Une enquête journalistique du journal Proekt, publiée le 13 avril 2026, détaille le fonctionnement d'un institut de recherche russe accusé d'avoir mené des tests de munitions d'artillerie sur des sujets humains, dans le cadre d'expérimentations médicales militaires. L'enquête s'appuie sur des documents internes qui révèlent une autorisation exclusive pour ces recherches au sein du ministère russe de la Défense.

Un mandat exclusif pour la recherche sur l'homme
Selon les documents analysés, l'Institut de recherche en médecine militaire russe détient depuis 2015 l'autorisation exclusive pour mener des recherches impliquant des sujets humains au sein du système du ministère de la Défense.
L'institution a développé une capacité opérationnelle significative. En 2018, elle a ouvert un centre de recherche clinique de 100 lits, équipé d'unités de soins intensifs, de chirurgie et de thérapie. Les chercheurs y ont réalisé, dès la première année, plus de 300 observations de militaires participants à des essais de médicaments, de vaccins et d'armes.
Le protocole de test : obus et distances variables
L'enquête décrit des tests d'artillerie spécifiques. Des obus de calibre 122 mm et 300 mm auraient été tirés à différentes distances sur des volontaires installés dans des fortifications simulées. Le protocole visait à évaluer comment les blessures varient en fonction de la distance par rapport aux explosions. Des prélèvements de données biologiques étaient réalisés sur les sujets pour analyser l'impact de ces tirs.
L'existence de ces expérimentations s'inscrit dans un cadre officiel documenté, transformant des procédés normalement associés aux tests de munitions sur mannequins en opérations médicales sur des personnes vivantes.
Un cadre juridique potentiellement violé
De tels actes, s'ils sont avérés, pourraient relever du droit pénal international. Les essais médicaux non consensuels ou dangereux sur des personnes peuvent constituer des violations graves des Conventions de Genève, qui protègent les blessés et les malades, y compris les prisonniers de guerre. Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale qualifie également de crimes de guerre les traitements cruels et les atteintes à la dignité des personnes protégées.
Pour établir une infraction, il faudrait prouver l'absence de consentement éclairé ou la nature dangereuse et inutile des procédures, au-delà du simple cadre d'entraînement militaire. L'enquête journalistique fournit des indicateurs forts, mais la qualification juridique définitive dépendrait d'une enquête formelle.
Une révélation dans un contexte d'impunité documentée
L'institut mis en cause n'est pas une structure obscure. Il est lié au coeur de l'appareil sécuritaire russe et a déjà fait l'objet de soupçons dans d'autres affaires, comme les empoisonnements au Novitchok. Cette révélation s'inscrit dans un schéma plus large d'activités à la frontière entre la recherche scientifique et des pratiques contraires aux normes internationales.
L'absence, à ce jour, de réponse officielle russe aux révélations de Proekt crée un vide. Elle contraste avec la retenue des institutions internationales, qui n'ont pas encore été formellement saisies. Cette retenue pourrait tenir à la difficulté politique d'accéder aux sites concernés ou d'obtenir des témoignages.
Un dossier qui pose les bases d'une poursuite judiciaire
L'enquête de Proekt, en documentant un mandat institutionnel, des infrastructures dédiées et des protocoles précis, fournit une base factuelle substantielle. Elle établit un faisceau d'indices suffisants pour justifier une investigation judiciaire internationale.
Néanmoins, des obstacles majeurs se dressent. La coopération de la Russie est peu probable, et les voies d'action de la Cour pénale internationale dépendent d'une situation déclencheur ou d'un renvoi par le Conseil de sécurité des Nations unies, où la Russie dispose d'un droit de veto. Le dossier s'ajoute à la longue liste d'actes allégués qui pourraient, un jour, trouver un tribunal. Pour l'instant, c'est le travail journalistique qui assure que ces faits ne soient pas oubliés.