La Commission européenne considère que Huawei et ZTE présentent des risques sensiblement plus élevés que les autres équipementiers 5G et estime que les restrictions prises par les États membres sont justifiées. Cette position pèse directement sur la France et l'Allemagne, où le démantèlement dépend du calendrier, et sur les opérateurs qui doivent remplacer des antennes sans compensation publique.

Ce que Bruxelles reproche aux fournisseurs à haut risque
La doctrine européenne ne vise pas un incident précis. Elle repose sur la boîte à outils 5G, adoptée par l'Union pour sécuriser les réseaux de nouvelle génération.
Selon la Commission européenne, la différence entre fournisseurs tient en grande partie à leur probabilité d'être influencés par certains pays tiers, dont la législation en matière de sécurité et la gouvernance d'entreprise constituent un risque potentiel pour la sécurité de l'Union. C'est ce critère qui fonde la notion de fournisseur à haut risque.
Concrètement, le périmètre concerné n'est pas tout le numérique. Il s'agit des infrastructures de connectivité, et en premier lieu de la 5G : coeur de réseau, accès radio, transport et systèmes de gestion critiques. Ce sont ces couches qui acheminent, aiguillent et supervisent les communications.
La Commission précise qu'elle a appliqué elle-même ces critères à ses propres systèmes de communication institutionnels, à ceux des autres institutions, organes et agences européens, ainsi qu'aux programmes de financement de l'Union. Le message est clair : les règles demandées aux États s'appliquent aussi à Bruxelles.
Il faut être précis sur ce que cela ne dit pas. La Commission parle de risque systémique lié à la dépendance et au cadre juridique d'un pays tiers. Elle n'affirme pas qu'un acte d'espionnage précis a été prouvé en Europe via des équipements Huawei ou ZTE.
La recommandation européenne, formulée dès 2020, n'est pas en elle-même une interdiction directement applicable dans chaque État. Elle invite les gouvernements à écarter les fournisseurs à haut risque. Mais elle pourrait changer de nature : selon des informations rapportées par Bloomberg, la vice-présidente de la Commission Henna Virkkunen pousse pour transformer cette recommandation en réglementation contraignante. À ce stade, le texte exact d'un futur règlement n'est pas stabilisé.
France et Allemagne : deux méthodes pour sortir de Huawei
La France a choisi une voie administrative plutôt qu'une interdiction frontale. Une loi de 2019, souvent présentée comme la loi anti-Huawei, soumet toute installation d'antennes de la firme chinoise à l'autorisation de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information, l'ANSSI.
Le dispositif prévoit des autorisations limitées dans le temps, de trois à huit ans, une exclusion des zones les plus stratégiques et des coeurs de réseau, et un non-renouvellement progressif qui organise la sortie. Dans les faits, l'administration a continué à autoriser largement l'exploitation existante : entre juillet 2023 et 2024, 209 autorisations ont été accordées aux opérateurs pour exploiter des équipements 5G Huawei, contre seulement 10 refus.
Le calendrier illustre l'arbitrage entre sécurité et continuité du déploiement. Les équipements Huawei devaient initialement être démantelés au plus tard en 2028. Pour les sites de moindre sensibilité, le délai a été repoussé à 2032, comme l'a indiqué le Premier ministre. L'État gagne du temps pour éviter des zones blanches et des retards de modernisation, notamment hors des grandes métropoles où chaque pylône compte.
L'Allemagne a opté pour des échéances affichées plus nettement. Sur le coeur du réseau 5G, les composants Huawei et ZTE ne pourront plus être utilisés au plus tard fin 2026. Pour les réseaux d'accès et de transport 5G, les systèmes de gestion critiques des deux fabricants devront être remplacés au plus tard fin 2029. C'est une sortie en deux temps : d'abord ce qui est le plus sensible, ensuite les fonctions critiques qui pilotent le réseau au quotidien.
Qui paie le remplacement et avec quels équipements
Le dilemme est autant industriel que sécuritaire. En France, le remplacement des antennes Huawei au profit d'Ericsson et de Nokia a un coût important. SFR et Bouygues Telecom ont demandé à l'État des indemnisations pour ces opérations, sans les obtenir.

Faute de chiffrage public consolidé, il est impossible d'avancer un montant national exhaustif fiable. Ce qui est documenté, c'est le transfert de charge : ce sont les opérateurs qui supportent le démontage, l'achat de nouveaux équipements, l'intégration et parfois la réorganisation des sites, sans compensation. Pour les usagers, l'enjeu invisible se joue dans les délais de déploiement, la qualité de couverture et, à terme, les investissements que les opérateurs pourront consacrer aux territoires moins rentables.
Reste une question technique que les calendriers politiques évacuent parfois. Une interdiction totale est-elle la seule réponse ? Un point de vue d'expert cité dans le débat estime qu'une interdiction totale de Huawei pourrait ne pas être nécessaire, car la diversité des réseaux et la redondance sont les meilleurs moyens de se prémunir contre les risques de sabotage. Autrement dit : multiplier les fournisseurs, cloisonner les fonctions critiques et prévoir des bascules en cas de panne ou d'attaque.