
L'argent pour posséder : le piège du statut
Dans le cas le plus répandu, on fait face à des gens qui possèdent ce que leur statut exige qu'ils possèdent : maison de campagne, écran TV géant, piscine, salon luxueux, décoration ostentatoire, femme ou époux « présentable ».
Or, les mêmes n'ont pas le temps ni l'envie réelle de profiter de ces outils. Le riche est souvent dénué de passion. Sans le savoir, il est soumis au diktat du mode de vie aseptisé voulu par le système. En un sens, il est plus esclave que le salarié au bas de l'échelle.
Il est un relais de la propagande du désir que nous vend la société, ainsi une personne moins fortunée pourra « baver » en visitant sa maison, symbole du matérialisme le plus poussé. Qui n'a pas un ami ou un membre de la famille qui possède une piscine imposante et vous informe qu'il ne s'y baigne jamais ? L'absence de besoin chez ces gens-là tue aussi toute envie.
Prenons un exemple concret : les divers objets de collection dérivés de livres, films, séries... D'où provient leur succès ? De la consommation culturelle frénétique du riche descendant ? Ou de l'acharnement du peuple non aisé à pouvoir se les procurer ? Réponse B assurément. Albums collectors, t-shirts musicaux, images à coller, voit-on cela dans une demeure de riches ? Un enfant bourgeois peut-il objectivement se passionner pour ces rêveries populaires ? Quand bien même il le ferait, le fera-t-il pour ressembler aux autres ou par véritable intérêt pour la chose ?
À noter que l'on suppose au préalable qu'il soit dans un environnement mixte où il côtoie des enfants de tout milieu, ce qui n'est pas acquis. À ce titre, le bourgeois qui s'avérerait inculte a plus d'excuses à sa condition que le prolétaire. En effet, il a beau avoir les moyens matériels pour s'ouvrir les portes du savoir, rien ne l'incite à se battre, à aller chercher le sens de sa vie, à avoir un idéal.
L'argent pour la liberté : s'affranchir du système
Mais envisageons la richesse autrement, comme une réelle aspiration de liberté, comme une libération des contraintes matérielles et non comme une consécration de ces dernières. Contrairement aux grands patrons et aux cadres (forcément) dynamiques, les gens exerçant dans un domaine artistique sont plus susceptibles d'être sensibilisés à cette conception de la vie. Il s'agirait de s'enrichir pour ne plus être esclave d'une routine imposée par son réveil, sa voiture, ses horaires de boulot figés.
Ne plus se soucier de la vibration de son portable, voire se permettre de ne pas en avoir. Ne plus avoir peur qu'un individu jaloux raye la carrosserie de votre voiture flambante neuve. Ne plus avoir de voiture tout court puisque rien ne vous pousse à courir et que le temps est sous votre contrôle. Quand bien même, dans un cas de nécessité absolue, un taxi fera l'affaire.
Ce statut particulier, qui ne vous enferme pas dans la spirale du toujours plus (faire plus de profits, posséder plus, s'afficher avec des femmes plus belles les unes que les autres), est aujourd'hui restreint à de rares occupations ou passions, faisant office d'emploi aux yeux de la société. L'écrivain est l'exemple le plus frappant mais tous ne se rendent pas compte du luxe dont ils bénéficient en cas de succès.
Amélie Nothomb l'a en revanche compris. Elle se permet de jouer de son image publique à sa guise puis de se retirer loin de tout (et de tous) selon ses aspirations du moment. Elle se permet de ne pas posséder de voiture, ni de portable et écrit encore de manière purement manuscrite malgré les pressions sociétales nous ayant vendu l'ordinateur comme l'outil indispensable à la complétude de l'individu moderne. Cette liberté-là vaut bien plus que celle du PDG ou celle de celui qui possède pour posséder. C'est comme un nouveau droit accordé à l'individu : celui d'aller à contre-courant de l'ensemble de ses concitoyens.
L'argent ne fait pas le bonheur... Il peut faire bien mieux ! Il peut permettre de s'évader du chemin balisé que d'autres ont conçu pour vous.