avoir reçu un appel de Sunanda.
Dans une interview exclusive accordée à Zee Media, Nalini Singh raconte : "À 00h10 le 17 janvier, j'ai reçu un appel de Sunanda. Elle pleurait et était très tendue. Je me suis dit que cela était peut-être dû à l'échange virulent qu'elle avait eu sur Twitter avec la Pakistanaise Mehr Tarar. Mais Sunanda m'apprenait plutôt que Shashi Tharoor aurait supprimé des messages sur son téléphone BlackBerry. Elle a dit qu'en tant que personne des médias, je devais l'aider à récupérer ces messages... Mais laissez-moi vous dire que Sunanda et moi avions déjà discuté de Tarar six mois plus tôt lors d'un dîner chez elle."
La famille en quête de vérité
La famille de Sunanda Pushkar exige des réponses claires et accuse l'ancien ministre de complicité dans le meurtre de leur fille. Pour ses proches, sa mort ne peut rester un mystère ni un meurtre non élucidé comme l'Inde en connaît trop souvent. Cette famille blessée cherche également à faire pression au moment opportun, car depuis mars 2014, l'Inde a changé de régime avec le BJP au pouvoir, un parti qui pourrait être plus disposé à faire la lumière sur ce dossier.
Chaque jour, de nouveaux éléments paraissent dans ce dossier, et les collègues de Shashi Tharoor au parlement n'hésitent pas à réclamer sa démission pour permettre à la justice de faire son travail, une position que son parti politique, le Congrès indien, ne semble pas soutenir.
Quelles questions restent sans réponse ?
De nombreuses questions persistent dans cette affaire : Pourquoi Sunanda Pushkar a-t-elle été tuée ? Qui est le commanditaire de ce meurtre ? Sunanda était-elle sérieuse dans ses dernières révélations ou s'agissait-il simplement d'une crise de jalousie qui a mal tourné ? Quel est le rôle exact de Shashi Tharoor dans cette affaire ? Pourquoi le couple séjournait-il dans un hôtel plutôt que dans leur appartement familial ? La jeune dame s'est-elle suicidée ? Pourquoi ferait-elle une telle chose alors qu'elle était pleine de vie ? Quelqu'un l'a-t-il forcée à ingérer ce poison ? Qui est ce "X" recherché par la police ? Que révèlent les traces de blessures retrouvées sur son corps ? Aurait-elle subi une attaque ?
Le mystère persiste sur toutes ces questions auxquelles la police s'efforce de répondre.
Comment le scandale dépasse-t-il la politique ?
Cette affaire rapproche de plus en plus l'ancien ministre devenu député national de la scène du crime, avec des témoignages le pointant directement. Pour son parti politique, le Congrès, toutes ces révélations représentent un coup difficile à encaisser. Shashi Tharoor est un membre éminent et talentueux du parti. Le Congrès risque non seulement de perdre un politicien important, mais se trouve également mis en difficulté par les déclarations du Dr Sudhir Gupta, qui affirme avoir subi des pressions politiques pour falsifier le rapport d'autopsie. Si ces allégations étaient confirmées, elles sonneraient comme une affaire d'abus de pouvoir et de trafic d'influence.
L'homme de lettres impliqué
Loin de ne concerner que la sphère politique où Shashi Tharoor a passé plus de trente ans de sa vie, ce dossier touche également le monde littéraire indien. Shashi Tharoor est en effet un écrivain, romancier et poète de renom. Classé parmi les écrivains légendaires indiens, il a reçu de nombreux prix et distinctions. Il constitue également une source d'inspiration pour de nombreux jeunes auteurs.
Sunanda Pushkar laisse derrière elle un fils de 21 ans, Shiv Menon, terrassé par le décès brutal de sa mère.