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Monde

L'affaire Marny

En 1965, l'affaire Pierre Just Marny bouleverse la Martinique. Ce jeune délinquant, devenu tueur puis symbole de la lutte anticoloniale, incarne les tensions d'une société en pleine mutation.

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En 1963, Pierre Just Marny, jeune délinquant, est condamné à quatre années d'emprisonnement dont deux avec sursis. À la suite d'un cambriolage, il accepte d'endosser l'entière responsabilité des délits à condition de recevoir son butin à sa sortie de prison. Deux ans plus tard, Marny n'a qu'une idée en tête : récupérer son argent. Mais alors qu'il pense toucher son dû, il se heurte à l'hostilité de ses anciens complices qui refusent de le payer.

La tuerie du 2 septembre 1965 en Martinique

Marny décide donc de se venger et, dès le lendemain de sa sortie de prison, déclenche une sanglante machine à tuer. Le 2 septembre 1965, il tue trois personnes, dont un enfant de trois ans mort dans les bras de sa mère. Il en blesse trois autres avant de disparaître dans la campagne martiniquaise. Durant quatre jours, les gendarmes traqueront Marny, qui sera finalement arrêté non sans difficulté.

L'évasion spectaculaire de la prison de Fort-de-France

Tout le monde pense que l'affaire s'arrête là et qu'en prison, Marny est neutralisé. Erreur : trois semaines plus tard, il défrait à nouveau la chronique en s'évadant de l'ancienne prison de Fort-de-France, 118 rue Victor Sévère, de la plus incroyable des façons.

À partir du 10 octobre 1965, l'affaire Marny déchaîne les passions. Durant ses neuf jours de cavale, la Martinique tout entière vit au rythme des nouveaux rebondissements. Il devient le sujet de toutes les attentions et de toutes les conversations.

Pourquoi Marny devient un symbole anticolonialiste

Pourtant, Marny n'est pas seulement perçu comme un vulgaire criminel. Pour certains, il est l'exemple d'un jeune qui n'a simplement pas eu de chance dans la vie. Pour d'autres, il incarne l'image du nègre marron, cet esclave qui fuyait les plantations pour reconquérir sa liberté. Marny devient ainsi un symbole de la lutte contre la répression coloniale et la domination des békés en Martinique.

Rien ne pouvait mieux démontrer cet engagement populaire que les conséquences de son arrestation. En effet, au terme de ces neuf jours de cavale et de psychose, Marny — que l'on prétendait voir partout — est finalement arrêté dans une épicerie de Sainte-Thérèse, dénoncé par l'épicière. Cependant, loin de calmer les esprits, cette arrestation déclenche une véritable émeute populaire. L'épicière qui a dénoncé Marny voit son commerce saccagé, brûlé et détruit.

L'héritage complexe de l'affaire Marny

Même si cette agitation n'a pas duré longtemps, l'affaire Marny restera l'une des grandes affaires criminelles martiniquaises. Transféré en métropole, Marny est devenu l'un des plus anciens prisonniers de France. Une fois sur le continent, il ne se serait pas calmé puisqu'on lui doit une tentative d'évasion et l'agression d'un de ses gardiens, qui aurait perdu un œil.

Ses différents actes lui auraient valu de nombreux séjours dans les quartiers de haute sécurité et en hôpital psychiatrique. Il serait aujourd'hui incarcéré à Sarreguemines et restera l'un des plus grands criminels de la Martinique, même si beaucoup voient encore en lui un héros de la lutte anticoloniale.

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vanouch
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