
La République Démocratique du Congo est un pays au cœur de l'Afrique. Un grand géographe n'a-t-il pas dit que l'Afrique a la forme d'un revolver dont la gâchette se trouve au Congo ?
Colonisée par la Belgique durant plus de 80 ans, la RD Congo a vu son histoire marquée par différentes vagues migratoires. Durant cette période, la Belgique, qui administrait aussi le Rwanda et le Burundi (à l'époque Rwanda-Urundi), a accueilli certains réfugiés Tutsi du Rwanda afin qu'ils viennent travailler dans leurs élevages, car les Tutsi sont des pasteurs. Puis, une révolte ou guerre entre Tutsi et Hutu a amené une deuxième vague de réfugiés installée à l'Est du pays, région que beaucoup qualifient de « Suisse de l'Afrique ».
La question de la nationalité congolaise
Au moment de l'Indépendance, ces Rwandais étaient toujours au Congo. Ils se considéraient toujours comme étrangers. Lors de la table ronde en Belgique pour discuter de l'indépendance du Congo-Belge, un Rwandais (conseiller du futur président Kasa-Vubu) a été écarté parce qu'il défendait les intérêts du Rwanda plutôt que ceux du pays d'adoption.
Sous le règne de Mobutu, dans les années soixante-dix, un brillant étudiant rwandais de l'Université de Kinshasa devient son directeur de cabinet. Or, à cette époque, Mobutu n'avait pas de premier ministre. Ce Monsieur était comme un vice-président qui ne disait pas son nom. Avec le laxisme de Mobutu et son refus de la contestation, ce Rwandais a mis en place une loi qui sera promulguée par ordonnance présidentielle, octroyant la nationalité congolaise aux Rwandais.
Dès que Mobutu a congédié Bisengimana, le nouveau cabinet a fait comprendre son erreur. Une nouvelle loi a été mise en place pour défaire la première, rendant l'obtention de la nationalité zaïroise (à l'époque) plus rigide. Parmi ces conditions, il faut distinguer la nationalité d'origine pour ceux dont l'ascendant est ou a été membre d'une des tribus établies sur le territoire de la République du 1er août 1885. Puis il y a la nationalité par acquisition.
Pour la petite naturalisation, il faut être majeur, parler une des langues du pays, et pendant les dix ans précédant la demande avoir eu au pays le centre de ses principaux intérêts matériels, mais on ne peut exercer d'activités politiques ni de mandat électif.
Pour la grande naturalisation, il faut avoir obtenu la petite naturalisation, avoir rendu un service éminent à l'État. Le bénéficiaire est dispensé des incapacités prévues au régime de la petite naturalisation, sauf l'exercice des fonctions de chef d'État. En tout, le processus prend 30 ans (15 pour la petite et 15 pour la grande).
Les Rwandais devaient effectuer ces démarches individuellement et non collectivement. Cette situation a été à la base de la déstabilisation de « la région des Grands Lacs ».
Les Banyamulenge : identité et revendications
Les Banyamulenge (le nom que se sont donné ces Rwandais, venant du haut plateau de « Mulenge » où ils ont vécu en réfugiés) soulèvent une question identitaire. Or, aucune tribu ne porte un nom pareil au Congo. La Belgique, qui nous a colonisés, a réalisé une brillante étude ethnologique en répertoriant tout ce qu'on trouve au Congo : plus de 500 ethnies. Chaque nom d'ethnie est associé à la langue. Les Suku parlent Kisuku, les Mongo parlent Kimongo, les Kongo parlent Kikongo, etc. Or les Banyamulenge parlent le Kinyarwanda.
Mobutu sera renversé par les Rwandais avec certaines marionnettes congolaises. Kabila, qui arrive au pouvoir avec les Rwandais, va se brouiller avec eux, ce qui occasionnera une autre guerre avec l'appui massif des États-Unis. Ils n'arriveront pas à gagner la guerre, mais la fameuse communauté internationale a réussi à imposer un « accord de paix de Lusaka » qui débouchera sur un dialogue intercongolais à Suncity en Afrique du Sud. Celui-ci aboutira au partage du pouvoir. Le grand problème était, une fois encore, la nationalité pour ces Rwandais.
Le régime d'un président et de quatre vice-présidents a été lancé. Parmi les quatre, il y avait un de ces Rwandais. Puis le parlement a mis au point une loi sur la nationalité plus souple, incorporant ces Rwandais, avec pas mal de postes dans l'armée comme dans les entreprises publiques.
Minorité ou pouvoir ? Le paradoxe congolais
Au Congo, il n'existe pas de tribu minoritaire au sens strict. Mais ces Rwandais se croient être minoritaires. Au Congo, il existe des Bantous, des Pygmées, des Soudanais et des Nilotiques. Les plus nombreux sont les Bantous, suivis des Nilotiques, puis des Pygmées (qui vivent dans la forêt ; peu ont intégré la civilisation) ; les Soudanais sont les moins nombreux.
De tous ceux-ci, ce sont les Rwandais qui se sentent différents des autres Nilotiques et veulent tout pour eux-mêmes. Malgré cela, ils se disent être minoritaires. Or, il y a certaines tribus Bantou qui ne font que 15 000 personnes. Mais ces Banyarwanda ont 9 généraux, des députés, des sénateurs et occupent des places importantes dans l'administration des entreprises publiques stratégiques.
Quelles sont leurs revendications territoriales ?
Une portion du territoire du Kivu, plus grande que le Rwanda, pour en faire leur Kosovo et enfin devenir indépendants. Tous les Congolais sont contre cela. Cette partie est très riche (terre arable, eau douce, minerais, etc.). Ils sont soutenus par certains Occidentaux, grâce aux lobbying qu'ils constituent à l'extérieur.
Une conférence de la paix a été mise en place par le chef de l'État : la « conférence de paix de Goma ». Celle-ci veut mettre fin aux problèmes de cohabitation entre ces peuples de l'Est. La suite sera développée dans un autre article.