
La nuit du 20 mars 2003, comme beaucoup de gens, j'ai refusé d'aller au lit avant la fin de l'ultimatum américain lancé à Saddam Hussein. Une heure plus tard, je suis allé dormir en pensant que le président des États-Unis ne voulait pas laisser un trou noir dans l'histoire de son pays. Le matin, j'ai découvert que j'étais trop optimiste : la guerre avait officiellement commencé par un bombardement de la capitale Bagdad et George W. Bush avait prononcé son discours de guerre.
Pourquoi les États-Unis ont-ils ignoré l'ONU ?
Les États-Unis ont rejeté les résolutions de l'ONU, rendant le Conseil de sécurité inopérant dans ces conditions. Le chef des inspecteurs, Hans Blix, ainsi que des pays comme la France et ses « alliés de paix », ont été très déçus par l'arrêt des inspections en Irak. Ils ont affirmé que l'Irak pouvait être désarmé sans la guerre — bien sûr, si ces armes de destruction massive existaient vraiment. D'ailleurs, Hans Blix a précisé qu'il ne pouvait ni affirmer ni nier leur existence.
Les États-Unis — déterminés à déclencher la guerre quelles que soient les circonstances, avec ou sans résolution du Conseil de sécurité — justifiaient leur intervention par la prétendue menace des armes irakiennes. Pourtant, ils oubliaient qu'ils possédaient eux-mêmes un arsenal gigantesque capable de réduire le système solaire en poussière. Cette opération militaire a finalement révélé les véritables raisons pour lesquelles la plus grande puissance mondiale a transformé ce conflit en une sorte de jeu d'enfants.
Guerre en Irak : quels étaient les véritables enjeux ?

En réalité, la guerre avait pour but principal l'invasion et l'occupation de l'Irak afin de profiter de ses richesses pétrolières et naturelles. Si cette guerre avait vraiment pour objectif de libérer le peuple irakien et de lui offrir la démocratie, comme le prétendaient les Américains et les Britanniques, ces derniers n'auraient-ils pas dû être eux-mêmes exemplaires en matière de démocratie avant de vouloir l'exporter ?
La démocratie, comme on nous l'a appris à l'école, c'est Demos Cratos, le pouvoir au peuple. Lorsque des millions de personnes manifestent contre la guerre en Bretagne et aux États-Unis, et que malgré cela la guerre se déclenche, où est le pouvoir du peuple ? Où est la démocratie ? Est-ce bien cette démocratie qu'ils prétendent exporter en Irak ?
Par ailleurs, lorsque les États-Unis déclarent que leur armée va sans doute utiliser de l'uranium appauvri (qui est, selon l'opinion générale, une arme de destruction massive), comment peuvent-ils prétendre vouloir éliminer les armes de destruction massive en utilisant… des armes de destruction massive ?
Contestation mondiale : une opposition historique à la guerre

Les extrémistes du gouvernement américain sont sans doute joyeux de voir les bombardements commencer, mais le resteront-ils après un certain temps ? Les soldats américains ne doivent pas s'attendre à une guerre aussi facile qu'en Afghanistan, où l'ennemi ne disposait d'aucun soutien logistique. Tout le monde était aux côtés des États-Unis à ce moment-là, mais aujourd'hui, la majorité des pays du monde, dirigés par la France et la Russie, rejettent cet acte militaire.
Quel soutien possèdent les États-Unis dans cette guerre visant à renverser le chef d'un État libre et indépendant ? Du point de vue des lois de l'ONU, de la morale et des principes auxquels nous croyons, cette guerre est injustifiable.
Nous refusons tous le régime de Saddam Hussein, mais ce sont aux Irakiens eux-mêmes de se révolter contre leur dictateur sans avoir besoin des Américains pour le faire. Ce sont les Français, et non les Américains ou les Anglais, qui ont fait la Révolution française ; ce sont les Irakiens qui doivent faire la révolution irakienne.
Que retiendra l'Histoire de la guerre en Irak ?

L'Histoire (avec un grand H) ne cesse de raconter ce que Hitler a fait à l'Humanité. Elle raconte aussi que les États-Unis ont utilisé la bombe nucléaire contre des civils innocents à Hiroshima et Nagasaki, et qu'ils ont subi une grande défaite lors de la guerre du Vietnam.
L'Histoire ne manquera pas de raconter ce qui est arrivé aux Américains en Irak, ou ce qu'ils y ont fait. Elle racontera dans le futur (si le monde existe encore dans quelques années) qu'un jour, un homme nommé George Walker Bush est arrivé au pouvoir aux États-Unis, que son pays a été attaqué d'une manière horrible durant son mandat, et que cet homme a considéré le déclenchement d'une guerre comme une solution bien plus facile que la résolution d'un problème mathématique.
L'Histoire racontera que la France et d'autres pays sont restés bouche bée devant les actes injustes de l'Amérique. Mais elle racontera surtout que la France et ses alliés ont tout fait pour empêcher cette intervention militaire en Irak. Et tout le monde leur dira Merci (avec un très grand M).