
Les progrès de l'esprit philosophique et le goût classique (1715-1750)
Après la mort de Louis XIV, l'esprit philosophique profite de l'affaissement de l'autorité pour s'affirmer et conquérir ainsi un public de plus en plus large par des idées novatrices. Les principes de la philosophie s'appuient sur la raison et l'expérience (réflexion logique, critique de la révélation, goût des faits positifs), sur la science humaine en réaction contre la religion (expériences et recherches de laboratoires, progression de l'érudition historique et archéologique), sur les échanges internationaux et les voyages (notamment en Angleterre). Pourtant, l'esprit philosophique respecte le génie du classicisme par une lucidité de pensée et une clarté d'expression imposantes, comme en témoignent Voltaire et Montesquieu.
Les conquêtes de l'esprit philosophique et l'éclosion du romantisme (1750-1795)
Sous Louis XV et Louis XVI, le régime s'effondre. Les philosophes, disposant d'une plus grande liberté, n'hésitent pas à attaquer le pouvoir royal et à dénoncer avec violence la corruption des mœurs : c'est la naissance d'une révolution politique et sociale. Les philosophes se permettent donc certaines audaces : ils prônent des morales fondées sur une exigence d'équilibre social ou de bonheur tout en niant l'existence de l'âme et en fondant le matérialisme (Diderot, La Mettrie, Holbach). Ils remettent en cause les principes fondamentaux de l'Église par des critiques anti-religieuses violentes et optent pour un athéisme déclaré. Ils se laissent aussi envahir par des influences étrangères qui les inspirent, l'Angleterre demeurant à la mode.
Pourtant, une révolution littéraire a lieu : le public français se heurte au rationalisme des philosophes, préférant le sentimentalisme et le mystère d'écrivains étrangers comme Richardson, Gray, Macpherson ou Goethe. Ainsi naît l'esprit romantique, célébrant la nature, l'enthousiasme, l'imagination et le sentimentalisme.
L'évolution des mœurs au XVIIIème siècle
Les mœurs de la société française dans la première moitié du règne de Louis XV sont caractérisées par le goût du plaisir et le goût du luxe. Les philosophes incitent à la joie de vivre (frivolité et plaisir) en réaction contre la morosité des dernières années du règne de Louis XIV. Ainsi se développent la passion du jeu et la passion du théâtre (comédies, opéras-comiques) dans toute la France. Les arts et la littérature sont influencés par cette tendance (les fêtes galantes de Lancret et Watteau, Les lettres Persanes de Montesquieu et Le Mondain de Voltaire) et reflètent les goûts d'une époque élégante et frivole, mais surtout épicurienne. La réalisation de fortunes colossales et la prospérité économique permettent à un grand nombre de personnes de mener une vie fastueuse. On recherche donc le raffinement, le confort et l'élégance. Montesquieu prône même que le luxe est une nécessité dans une monarchie.
Quelle était la condition des écrivains ?
Cependant, beaucoup d'écrivains ne peuvent savourer ce goût du luxe car ils vivent misérablement du seul travail de leur plume. Les auteurs célèbres comme Montesquieu ne tirent aucun profit matériel de leurs œuvres, exception faite de Voltaire qui fit fortune grâce à ses spéculations financières et ses propriétés. De plus, les écrivains sont victimes d'insécurité à cause des répressions sévères infligées par le gouvernement qui exerce la censure et les persécutions, entravant la liberté d'expression. Ainsi, certains écrivains (Voltaire, Diderot, Rousseau) furent emprisonnés à la Bastille ou furent obligés de fuir.
Mais les hommes de lettres acquièrent cependant un grand prestige social grâce à leur nouvelle indépendance (ils s'affranchissent de la cour royale) : ils sont universellement respectés et en profitent pour devenir les maîtres de l'opinion publique, jouant un rôle politique important et participant à la création des droits de la pensée.
Où se déroulait la vie intellectuelle ?
Les écrivains se réunissaient dans les endroits à la mode :
- Le club de l'entresol, fondé par l'abbé Alary, comprenait une vingtaine de membres qui « aimaient à raisonner sur ce qui se passait et dire leur avis sans crainte d'être compromis ». On commentait les nouvelles du jour et on lisait des mémoires. L'abbé de Saint-Pierre, aumônier et philosophe renommé, était l'animateur de ce club.
- Les cafés publics et privés permettaient aux gens de lettres et beaux esprits de communiquer en cachette les libelles interdits et d'entretenir par leur polémique des débats orageux tout en consommant des boissons. Ces cafés devinrent à la mode auprès d'un public intrigué grâce aux jeux et aux boissons.
- Les salons accueillaient des gens de lettres et de qualité qui avaient des conversations brillantes ou piquantes, faisaient des jeux littéraires, causaient, lisaient et discutaient sur des thèmes littéraires ou sur des idées nouvelles ; parfois en mêlant la science à la galanterie (salon de la Duchesse du Maine, salon de la marquise de Lambert, salon de Madame de Tencin).