
Le coup d'envoi a été donné mardi matin vers 6 heures, dans le cadre d'une commission rogatoire du juge Bruguière. Cette opération de grande envergure s'est déroulée sur 13 sites, dans les Yvelines et le Val-d'Oise, notamment à Auvers-sur-Oise, siège européen du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), les Moudjahidine du peuple. Pas moins de 1 200 policiers du RAID, de la DST, de l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière, ainsi que 80 hommes du GIGN, ont été mobilisés. À 8 heures, on annonçait de source policière l'arrestation de plus de 165 personnes. Parmi elles : Maryam Radjavi, épouse du chef des Moudjahidine Massoud Radjavi, désignée par le groupe comme « la future présidente de l'Iran ».
Un réseau démantelé en Île-de-France
Au ministère de l'Intérieur, où l'on estime le réseau en France démantelé, on relève que l'ensemble de villas abritant les Moudjahidine à Auvers-sur-Oise était devenu, depuis l'intervention américaine en Irak, « le centre international, le PC mondial » de ce mouvement. Selon des sources proches des milieux du renseignement, il « n'est pas exclu » que les Moudjahidine aient projeté des attentats à l'étranger. En revanche, il n'existerait « aucun élément permettant de les soupçonner de vouloir commettre des attentats en France ». L'instruction qui a conduit à cette opération résulte notamment d'un long travail d'enquête sur des flux financiers qui pourraient relever du « financement du terrorisme », a-t-on affirmé de source judiciaire.
D'importantes sommes d'argent découvertes
Les ministres de la Justice et de l'Intérieur se sont félicités de cette opération. Dominique Perben a souligné « la qualité de la collaboration entre les différents services ». Nicolas Sarkozy a estimé pour sa part à l'Assemblée, lors de la séance des questions au gouvernement, que les Moudjahidine du peuple voulaient installer « leur base arrière en France ». Il a précisé que « 159 personnes » restaient mardi après-midi en garde à vue, que « d'importantes sommes d'argent » avaient été découvertes, et que « du matériel informatique (restait) à exploiter ».
Les réactions des Moudjahidine du peuple
Les avocats des Moudjahidine du peuple ont dénoncé ces « arrestations à grand spectacle », en souhaitant dans un communiqué qu'elles ne soient pas « inspirées par une éventuelle complaisance du gouvernement français vis-à-vis des autorités iraniennes et ne constituent pas un dommage collatéral des relations bilatérales franco-américaines ». Depuis Londres, un porte-parole de l'organisation, tout en récusant les accusations de terrorisme, a directement accusé la France de « tenter de s'attirer les bonnes grâces du régime fondamentaliste en Iran » et a affirmé que les arrestations faisaient partie d'un « complot concerté » entre les deux gouvernements.