
Ce mercredi 13 décembre 2006, la RTBF (chaîne publique) a diffusé par surprise un docufiction sur la séparation éventuelle de la Belgique. D'importants moyens ont été déployés, mais sans autorisation du monde politique, pour entretenir et amplifier un climat de tension. Cela a relancé le débat sur les docufictions : sont-ils bénéfiques ou dangereux ? Ce programme a fait le tour du monde : France, Canada, Russie...
Qu'est-ce qu'un docufiction ?
Un docufiction est un récit de faits qui pourraient se produire ou qui n'arriveront jamais. Le but de ce genre de documentaire est d'instiller le doute : le spectateur ne sait plus quoi croire.
Le plus célèbre docufiction de l'histoire est La Guerre des mondes de H.G. Wells, diffusé à la radio par Orson Welles le 30 octobre 1938. Ce récit racontait l'invasion de la Terre par les Martiens... et de nombreux auditeurs y ont cru !
Dans le cas du docufiction sur la séparation de la Flandre, et comme dans tout divorce, la RTBF a voulu montrer la profonde cicatrice que tout Belge porterait. Ils ont réussi : l'émission a provoqué une pléthore d'appels, certains scandalisés, d'autres enthousiastes.
L'impact sur notre esprit critique
Dans les médias, l'impact sur l'esprit critique est considérable lorsqu'on présente une vérité à la fois réelle et fictive.
Prenons le cas d'un enfant qui vient d'apprendre la Brabançonne à l'école et qui découvre ce documentaire : il peut être profondément choqué. Imaginons aussi un adolescent en décrochage scolaire, en pleine révolte contre ses parents, qui apprend que la Flandre demande la scission... pour découvrir 30 minutes plus tard que ce n'est qu'un canular. Ne va-t-il pas se révolter davantage contre ses parents, son école et la société entière, se demandant dans quel monde il vit ?
Ces exemples montrent que des personnes fragiles peuvent mal interpréter ce docufiction en se révoltant contre la société, provoquant ainsi la transformation de la fiction en réalité. Cela peut s'avérer très dangereux. Âmes sensibles, s'abstenir !
D'un autre côté, le docufiction de la RTBF peut présenter des avantages. Sans une prise de conscience collective, on continuerait à penser que tout va bien dans le meilleur des mondes. Or non : un certain nombre de Wallons et de Flamands veulent la scission et peuvent représenter un danger s'ils sont vraiment déterminés. La RTBF a agi à grande échelle, gardant le secret pendant deux ans avant de tout révéler pour le bien du peuple belge.
Ce docufiction a suscité un vif débat. Les hommes politiques ne tenaient plus en place. Si cela avait été réel, cela aurait été encore plus terrible : le passage de la théorie à la pratique.
Et s'il y avait vraiment une scission de la Belgique ?
De nombreuses personnes ne sauraient comment s'accorder sur la scission de la Belgique : il existe tellement de scénarios possibles, comme le montre l'enquête réalisée par la RTBF et l'institut de sondage IPSOS sur le site Moi Belgique, en complément des 7 épisodes sur l'histoire de Belgique racontés par Annie Cordy.
Ce serait la « balkanisation » de la Belgique : aucun accord viable ne serait possible. Il faudrait organiser un référendum pour consulter toute la population sur l'avenir du pays. Mais c'est une autre histoire...
Le docufiction peut-il prédire l'avenir ?
Ce qu'un docufiction ne peut pas dire, c'est si l'événement va s'amplifier ou non. Il relate seulement les faits et leurs conséquences probables. Il faut rester prudent face à ce qu'on voit : on se dit que cela pourrait se passer... ou pas.
Par exemple, si les tensions entre Wallons et Flamands s'apaisent, la Belgique pourrait rester unie. Mais si ces tensions perdurent, la séparation devient envisageable. Et si elle se produit, il vaudrait mieux, selon moi, que la Wallonie et Bruxelles soient rattachées à la France et que la Flandre rejoigne les Pays-Bas. La Belgique étant déjà un petit pays, la couper en deux n'aurait plus aucun sens.
Conclusion : le docufiction, un outil à double tranchant
Un docufiction, par son effet sensationnel, permet de réaliser que certains événements – possibles ou impossibles – comme la séparation de la Belgique auraient des conséquences invivables sur le long terme. En ce sens, le docufiction est une bonne chose.
Ils ont bien joué le coup de la surprise : diffuser une autre émission pour l'interrompre avec un message quasi illisible au début : « ceci est peut-être une fiction ». Beaucoup de gens y ont cru (des milliers d'appels et de SMS). Chapeau quand même !
Pour signer la pétition de soutien à la RTBF : Pétition pour le soutien à la RTBF contre le monde politique
Pour plus d'infos : Moi Belgique et RTBF : une émission qui marquera