
Outre une situation tendue en Irak à l'origine de sanglantes répressions, des événements extérieurs obscurcissent une crise qui s'enlise plutôt que de s'estomper. Plusieurs éléments viennent confirmer cette instabilité.
Mécontentement des soldats américains en Irak
Sur le terrain, les soldats américains expriment leur frustration face aux attaques répétées d'Irakiens hostiles à l'effondrement du régime. Lassitude, mal du pays et désolation sont les maîtres mots de ces militaires qui, après la perte de 49 compatriotes depuis le 1er mai, regardent avec méfiance un gouvernement américain qui se désintéresse de leur sort. Le pacte de la « guerre zéro mort » promis par le président des États-Unis n'est pas respecté et les officiers en colère dénoncent désormais une véritable guérilla.
Le gouvernement irakien sous tutelle américaine
Le conseil intérimaire du gouvernement irakien, instauré sur les ruines de l'ancienne dictature, peine à s'imposer. Placé sous la houlette de l'administrateur américain Paul Bremer qui dispose d'un droit de veto, il struggle à mettre en œuvre ses propres réformes et reste dépendant des forces américaines. Les multiples attentats de révolutionnaires irakiens prônant le retour de Saddam Hussein, ainsi que les nombreux pillages, ne risquent pas d'améliorer la situation.
Les doutes sur les armes de destruction massive
Pour remonter aux origines du conflit, des failles de plus en plus visibles apparaissent à travers des témoignages et des révélations qui ébranlent le gouvernement américain, et surtout le Royaume-Uni à cause des bévues du Premier ministre Tony Blair.
L'information ayant servi de prétexte à cette guerre — selon laquelle Saddam Hussein pouvait se procurer des armes destructrices en 45 minutes — ne cesse d'être remise en question. Les preuves s'avèrent de plus en plus douteuses, voire fausses. Le docteur Kelly, ancien inspecteur de l'ONU, avait d'ailleurs informé la BBC que Tony Blair avait exagéré les faits et que les documents avaient été falsifiés pour manipuler l'opinion publique en faveur d'une intervention armée.
L'affaire Kelly et ses conséquences politiques
Le mystérieux suicide du docteur Kelly vient compliquer la situation et rendre le Premier ministre britannique de plus en plus impopulaire. Celui-ci refuse toutefois de démissionner, affirmant qu'il serait en mesure de redresser la situation. On a du mal à le croire, d'autant que son principal allié, George Bush, est lui aussi de plus en plus critiqué : la CIA lui a annoncé que les preuves sur lesquelles il s'appuyait pour lancer cette guerre n'étaient pas vérifiées.
Et dans tout ça, où est passé Saddam Hussein ? Après la capture et l'élimination de ses deux fils, qualifiés de « dangereux psychopathes », le dictateur invétéré court toujours. Sa traque se poursuit après sa récente fuite de Tikrit.
Voilà une situation périlleuse où les controverses ne cessent de faire rage dans un climat politique tendu et indubitablement fragile.