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Censure et hiphop

La censure frappe le hip-hop français : suppression de la rubrique graffiti dans Radikal et procès du groupe La Rumeur. Deux exemples qui montrent que la liberté d'expression reste fragile.

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La censure frappe de nouveau en France, et cette fois-ci, c'est le mouvement hip-hop qui est dans le viseur. Deux affaires récentes illustrent parfaitement cette atteinte à la liberté d'expression.

Censure dans Radikal : suppression de la rubrique graffiti

Le premier cas concerne la disparition de la rubrique graph/tag du magazine Radikal. Cette section, intitulée « Gettin' Fame », était entièrement consacrée à l'art du graffiti. Elle a été suspendue sous prétexte qu'elle prétendument incitait au vandalisme.

Certes, cette discipline du hip-hop reste illégale dans sa pratique sauvage. Cependant, retirer un support de communication à ce mouvement artistique constitue une censure abusive qui ne respecte ni les opinions ni les goûts de tous. Cette rubrique se contentait de présenter des galeries d'art urbain et des créations de très bon niveau réalisées par des grapheurs anonymes. Elle informait également sur les évolutions et les nouveautés du moment.

Même si le tag et le graph possèdent une partie vandale, le Gettin' Fame ne relatait que le côté artistique, sans se soucier de l'aspect illégal — celui-là même que les politiciens préfèrent mettre en avant pour discréditer le mouvement.

Voici quelques vers extraits d'« Élémentaire » de TTC :

« La peinture sur les murs comme à l'époque de l'âge de pierre, les graffitis fossiles du futur gravés à jamais dans la terre, un témoignage, un langage, une empreinte sur toutes les surfaces, les artistes se surpassent, projettent leurs créations dans l'espace, un signe sur le sol, un dessin dans le sable, un message, la planète est un livre d'images, je tourne les pages. Décris de manière picturale le sens que t'as des choses de ton époque, argumente à l'acrylique ou au crayon sur des croquis, un masque à oxygène te protège des émanations de gaz, d'un spray finalise, impose ton blase sur des devantures, ta maîtrise, ta vision en 3D, écriture, tes fresques sont exquises. La terre, la sphère dans laquelle tu peux t'exprimer, le graffeur l'exploite, elle apporte les couleurs, le liquide dissout le solide et sa pointe se laisse aller, une couleuvre immense figée sur le mur, des espèces de fissures, un flop dangereux comme le glop, une signature sans fioriture. »

Le graffiti n'est pas un art ? Non, bien plus que ça...

Procès du groupe La Rumeur : un combat inégal

Le deuxième cas de censure que subit le mouvement hip-hop est le procès attendu par les membres du groupe de rap La Rumeur. Ces artistes doivent affronter Nicolas Sarkozy, le ministère de l'Intérieur, SkyRock, la police... Bref, un combat qui paraît bien inégal.

Que reproche-t-on à ces rappeurs qui ne sont pourtant pas des criminels, comme le croient encore trop d'ignorants ? D'abord, un album dérangeant de vérité, qui pousse à la réflexion sur des sujets sensibles : l'esclavage, la misère humaine et intellectuelle, l'abêtissement collectif... Ensuite, on leur reproche un morceau anti-FM qui règle ses comptes avec une radio capitaliste qui formate les esprits : Skyrock.

Enfin, deux articles écrits par Ekoué et Hamé sont très critiqués par les pouvoirs publics. Ces textes traitent du pourrissement du rap et de l'hystérie sécuritaire dont font preuve les politiciens ainsi qu'une partie de la population. Ces articles ont été publiés dans un magazine appartenant à La Rumeur, « le prolongement de leur album ». Dès le dépôt des plaintes, la distribution a été stoppée et les stocks ont été purement et simplement détruits !

Voilà la réaction du système face aux critiques. La France se veut « pays des droits de l'homme » alors que des cas de censure fleurissent ; la liberté d'expression est donc bafouée. Alors que dans certains pays les écrivains sont emprisonnés pour s'opposer au pouvoir, l'État français, au lieu de donner l'exemple, s'attaque de plus en plus aux idées contraires à sa doctrine libérale et capitaliste. La Rumeur risque simplement de la prison ferme et une forte amende ! Mais les 4 MCs n'ont pas l'intention de baisser les bras, prêts à tout pour garder leur dignité et ressortir la tête haute de cette affaire.

Conclusion : une intolérance sélective

Au lieu de s'acharner sur les idées alternatives au système, l'État ferait mieux de s'attaquer aux sites et déclarations de groupes à tendances fascistes et néo-nazies. Mais c'est vrai, les orientations de l'actuel pouvoir en place sont de plus en plus sombres et troubles.

Article aussi disponible sur AnthraxX

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Mister Bobby @anthraxx
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