Image 1
Monde

Démocratie ?

La réforme des retraites a été votée contre l'avis de 62 % des Français. Analyse d'un système électoral où le pouvoir peut gouverner sans véritable légitimité populaire.

As-tu aimé cet article ?

Élections : quand la majorité n'a pas de légitimité

Lors de l'élection présidentielle de 2002, l'extrême droite s'est trouvée opposée à la droite au second tour. Pour lui faire barrage, presque tous les partis de gauche et d'extrême gauche ont appelé à voter Chirac, qui a donc été élu par l'ensemble des opposants au fascisme. On pouvait donc raisonnablement espérer de lui qu'il gouverne en rassembleur.

Pourtant, quelques mois plus tard avaient lieu les élections législatives. Pour l'occasion, Jacques Chirac a créé un nouveau parti dont le but était de lui apporter une majorité au Parlement. Par une particularité du système électoral français — élection au scrutin majoritaire par circonscription et non au scrutin proportionnel national — l'UMP a obtenu une écrasante majorité avec seulement 40 % des voix.

Compte tenu du fait que le parti doit largement son élection au refus de la cohabitation (si Jospin avait été président, il est plus que probable que la majorité aurait été de gauche) et au matraquage médiatique sur l'insécurité, le gouvernement ne peut prétendre à l'aval d'une majorité de citoyens pour son programme. On aurait donc pu espérer qu'il gouverne avec modération.

Réforme des retraites : un pouvoir qui ignore le peuple

Peine perdue. Sitôt arrivé au pouvoir, le gouvernement a appliqué l'une des politiques les plus à droite de notre histoire. Grâce à son immense majorité parlementaire, il a pu faire adopter cette réforme des retraites pourtant rejetée par 62 % des Français.

Pour justifier cela, un seul argument : c'est la seule façon de sauver le système par répartition. Il coupe ainsi court à toute forme de dialogue. Le gouvernement refuse d'écouter les propositions autres que son projet (hausse des cotisations, taxation du capital...). De plus, il nous ment. Son projet est conçu de telle manière qu'il favorisera la capitalisation. Il ouvre ainsi la voie au démantèlement du système par répartition au lieu de le sauver.

Mais ce sont des détails. Le véritable problème est ailleurs.

Crise démocratique : un système électoral perverti

Le vrai problème est la perversion de notre système électoral. Il est considéré comme une compétition où une seule voix d'écart donnerait au vainqueur le droit de faire comme bon lui semble pendant cinq ans.

Le gouvernement nous a prouvé que telle était sa vision des choses. Pour lui, la démocratie, c'est les jours d'élection et pas après. Et tous les autres jours alors ? Eh bien, on vit dans une dictature. La seule différence est que nous, nous avons élu nos dictateurs.

Raffarin est resté sourd aux cris de la rue. Il a signé un accord avec une minorité syndicale et considère que cela suffit à légitimer sa réforme. Mais malgré ses dires, la rue doit être entendue. La rue, c'est le peuple. Et dans une démocratie, c'est le peuple qui gouverne. Le Premier ministre n'est que son délégué, il tient son pouvoir de la volonté populaire. Mais notre gouvernement ne semble pas l'avoir compris.

Et comment appelle-t-on un régime qui gouverne contre la volonté du peuple ?

Propagande et illusion démocratique

Pour tenter de rendre sa réforme populaire et maintenir ainsi une illusion de démocratie, Raffarin nous envoie une lettre à chacun. Une lettre qu'il paie avec l'argent du contribuable (n'avait-il pas dit qu'il fallait faire des économies ?). Dans un autre régime, on aurait appelé ça de la propagande. Mais si sa réforme est juste, quel besoin a-t-il de matraquer son avis ? Il avoue ainsi tacitement que sa réforme n'a rien de naturel.

Comment réinventer la démocratie ?

Il est donc temps de réformer profondément notre système. La démocratie doit être permanente :

  • Il faut rendre leur pouvoir aux élections.
  • Il faut penser de manière nationale et pas avec cet esprit de clocher qu'on voudrait officialiser avec la décentralisation.
  • Les réformes les plus importantes doivent être soumises à référendum.
  • Les accords entre partenaires sociaux doivent, pour être entérinés, être signés par des organismes représentant obligatoirement une majorité des personnes concernées.
  • Les hommes politiques doivent répondre de leurs actions devant les citoyens.
  • Les coupables de corruption doivent être condamnés, quel que soit leur fonction ou leur parti.
  • Les réformes doivent être discutées publiquement. Il doit y avoir de vrais débats pour favoriser la transparence.

Si ces quelques idées sont appliquées, notre démocratie ne s'en portera que mieux. Il sera ensuite temps de penser à réformer l'économie, la vie sociale, etc. Mais ça, c'est une autre histoire.

As-tu aimé cet article ?
kant1
kant1 @kant1
3 articles 0 abonnés

Commentaires (0)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires