
En France, chaque année, les étudiants manifestent leur mécontentement et bloquent l'entrée des facultés. Le malaise existe et persiste dans nos universités, mais quels sont les réels problèmes ? Et surtout, quelles sont les véritables solutions ?
Manifestations étudiantes : malaise réel ou déconnexion syndicale ?
Les dernières manifestations étudiantes avaient pour principal motif l'établissement d'un diplôme européen et donc d'un cursus à trois niveaux (qui existe par ailleurs déjà implicitement… Qui peut se targuer d'avoir trouvé un travail après un DEUG ?). Pas de quoi manifester, surtout quand on voit ce qui se passe à l'étranger.
Les étudiants l'ont compris, c'est pour cela que — contrairement à l'image véhiculée par les médias — ils n'étaient qu'une minorité à approuver les grèves, que ce soit à Rennes, Toulouse ou Montpellier. Les syndicats étudiants occupent une place prépondérante dans les facultés par rapport à leur faible nombre d'adhérents. Leur voix est écoutée au conseil d'administration alors qu'ils ne représentent parfois que quelques centaines d'étudiants. De plus, ils se livrent une concurrence qui leur joue bien des tours et les entraîne vers la désinformation… Il suffit de lire les tracts pour s'en rendre compte.
Lorsqu'une grève est décidée « à l'unanimité » (je prends l'exemple de Toulouse que je connais particulièrement), c'est simplement qu'une centaine de syndicalistes se sont réunis dans un local, alors qu'en dehors, les dizaines de milliers d'étudiants souhaitent poursuivre les cours.
Pourquoi les étudiants font-ils grève malgré tout ?
Malgré tout, j'ai une profonde sympathie pour les grévistes, qu'ils soient fonctionnaires ou étudiants. En effet, sacrifier ses partiels ou son salaire dans le but d'un intérêt général est honorable, surtout quand on sait que chacun a plutôt intérêt à faire cavalier seul.
Donc si ces étudiants font grève, c'est qu'il existe une raison, un malaise réel. Mais quel est donc ce malaise ?
Absence de sélection à l'entrée : un système à la française
Il n'y a pas de sélection à l'entrée des universités. Un jour, quelqu'un a fait un choix : celui de sélectionner les élites par un cursus extérieur aux facultés, celui de la classe préparatoire, qui mène aux écoles de commerce, écoles d'ingénieurs ou à Sciences Po Paris (les meilleurs entrant directement à Sciences Po Paris, alors qu'on considérera les autres IEP comme des facultés améliorées).
Dans ce cas, l'université se trouve être un lieu de culture, de savoir et d'apprentissage sans contrainte formelle. Les cursus apportent la maturité intellectuelle sans la pression des entreprises ni celle des administrations publiques qui iront chercher les meilleurs éléments ailleurs. Finalement, c'est assez bien qu'il existe un endroit gratuit où chacun puisse apprendre, travailler. C'est beau même.
Le vrai problème : les étudiants « touristes »
Le problème, ce sont les étudiants qui viennent à l'université comme des touristes. Je ne leur en veux pas tant à eux qu'à ce qui a fait qu'ils sont arrivés là sans savoir pourquoi eux-mêmes. Ce sont eux qui coûtent cher à la collectivité et pénalisent l'ensemble d'un système qui, finalement, est assez bon.
Quelles solutions pour éviter la sélection par l'argent ?
On en vient donc aux solutions, ou plutôt à la solution. Il s'agit de mettre les étudiants là où il convient… et donc de faire une sélection. Le Royaume-Uni a choisi une sélection par l'argent. Je ne voudrais pas d'un retour au XIXe siècle, donc la sélection doit se faire autrement.
Je propose donc deux mesures (je sais que M. Ferry me lit et que ceci l'intéresse au plus haut point) :
1. Promouvoir auprès des collégiens et des lycéens les études courtes. Il faut que s'arrêtent les préjugés sur les métiers techniques et que soient valorisées les filières alternatives à l'université.
2. Ne laisser qu'une chance aux étudiants des facs. C'est-à-dire la possibilité de redoubler une seule fois. Des circonstances particulières pourront cependant être prises en considération.
À mon avis, si ces deux solutions étaient prises en compte, on pourrait éviter une sélection par les revenus comme au Royaume-Uni… mais allez faire comprendre ça aux étudiants…