Image 1
Monde

L'attitude et l'expérience de l'étranger

Analyse de l'impact du discours de Jean-Marie Le Pen sur l'immigration et le Front National : intégration, racisme et tensions identitaires en France.

As-tu aimé cet article ?

La politique et l'économie d'un pays jouent un rôle majeur dans la définition de sa politique d'immigration. L'impact économique de l'immigration est souvent une préoccupation centrale, alors que les flux migratoires augmentent à l'échelle mondiale. De nombreux dirigeants politiques soutiennent que les immigrés contribuent positivement aux économies locales et nationales en diversifiant la main-d'œuvre, en créant de nouvelles entreprises et en payant des impôts. Ces partisans préconisent souvent le maintien, voire l'augmentation, du nombre d'immigrés autorisés à entrer dans le pays.

D'autres considèrent les immigrés comme une charge économique pour les contribuables et expriment des inquiétudes : l'immigration pourrait mener à un taux de chômage plus élevé et à une baisse des salaires pour la population autochtone. Ce point de vue est particulièrement fort en Europe, une région qui a souffert d'un fort taux de chômage ces dernières années. Dans les années 1990, Jean-Marie Le Pen, chef du parti d'extrême droite Front National, a attiré une part significative de l'électorat avec sa demande d'expulser les immigrés musulmans de France.

Discours et programme de Jean-Marie Le Pen sur l'immigration

Lors des élections présidentielles de 2002, Jean-Marie Le Pen a promis dans son programme d'expulser les immigrés illégaux ainsi que les immigrés légaux commettant des crimes en France. Il a déclaré que sa première priorité était de défendre les « pauvres familles blanches » « menacées » par les immigrés maghrébins dans les ensembles immobiliers autour de Paris, Lille, Lyon et d'autres grandes villes. Cela a interpelé certains électeurs en raison des préoccupations concernant l'intégration des immigrés, particulièrement les jeunes hommes maghrébins de la deuxième et troisième génération. Lors d'un match de football France-Algérie télévisé à l'automne 2001, des Français d'origine maghrébine ont hué l'hymne national français, La Marseillaise, ce qui a offensé beaucoup de Français.

Jean-Marie Le Pen affiche une attitude hostile envers les immigrés. Il a déclaré dans son programme : « demain, les immigrés s'installeront chez vous, mangeront votre soupe et coucheront avec votre femme, votre fille ou votre fils. » Puis il ajoute : « les millions d'immigrés qui sont entrés en France ne sont pas, pour la plupart, entrés pour travailler puisque, théoriquement, il n'y a pas de travail, puisque nous avons déjà des millions de chômeurs. Ils n'y sont pas entrés non plus par simple amour de la France. C'est peut-être le cas de certains d'entre eux, mais ce n'est pas le cas de l'immense majorité. Ils y sont entrés parce que 'Y a bon RMI', 'Y a bon sécu'. »

De plus, Le Pen a affirmé que la France est envahie par les immigrés du Tiers-Monde qui, non seulement prennent des emplois aux citoyens français et vivent aux crochets de la protection sociale française, mais changent aussi le mode de vie français au point de submerger la culture française. Sa solution consiste à « dénoncer les accords de Schengen ; supprimer la possibilité pour les résidents étrangers d'être rejoints par leur conjoint et leurs enfants. » Il propose également de « rapatrier trois millions d'immigrés en sept ans dans le cadre d'accords bilatéraux de développement » et de « supprimer les visas de court séjour en France et les remplacer par un cautionnement obligatoire au montant dissuasif. »

Insécurité et succès électoral du Front National

Lors de l'élection présidentielle de 2002, Le Pen a obtenu la majorité des voix dans des zones proches de concentrations d'immigrés, particulièrement au nord-est et au sud-est de la France, y compris 23 pour cent des voix à Marseille, la deuxième ville de France. Le leader marseillais du Front National a déclaré : « l'Insécurité est le souci n° 1 des Français - et l'avantage de Le Pen est qu'il en a parlé pendant 15 ans, tandis que les autres disaient que le problème de crime est une illusion et qu'il est paranoïaque. »

Les partisans de Jean-Marie Le Pen ont avancé : « les gens voient que des programmes spéciaux et des aides sont inventés pour les secteurs où vivent les immigrés, mais les bons Français n'obtiennent rien. » Les citoyens français et les immigrés bénéficient théoriquement du même traitement de la part du gouvernement, mais le Front National soutient que, parce que les étrangers ont des familles plus nombreuses et des revenus inférieurs, ils obtiennent davantage de services de l'État.

Les secteurs considérés comme « des quartiers difficiles » — habituellement des zones d'habitat immigré — obtiennent des subventions substantielles du gouvernement pour l'éducation, la formation professionnelle et le développement communautaire.

Banlieues françaises : réalité sociale et malaise identitaire

Le succès de Le Pen pointe du doigt de nombreuses communautés d'immigrés, logeant souvent dans des immeubles de grande hauteur construits à la hâte dans les banlieues dans les années 1960 et 1970, qui offrent maintenant peu d'emplois et souffrent de taux de criminalité élevés. Aux Bosquets, à la périphérie de Paris, le taux de chômage est de 50 pour cent et la criminalité y est effrénée. La police y est peu disposée ou incapable d'empêcher les crimes — ou d'empêcher les citoyens français d'origine maghrébine de la troisième génération de terroriser leurs voisins.

Des entretiens avec des résidents révèlent que beaucoup de gens estiment que la France leur doit une dette parce que leurs parents sont venus en tant que travailleurs immigrés, ou parce qu'ils arrivent d'anciennes colonies françaises. Ils se plaignent également du racisme en France. Un Malien a noté que la loi française a été adaptée pour accommoder les unions homosexuelles, mais pas la polygamie. Les musulmans représentent 10 à 15 pour cent des 59 millions de résidents français et plusieurs se plaignent de discrimination.

Les relations raciales tendues de la France sont liées au chômage élevé, particulièrement parmi les ouvriers peu ou non qualifiés. Les prolétaires français croient que les 4,3 millions d'immigrés du pays leur prennent leurs emplois. Le chômage des étrangers non européens, surtout des Africains et des Turcs, était de 25 pour cent en 2001, comparé à la moyenne nationale de 8,8 pour cent. Un sondage Harris en mars 2000 a constaté que 60 pour cent des résidents français ont reconnu qu'il y avait trop de personnes « d'origine étrangère » en France : 63 pour cent ont dit qu'il y avait trop d'Arabes et 38 pour cent ont dit qu'il y avait trop de Noirs.

Un sondage récent montre que 30 pour cent des gens sont d'accord avec les positions de Le Pen sur « la défense des valeurs traditionnelles » ; 26 pour cent sont d'accord avec son attitude envers le crime, qui doit être combattu par un système judiciaire plus dur ; et 25 pour cent soutiennent son opposition à la nouvelle immigration et sa demande que les immigrés se conforment à la culture française, parlent français et quittent leur culture d'origine.

Racisme en France : témoignages au quotidien et à l'école

Mais cet effet est-il uniquement dû à Le Pen ? Pas uniquement. Beaucoup de gens accusent les Arabes de tous les maux : brûler des voitures, faire du désordre dans les fêtes foraines, écouter du rap de NTM, vendre de la drogue et bien d'autres choses encore.

De plus, beaucoup de jeunes soutiennent Le Pen et s'opposent à l'immigration. Par exemple, Fabrice, un garçon qui soutient Le Pen comme toute sa famille, a dit : « Au lycée on m'appelle 'le facho' ou 'Jean-Marie'. Quand la prof de techno a dit que j'étais pour le FN, des Arabes m'ont menacé de mort. Hitler, lui, était raciste. Pas Jean-Marie ! Faut pas mélanger ! »

Cependant, les adversaires désignés sont les délinquants issus de l'immigration, les Maghrébins davantage que les Africains. « Ce n'est pas du racisme, juste un constat : certains Arabes font chier le monde parce qu'ils se sentent ni d'ici ni de là-bas », résume un lycéen d'Herblay.

En fait, 33 % des jeunes sondés se disaient « plutôt d'accord » avec l'affirmation qu'« en France on ne se sent plus chez soi comme avant ». Interrogés sur leur vision de l'avenir, 25 % d'entre eux estimaient que les « différents groupes comme européens, africains, maghrébins, asiatiques vivraient 'séparés' et connaîtraient des 'crises' et des 'tensions' ».

Puis, selon un autre jeune garçon, élève de terminale dans un lycée privé : « Les premiers racistes sont les étrangers qui nous traitent de 'culs blancs'. Nous, on est prêts à avoir du respect pour eux, mais ils n'en ont pas pour nous. »

Racisme administratif et preuve de nationalité

Les étrangers ne sont pas les seuls à souffrir de racisme administratif. Par exemple, Jacques R. a perdu sa carte d'identité et s'est rendu à la préfecture pour obtenir un duplicata. Première surprise : on lui demande de fournir tout document prouvant qu'il est français. Le lendemain, il apporte une liasse de « papiers » et, deuxième surprise, se les voit confisquer pour vérification. Trois mois plus tard, la veille de Noël, il reçoit en cadeau une assignation du procureur de la République : son père, affirme le magistrat, a bénéficié par erreur, en 1953, d'un décret de naturalisation. Né en France en 1954 d'un père désormais étranger, et n'ayant pas déclaré pendant sa minorité qu'il optait pour la nationalité française, son fils ne la possède pas. Une action est donc engagée pour le confirmer. Le tribunal d'instance ratifie les conclusions du procureur : Jacques R. n'est pas français.

Effondré, il ne comprend pas : il a toujours vécu en France, y a fait ses études, puis son service militaire, s'est marié avec une Française, gagne honorablement sa vie (il est commerçant), n'a jamais eu affaire à la police ni à la justice et a obtenu plusieurs fois, sans difficulté, le renouvellement de sa carte d'identité. Par chance, il peut prouver qu'il réside en France depuis plus de dix ans et a toujours été considéré comme français par les pouvoirs publics. Il peut donc bénéficier de la « possession d'état ». Deux ans plus tard, le tribunal en convient : à 43 ans, en 1997, Jacques R. devient français. Ce qui n'est pas qu'une clause de style : nés d'un père « étranger », ses enfants perdent à leur tour leur nationalité et, comme lui, doivent entreprendre des démarches pour se faire reconnaître la « possession d'état ».

Ce n'est pas un exemple isolé. Lucienne G., 50 ans, avocate née à Strasbourg, installée à Paris et qui a plus d'une fois obtenu le renouvellement de sa carte d'identité, s'est vu découvrir par l'administration des arrière-grands-parents allemands — allemands malgré eux, puisque nés dans l'Alsace conquise et germanisée d'avant 1914. Comme Jacques R., elle sera reconnue française, quelques années plus tard, par « possession d'état ». Nul doute : si l'on remonte aux arrière-grands-parents, plus d'un tiers de la population française a des origines étrangères. Quiconque n'est pas né en France de parents français eux-mêmes nés en France risque, à un moment ou à un autre, de devoir prouver sa nationalité. Ou d'apprendre qu'il n'est pas français.

As-tu aimé cet article ?
frenchie
6 articles 0 abonnés

Commentaires (20)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires