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Monde

L'évolution de l'idée de "nation" au cours de l'histoire

De la Révolution française aux chocs pétroliers de 1973 et 1979, découvrez comment l'idée de nation a basculé d'un concept inclusif vers une notion polémique d'identité nationale.

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Nous devons remonter à quelques années avant la Révolution française afin d'analyser l'évolution de l'idée de « nation » (et de ses déclinaisons telles que « identité nationale ») ainsi que les raisons de cette transformation.

En effet, le souverain de l'époque, Louis XVI, n'hésite pas à recourir au terme de « nation » pour qualifier une communauté humaine dont le trait commun supposé est la conscience d'une appartenance à un même groupe.

Il n'y a donc aucun ressentiment dans l'emploi de ce terme utilisé par le roi lui-même. Ce dernier lui permet simplement de désigner un ensemble difficile à définir, mais qui équivaudrait à peu près au « peuple français ». La notion d'identité nationale n'émerge pas encore, ou tout du moins pas sous la forme qu'on lui connaît de nos jours.

Il est vrai que cette notion prendra forme pendant la Révolution française, mais elle ne dominera pas la vie idéologique française pendant une longue période de l'histoire. Pendant la Révolution, l'on se battait pour la nation, pour un modèle qu'il fallait construire. Il fallait changer le modèle politique : la nation combattait pour une idée saine, un idéal : la démocratie.

Après la Révolution, l'idée de nation ne prête donc pas à de grandes polémiques : il s'agit d'un modèle dont chacun constitue une partie intégrante, qui connote l'inclusion. Personne n'en est exclu, ce qui garantit son unité ainsi que sa pérennité.

Comment l'idée de nation a évolué jusqu'au XXe siècle

Jusqu'au XXe siècle, on ne note pas de modification spectaculaire de cette idée.

Puis viennent les guerres mondiales. La première verra beaucoup d'hommes tomber au front : le bilan humain est très lourd. Au sortir de celle-ci, la France manque de main-d'œuvre pour faire fonctionner le pays. Un appel est donc volontairement fait à l'immigration afin de remédier à ce problème.

Il est à noter que la contestation contre cette solution reste très minoritaire et marginale. Puis intervient la Seconde Guerre mondiale, qui ne fait que corroborer ce problème de manque de main-d'œuvre, bien que ce conflit soit moins lourd que le premier sur le plan des pertes humaines. L'extrême droite, qui dénonce ce recours à l'immigration comme une atteinte à la nation, reste cependant encore négligeable, son influence demeurant très faible, voire quasi nulle.

Le vrai « détonateur » de ce changement dans l'idée de nation va être le choc pétrolier de 1973, suivi de celui de 1979-1980. Avant ces événements, le chômage n'existe quasiment pas. Mais la situation va commencer à s'inverser nettement avec ces chocs pétroliers qui vont abattre un pays déjà fragilisé par des difficultés économiques (en partie dues aux guerres).

À la sortie de ce premier choc pétrolier, on dénombrera 1 million de chômeurs (en 1977), puis 2 millions (en 1982) à la sortie du deuxième choc pétrolier de 1979-1980. Le mécontentement se fait alors sentir parmi la population française qui commence à accuser les immigrés arrivés en France sur politique du gouvernement d'occuper les travaux qui pourraient être occupés par des travailleurs français présents depuis plus longtemps.

Ce mécontentement grandissant va être totalement exploité par l'extrême droite via le parti politique du Front National créé en 1972 par Jean-Marie Le Pen, à l'origine pour regrouper les « nationalistes anti-gaullistes ».

De la nation inclusive à la nation exclusive : un changement radical

D'une idée de nation qui se voulait encore quelques années auparavant « inclusive », certains partis politiques cherchent donc maintenant à la transformer en nation « exclusive » où la nation serait une entité en péril, dorénavant menacée par ces « étrangers » qui viennent s'installer en France — idée que l'extrême droite ne cessera de développer, principalement via Jean-Marie Le Pen.

L'influence de cette branche de la vie politique va se développer lentement, mais n'aura réellement pas d'influence prépondérante sur le résultat final des votes jusqu'au début des années 2000. Cependant, lors des élections présidentielles de 2002, l'influence de l'extrême droite, qui était restée jusque-là très relative, se fait pleinement sentir.

Une partie de la population française, lasse de ce qu'elle considère comme des échecs tant de la gauche que de la droite, choisit le « vote-sanction » et exprime son mécontentement en donnant sa voix au Front National. Le PS de Lionel Jospin, non aidé par la fragmentation de l'électorat due à un nombre record de candidats (ils sont 16 à se présenter au premier tour), subit un échec cuisant.

Jean-Marie Le Pen se retrouve au second tour et, bien que battu sans contestation possible par la droite de Jacques Chirac (82 % contre 18 % pour le FN), les conséquences de ce mouvement restent marquées : bon nombre de candidats à l'élection présidentielle de 2007 se sont en effet emparés de cette idée de « nation » et d'« identité nationale » qu'il faut renforcer et protéger.

Il est donc à noter qu'un changement radical s'est effectué au fil du temps dans l'idée de « nation », où l'on a commencé à parler d'« identité nationale » afin de tenter de justifier une réaction d'exclusion — idée prêtant maintenant à énormément de débats et polémiques en tout genre sur ce sujet.

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popito
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