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Chirac a-t-il "perdu une occasion de se taire" ?

En février 2003, Jacques Chirac lâche : « Ces pays ont perdu une bonne occasion de se taire » aux pays de l'Est soutenant les États-Unis sur l'Irak. Une sortie qui marque les esprits.

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La France a toujours tenu à sa liberté de penser et d'agir. Elle ne se prive pas de faire valoir ses positions en matière de politique étrangère, même lorsque celles-ci vont à l'encontre de celles de ses proches alliés.

Ainsi, Jacques Chirac s'oppose-t-il fermement à la politique de l'administration Bush sur le dossier irakien, en refusant catégoriquement le principe d'une intervention militaire destinée à faire chuter le régime de Bagdad.

Les propos incendiaires du secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, envers cette « vieille Europe » qui refuse de s'aligner sur la position américaine ont probablement fait grincer des dents à l'Élysée, si l'on en juge par l'ironie cinglante avec laquelle le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin a repris la formule lors de son discours du vendredi précédent aux Nations Unies. Le gouvernement français tient à sa liberté de point de vue sur la question irakienne, que ce soit à l'ONU ou à l'OTAN, quitte à faire fi du leadership incontestable des États-Unis. Cette attitude est courageuse et honorable.

Cependant, il faut accepter que d'autres pays agissent de même, et notamment que des pays d'Europe censés s'aligner sur le moteur franco-allemand en matière de politique étrangère puissent exprimer un point de vue différent de celui de Chirac et de Schröder.

Là, malheureusement, Jacques Chirac supporte beaucoup moins l'insubordination de ses « troupes ». Le président français s'est ainsi vivement attaqué aux huit pays (Royaume-Uni, Espagne, Italie, Portugal, Danemark, Pologne, Hongrie et République tchèque) qui ont apporté leur soutien à la politique américaine, ainsi qu'aux dix pays de l'ex-Europe communiste (dont la Roumanie et la Bulgarie) qui ont fait de même.

Les déclarations controversées de Jacques Chirac en février 2003

Jacques Chirac a tenu des propos très durs à l'égard de ces pays, lors d'un sommet européen extraordinaire le mardi 18 février 2003 : « Ces pays ont été à la fois, disons le mot, pas très bien élevés et un peu inconscients des dangers que comportait un trop rapide alignement sur la position américaine. » Il est même allé jusqu'à proférer des menaces diplomatiques à peine voilées envers la Bulgarie et la Roumanie : « Je trouve que la Roumanie et la Bulgarie ont été particulièrement légères de se lancer ainsi, alors que leur position est déjà très délicate à l'égard de l'Europe. Si elles avaient voulu diminuer leurs chances de rentrer dans l'Europe, elles ne pouvaient pas trouver meilleur moyen. » Avant de conclure par un tonitruant et fort peu conciliant : « Ces pays ont perdu une bonne occasion de se taire… »

L'indignation des pays de l'Europe de l'Est

Suite à ces propos, on le comprendra, l'amertume a été vive du côté des pays de l'ex-bloc communiste. La plupart ont accueilli avec un flegme mêlé d'indignation la remontrance française. « Ce n'est pas la première fois que des pressions sont exercées sur nous, mais, selon moi, ce n'est pas là une approche productive pour arriver à l'unité au Conseil », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères bulgare, Lubomir Ivanov. Son homologue polonais Adam Rotfeld a, lui, estimé que « la France a le droit de définir sa politique à sa manière… mais la Pologne est aussi en droit de déclarer ce qui est bon pour elle, et il faut le respecter ».

Un faux-pas diplomatique majeur pour la France ?

La rudesse et le ton autoritaire des déclarations de Jacques Chirac, qui ne sont pas sans rappeler ceux de Donald Rumsfeld, ont suscité l'émoi dans une bonne partie de l'Europe. Le président français s'est comporté envers ses petits partenaires européens comme George W. Bush l'a fait à l'égard de la France et de l'Allemagne : en chef de bande qui ne supporte pas que ses troupes ne rentrent pas dans le rang. En outre, enjoindre de « se taire » à des pays qui sortent de cinquante années de tutelle communiste n'était sûrement pas la meilleure manière de faire passer son message.

Cet épisode constitue probablement le premier faux-pas de Jacques Chirac sur le dossier irakien, alors que jusqu'à présent, son attitude forçait le respect.

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sigmund
sigmund @sigmund
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