Le prix de l’ABS, résine injectable pour les figurines chinoises, a bondi de 46 % en début avril 2026 après le blocage du détroit d’Ormuz. À moins de huit mois de Noël, les fabricants exportateurs voient leurs marges étranglées par la hausse des matières et des tarifs douaniers américains.

La crise d’Ormuz fait flamber la résine
La fermeture du détroit d’Ormuz et la guerre au Moyen-Orient ont provoqué un choc pétrolier qui a touché la pétrochimie. L’ABS sert à fabriquer des figurines aux détails fins et des briques type Lego. Selon les analystes du cabinet chinois Zhuochuang, cités par Le Monde et Le Temps, le prix moyen de l’ABS en Chine est passé de 9 000 yuans la tonne le 27 février 2026 à 13 150 yuans le 7 avril, soit une hausse de 46 %. Fin avril et début mai, le cours a reflué à 11 000 yuans (le 28 avril, d’après Le Monde) puis 11 180 yuans le 4 mai (Le Temps).
Le brut a connu une volatilité extrême. Au plus fort du blocus, le Brent a dépassé 119 $/b, un sommet qui a aussi renchéri l’essence en France (Pétrole à 119 $ : essence à 2 € et vacances d'été plus chères). Un accord intérimaire américano-iranien a ensuite détendu le marché : le Brent a perdu plus de 10 $/b pour revenir vers 73 $/b fin juin, et les exportations du Golfe ont retrouvé environ 75 % de leur niveau d’avant-crise, selon IFPEN. La situation reste précaire, avec des attaques rapportées contre des navires et une prime de risque volatile.
Usines chinoises : marges étranglées et fermetures
La hausse du coût unitaire frappe directement les ateliers. Le 8 avril 2026, le directeur de l’usine shanghaïenne Shizi, spécialisée dans les figurines en boîtes mystères, déclarait via l’agence officielle Zhongxin Jingwei : « Nos produits à 5-6 yuans coûtent désormais 8-9 yuans à produire. »
Le 20 avril, quatre usines de jouets du Guangxi appartenant à Wah Shing Toys (hongkongais) ont fermé. L’entreprise a annoncé une liquidation judiciaire après avoir payé les salaires de février et mars 2026, selon un communiqué repris par Le Monde. Elle a indiqué ne plus pouvoir maintenir son activité et avoir soumis un plan de reclassement des employés aux autorités locales. Ce récit d’entreprise n’est pas une preuve indépendante de l’effondrement du secteur, mais il illustre la tension.

À moins de huit mois de Noël, les fabricants chinois tournés vers l’export sont anxieux. Les analystes de Zhuochuang notent des transactions en petits lots, signe de prudence des acheteurs et vendeurs. Une nuance importante : la demande est atone, et les barrières commerciales limitent les débouchés. La marge de manœuvre des usines passe donc par la fermeture ou la baisse de qualité plutôt que par la hausse des prix de vente, souligne Le Temps.
Le double coup des tarifs américains
Au-delà de la résine, les exportateurs subissent des droits de douane américains de 25 à 32 % sur leur premier marché, les États-Unis, d’après Le Temps. Cette barrière tarifaire s’ajoute à la flambée des coûts de production et pèse sur la rentabilité.
Ce coup de frein intervient alors que la Chine a enregistré un excédent commercial record en 2026, comme nous l’analysons dans Excédent commercial Chine 2026 : record des exportations et analyse. Pour les jouets, pourtant, le principal débouché américain se rétrécit par les taxes.
Noël 2026 : incertitude malgré le repli du pétrole
Le pétrole s’est détendu à l’été 2026, mais le prix de l’ABS reste autour de 11 000 yuans la tonne, loin des 9 000 de février. Les commandes de Noël ont été négociées au printemps, au plus fort des prix. Les fabricants chinois font face à une échéance sous contrainte : résine chère, tarifs élevés et demande molle. L’incertitude persiste pour les fêtes de fin d’année.