
L'argent peut-il tout acheter ? Certains répondront par oui, car il semble bien que l'argent permette de tout acheter : voiture, maison, juge, voire la liberté d'un homme. Mais d'autres, plus sceptiques, répondront que non, car l'argent ne peut pas acheter le bonheur, l'amour, l'amitié, le respect et la dignité.
Pourquoi tout semble pouvoir s'acheter avec de l'argent
Dans des sociétés où la valeur première est l'argent, on peut croire que tout peut être acheté, les objets comme les personnes. On achète tout aussi bien un terrain qu'un joueur de football, le silence d'un témoin ou la conscience d'un homme politique.
Même ce qui n'a pas de prix a un prix ! Eh oui ! L'homme qui a de l'argent peut tout faire, s'offrir tout ce qu'il désire. Non seulement des biens matériels, mais aussi ce qui normalement « n'a pas de prix » : la santé, la réputation, la liberté, l'intégrité morale. L'argent permet de s'acheter la beauté (chirurgie esthétique), un enfant (on « loue » le ventre des mères porteuses), un organe, une réputation. En principe donc, tout s'achète : une bonne éducation, le talent d'un artiste, la vertu d'un juge, et même les péchés. Avant la Réforme, les catholiques, en versant une somme d'argent à l'Église, pouvaient racheter leurs fautes. Cela s'appelait une « indulgence ».
La corruption : preuve que tout homme a un prix ?
Si l'on peut acheter un homme comme l'on achète un bien matériel, c'est que l'homme est faible et corruptible. Or, rares sont ceux qui, au nom d'un idéal moral, résistent à l'appât du gain, les hommes étant avant tout guidés par l'intérêt personnel. Dans des sociétés où l'argent est roi, il est encore plus facile de tirer profit du caractère corruptible de la nature humaine. Si les lois sont là pour garantir l'équité, elles sont de fait constamment transgressées. Pour s'en convaincre, il n'est que de lire les journaux qui tous les jours relatent de sombres affaires de corruption. Au XVIIIème siècle, le philosophe Emmanuel Kant reconnaissait déjà la toute-puissance de la corruption : « tout homme a son prix », écrivait-il.
« L'argent peut tout acheter dès lors que l'on fait fi des notions de droit, de justice et de morale. »
Les limites de l'argent : ce qui ne peut pas s'acheter
Les valeurs morales et les personnes ne font pas partie de la sphère des marchandises. Un bonheur qui s'achète n'est pas un véritable bonheur. Acheter ce qui ne peut l'être, voilà ce qui s'appelle de la corruption.
L'argent fait-il le bonheur ?
L'argent ne fait pas le bonheur et, contrairement à ce que l'on a coutume de dire, il n'y contribue même pas. Montaigne soulignait que l'on était plus heureux lorsqu'on était dénué de tout. Avant lui, nombre de penseurs, de Socrate à Épictète en passant par Bouddha, ont mis en acte ce précepte. Vivant avec le juste nécessaire, ils ont montré que la quête de la vérité et de la liberté n'avait que faire de l'argent. En effet, l'argent pousse à désirer toujours plus : c'est la preuve qu'il ne satisfait pas.
L'amour et l'amitié ont-ils un prix ?
L'argent ne permet pas d'acheter ce qui demeure l'essentiel pour tout homme digne de ce nom. En effet, la pratique des indulgences fut un des signes de la décadence de l'Église, oubliant les vraies valeurs de la religion. Molière, dans Le Bourgeois gentilhomme, fait le portrait d'un homme qui, en achetant une éducation et des bonnes manières, n'en est que plus ridicule. On peut en dire tout autant de l'amitié et de l'amour. On peut acheter des « amitiés », des complicités, des relations galantes. Mais que l'argent vienne à manquer et l'on mesurera la solidité de ces affections-là. Autant dire que l'authenticité des valeurs humaines n'a pas de prix, qu'elle ne peut pas s'acheter.
« Dire que l'argent permet de tout acheter, c'est réduire l'homme à n'être qu'un objet, un moyen au service d'une fin qui ne lui appartient pas. »
Conclusion : avoir ou être, là est la question
L'argent peut tout acheter que si l'on adopte un point de vue purement matérialiste. Y souscrire, cependant, c'est avoir une vision très cynique de l'homme, c'est nier l'existence de valeurs morales et spirituelles qui échappent à la logique de l'intérêt. L'argent permet d'« avoir » beaucoup de choses, mais il ne permet pas d'« être ». Cette opposition est peut-être ce qui permet de marquer le mieux la limite du pouvoir de l'argent. Il me faut certes de l'argent pour vivre, mais je dois me demander si l'argent me permet réellement d'être plus libre, plus heureux.