Bruno Le Maire prenant la parole devant un public nombreux en extérieur.
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Bruno Le Maire au Figaro : ce que cache sa proposition de fédération à six États-nations

Bruno Le Maire propose une fédération à six États-nations avec Constitution et capitale propre. Entre diplôme unique, agenda industriel caché et risques d'exclusion pour les jeunes des petits pays…

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Le 25 juin 2026, Bruno Le Maire a jeté un pavé dans la mare européenne en proposant dans les pages du Figaro la création d'une « fédération de six États-nations » dotée d'une Constitution propre et d'une nouvelle capitale. L'ancien ministre de l'Économie, aujourd'hui conseiller stratégique chez le géant néerlandais des semi-conducteurs ASML, ne sort pas de nulle part : cette proposition radicale s'inscrit dans une réflexion entamée bien avant, notamment lors d'un discours à l'ENS en janvier 2026. Mais que contient exactement ce projet, pourquoi maintenant, et surtout, que changerait-il concrètement pour les 16-25 ans qui vivront avec ses conséquences ? 

Bruno Le Maire prenant la parole devant un public nombreux en extérieur.
Bruno Le Maire prenant la parole devant un public nombreux en extérieur. — (source)

« Monstre d'inefficacité » : le réquisitoire de Le Maire contre Bruxelles dans le Figaro

L'interview accordée à Isabelle Lasserre marque un tournant dans le débat européen. Bruno Le Maire y détaille son projet de fédération restreinte, mais c'est d'abord par sa charge contre les institutions européennes qu'il attire l'attention. Le ton est sans appel : l'Union européenne, sous sa forme actuelle, serait incapable de répondre aux défis du monde contemporain.

Le timing n'a rien d'anodin. À 56 ans, Le Maire est sans portefeuille ministériel depuis la nomination du gouvernement Attal en 2024. Il vient de publier « Le temps d'une décision » chez Gallimard, un livre où il critique vertement ce qu'il appelle la « monarchie technocratique » française. Son passage chez ASML, révélé par RFI en mai 2026, lui confère une légitimité nouvelle sur les questions de souveraineté industrielle. L'ancien ministre n'est plus un politique en exercice : il est devenu un penseur libre, ce qui autorise des propositions que son ancien statut lui interdisait.

La phrase qui fâche : « La Commission est un monstre d'inefficacité »

Le 15 janvier 2026, devant les élèves de l'ENS, Le Maire avait déjà planté le décor. « La Commission européenne est en train de devenir un monstre d'inefficacité », avait-il lancé, provoquant un silence gêné dans l'amphithéâtre. La formule, reprise par Challenges, résume un constat partagé par une partie croissante de la classe politique européenne : les institutions bruxelloises seraient trop lentes, trop technocratiques, trop éloignées des citoyens.

Dans le Figaro, Le Maire enfonce le clou. Il décrit une Union européenne « complètement déficiente » selon ses propres termes sur France Inter en avril 2026, incapable de prendre des décisions rapides face à la guerre en Ukraine, à la concurrence chinoise ou à la dépendance énergétique. La proposition du 25 juin n'est donc pas un coup d'un soir : c'est l'aboutissement d'une réflexion entamée dans son livre et poursuivie lors de ses interventions publiques. 

Bruno Le Maire s'exprimant dans son bureau, illustrant sa proposition de fédération de six États-nations.
Bruno Le Maire s'exprimant dans son bureau, illustrant sa proposition de fédération de six États-nations. — (source)

Nouveau capital, Constitution propre : les contours du projet

Les éléments précis de la proposition sont les suivants : six pays — France, Allemagne, Italie, Espagne, Pologne et Pays-Bas — s'engagent dans une fédération dotée d'une Constitution souveraine et d'une nouvelle capitale. Le nom de cette dernière n'est pas révélé, mais l'idée est claire : créer un pôle décisionnel distinct de Bruxelles, symbole d'une Europe trop bureaucratique.

Le concept de « fédération d'États-nations » n'est pas nouveau. Il a été théorisé par le programme Jean Monnet dès les années 2000, qui distinguait la fédération (comme association d'États souverains) de l'État fédéral (qui absorberait les nations). Comme le souligne l'analyse juridique du programme, « la confédération d'États ne constitue pas un nouvel État mais juste une association d'États souverains », tandis que « l'État fédéral est, comme son nom l'indique, à la fois État et fédération ». Le Maire reprend cette distinction : il ne s'agit pas de créer un super-État qui effacerait la France ou la Pologne, mais de mutualiser certaines compétences pour peser face aux géants mondiaux. 

Bruno Le Maire posant dans un cadre éducatif avec le hashtag #AvecBLM.
Bruno Le Maire posant dans un cadre éducatif avec le hashtag #AvecBLM. — (source)

Du quai d'Orsay à ASML : pourquoi Le Maire sort du bois aujourd'hui

Le parcours de Le Maire éclaire sa proposition. Ancien secrétaire d'État aux Affaires européennes sous Sarkozy, conseiller de Villepin pendant la campagne du référendum de 2005, il connaît les arcanes bruxelloises mieux que quiconque. Mais c'est son expérience récente qui change la donne.

Depuis 2024, il travaille comme conseiller stratégique chez ASML, le géant néerlandais des semi-conducteurs. Cette position lui donne une crédibilité unique sur les questions de souveraineté industrielle. Quand il parle de semi-conducteurs ou d'intelligence artificielle, il ne théorise pas : il connaît les contraintes concrètes des entreprises qui fabriquent les machines les plus complexes de la planète.

Y a-t-il un agenda personnel derrière la relance de l'idée ? La question mérite d'être posée. Sans portefeuille depuis 2024, Le Maire pourrait voir dans cette proposition un ballon d'essai pour les élections européennes de 2029. Le portrait du « sauveur de l'Europe » contre la technocratie est une carte politique qui pourrait séduire au-delà de son camp d'origine. 

Bruno Le Maire en studio à RFI pour l'émission L'Atelier politique.
Bruno Le Maire en studio à RFI pour l'émission L'Atelier politique. — (source)

France, Allemagne, Pologne… Pourquoi ces six pays-là et pas les autres ?

Le choix des six pays n'a rien d'arbitraire. Le Maire sélectionne un noyau dur économique et démographique qui représente environ 314 millions d'habitants et un PIB combiné d'environ 13 400 milliards de dollars. Ces six nations pèsent plus lourd que le reste de l'Union réunie, ce qui explique leur sélection.

Mais les critères ne sont pas uniquement économiques. La Pologne, par exemple, est incluse pour son poids géopolitique à l'est de l'Europe, face à la Russie. Les Pays-Bas, malgré leur petite taille (18 millions d'habitants), doivent leur place à leur puissance commerciale et technologique. Le Maire construit un directoire qui puisse parler d'égal à égal avec Washington et Pékin.

PIB, population, discipline budgétaire : les critères invisibles

Le profil des six pays retenus dessine une carte très sélective. France : 68 millions d'habitants, 3 100 milliards de dollars de PIB. Allemagne : 84 millions, 4 500 milliards. Italie : 59 millions, 2 300 milliards. Espagne : 48 millions, 1 600 milliards. Pologne : 37 millions, 800 milliards. Pays-Bas : 18 millions, 1 100 milliards.

Ces chiffres, compilés à partir des données disponibles, montrent que Le Maire privilégie les pays les plus riches et les plus peuplés. La discipline budgétaire est aussi un critère implicite : les six pays retenus sont ceux qui respectent le mieux les critères de Maastricht, ou du moins qui s'en approchent. Les pays du sud de l'Europe (Grèce, Portugal) sont exclus, tout comme les pays de l'est les moins développés. 

Bruno Le Maire, Jeroen Dijsselbloem et Euclid Tsakalotos en discussion lors d'une réunion.
Bruno Le Maire, Jeroen Dijsselbloem et Euclid Tsakalotos en discussion lors d'une réunion. — EU2017EE Estonian Presidency / CC BY 2.0 / (source)

Les grands absents du directoire : Belgique, pays baltes… la carte de l'exclusion

La Belgique est sans doute la grande absente la plus frappante. Membre fondateur de l'Union, capitale de facto de l'UE avec Bruxelles, elle n'est pas retenue dans le club des six. Pourquoi les Pays-Bas sont-ils dedans et pas la Belgique ? La réponse tient sans doute à la taille : 11 millions d'habitants pour la Belgique contre 18 pour les Pays-Bas, et un PIB deux fois plus faible.

Les pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), pourtant en première ligne face à la Russie depuis l'invasion de l'Ukraine, sont également exclus. Le Maire assume ce choix : dans son discours de janvier, il a clairement déclaré que « l'Ukraine n'a pas sa place dans l'Union européenne », montrant une vision très sélective de l'élargissement. Pour lui, la priorité est à l'approfondissement, pas à l'extension.

Un club fermé ou une porte ouverte ? La clause d'adhésion progressive

Le Maire n'envisage pas son club comme une forteresse hermétique. Interrogé par Challenges, il a précisé : « Si demain les États baltes se disent que ce diplôme unique est formidable, ils pourront l'adopter aussi. » Cette clause d'adhésion progressive est censée rassurer les pays exclus.

Mais le mécanisme est ambigu. D'un côté, il promet une Europe à plusieurs vitesses où chaque pays peut rejoindre le noyau dur s'il en remplit les conditions. De l'autre, il crée de facto des citoyens européens de première et de seconde zone. Un étudiant croate pourra-t-il vraiment bénéficier des mêmes droits qu'un étudiant allemand ? Rien n'est moins sûr.

1994-2026 : trente ans de « noyau dur », les mêmes promesses jamais tenues

L'idée d'un noyau dur européen n'est pas nouvelle. Elle hante l'Union depuis la chute du mur de Berlin, sans jamais avoir abouti. Le projet de Le Maire s'inscrit dans une longue lignée de propositions avortées, ce qui interroge sur sa faisabilité réelle.

L'histoire montre que les tentatives d'avant-garde se heurtent toujours aux mêmes obstacles : la résistance des petits pays, la peur d'une Europe dominée par Berlin, et l'absence de confiance politique entre États membres. Le Maire propose-t-il une solution à ces blocages, ou répète-t-il les erreurs du passé ?

Schäuble-Lamers (1994) : le document qui a inventé le « noyau dur »

En 1994, deux députés CDU allemands, Wolfgang Schäuble et Karl Lamers, publient un document qui fera date. Ils y proposent la création d'un « noyau dur » (Kerneuropa) composé de l'Allemagne, de la France et du Benelux, qui intégrerait plus rapidement les politiques communes. L'objectif : créer un « aimant » qui attirerait les autres pays.

Le parallèle avec 2026 est frappant. Les mêmes pays sont cités (France, Allemagne, Benelux), la même logique d'avant-garde est invoquée. Mais le projet Schäuble-Lamers a capoté pour plusieurs raisons : les petits pays craignaient d'être marginalisés, la France redoutait une domination allemande, et le Royaume-Uni s'y opposait fermement. Le Maire a-t-il tiré les leçons de cet échec ? 

Bruno Le Maire en gros plan, micro à la main, lors d'un déplacement aux États-Unis.
Bruno Le Maire en gros plan, micro à la main, lors d'un déplacement aux États-Unis. — (source)

Le traité de Lisbonne et la coopération renforcée : un outil jamais utilisé

Le traité de Lisbonne (2007) a introduit un mécanisme juridique appelé « coopération renforcée ». Il permet à au moins neuf États membres d'avancer plus vite dans un domaine spécifique, sans attendre les autres. En théorie, c'est l'outil idéal pour créer un noyau dur.

En pratique, il a été très peu utilisé. Les exemples sont rares : le brevet européen, le divorce international, et quelques autres dossiers techniques. Jamais la coopération renforcée n'a servi à créer un véritable gouvernement ou une Constitution commune. Le Maire propose-t-il d'aller plus loin, ou simplement d'activer ce qui existe déjà ? La question reste ouverte.

Crise de l'euro, Brexit, Covid : pourquoi l'idée ressort à chaque tempête

L'idée d'un noyau dur refait surface à chaque crise majeure. Pendant la crise de l'euro (2011-2012), plusieurs responsables allemands ont proposé une union budgétaire restreinte. Après le Brexit (2016), l'idée d'une Europe à plusieurs vitesses a été relancée pour éviter le blocage. Pendant le Covid (2020), le plan de relance a été négocié dans l'urgence, mais sans créer de structure permanente.

2026 est-elle la bonne occasion ? La guerre en Ukraine, la dépendance énergétique, la concurrence chinoise et américaine créent un contexte favorable. Mais les mêmes obstacles politiques subsistent : les petits pays refusent d'être marginalisés, et les grands pays peinent à se faire confiance.

Diplôme unique, jobs, Erasmus : ce que la fédération Le Maire changerait pour les 16-25 ans

C'est la question centrale pour le public visé par cet article. Que changerait concrètement la fédération à six pour un étudiant français ou polonais ? Les promesses sont alléchantes, mais les risques sont réels.

Le Maire propose notamment un diplôme unique pour le bachelor et le master, reconnu automatiquement dans les six pays. Fini les galères de reconnaissance académique, les traductions, les attestations byzantines. Un étudiant pourrait commencer ses études à Paris, les poursuivre à Berlin et les terminer à Milan, sans perdre une seule année.

Le rêve du diplôme unique : fini les galères de reconnaissance académique ?

La proposition phare de Le Maire est simple : un bachelor et un master reconnus automatiquement dans les six pays de la fédération. Concrètement, un étudiant français qui obtiendrait un bachelor à Varsovie n'aurait plus besoin de passer par des procédures de validation d'équivalence pour poursuivre en master à Amsterdam.

Les bénéfices seraient immenses. Actuellement, les étudiants qui veulent étudier à l'étranger doivent souvent passer par des procédures lourdes : traductions certifiées, comparaison des programmes, décision des commissions d'équivalence. Avec le diplôme unique, tout serait fluidifié. Un étudiant pourrait même construire un parcours sur mesure, en choisissant les meilleures universités de chaque pays pour chaque étape de sa formation. 

Bruno Le Maire en 2022, micro à la main.
Bruno Le Maire en 2022, micro à la main. — (source)

Erasmus et marché du travail : mieux pour les six, mais pas pour les autres ?

Le programme Erasmus+ a déjà permis à 16,5 millions d'Européens de partir étudier à l'étranger depuis sa création en 1987. En 2024, 150 000 étudiants français ont bénéficié d'une mobilité Erasmus, faisant de la France le premier pays d'envoi. Le taux de satisfaction atteint 97 %, comme le rapporte Toute l'Europe.

Si la fédération à six crée un « super Erasmus » avec davantage de moyens, les étudiants des six pays pourraient bénéficier de bourses plus élevées et de places plus nombreuses. Mais qu'en est-il des autres ? Les étudiants roumains, croates ou bulgares risquent de voir leurs opportunités réduites. Le risque est de créer un marché du travail « premier choix » dans les six pays et « second choix » ailleurs.

Une Europe « premium » : les 16-25 ans des petits pays laissés sur le bord de la route

Le revers de la médaille est brutal. Le Maire justifie son club par l'exigence de compétitivité : seuls les pays les plus riches et les plus disciplinés peuvent avancer vite. Mais qu'advient-il d'un étudiant croate ou lituanien ? Peut-il encore rêver d'un stage à Amsterdam ou à Berlin ?

La réponse est incertaine. Le Maire promet une clause d'adhésion progressive, mais rien ne garantit que les pays exclus rattraperont leur retard. Au contraire, la fédération à six risque de creuser les inégalités entre jeunes Européens. Ceux des pays membres bénéficieraient d'un accès privilégié aux meilleures universités, aux stages les plus prestigieux et aux emplois les mieux rémunérés. Les autres devraient se contenter des miettes.

IA, semi-conducteurs, espace : le vrai programme caché derrière l'Europe à six

Derrière les débats institutionnels sur la Constitution et la capitale, le projet de Le Maire cache un agenda industriel et stratégique. Loin des querelles politiciennes, il s'agit d'abord de créer un bloc économique capable de rivaliser avec les États-Unis et la Chine.

Son passage chez ASML éclaire cette ambition. Le géant néerlandais des semi-conducteurs fabrique les machines les plus avancées au monde pour la gravure de puces électroniques. Le Maire sait mieux que quiconque que la souveraineté technologique est devenue un enjeu de puissance.

Derrière le fédéralisme, l'agenda industriel : concurrencer les géants mondiaux

Les domaines listés par Le Maire lors de son discours à l'ENS sont révélateurs : intelligence artificielle, semi-conducteurs, énergie, espace, union des marchés de capitaux. Ce sont exactement les secteurs où l'Europe est en retard face aux États-Unis et à la Chine.

La fédération à six servirait à mutualiser les mastodontes économiques nationaux. Prenons l'exemple des semi-conducteurs : ASML est néerlandais, mais ses clients sont taïwanais, coréens et américains. Si les six pays coordonnent leurs investissements et leurs réglementations, ils pourraient créer des champions européens capables de rivaliser avec les géants asiatiques.

« L'Europe continue à se comporter comme un mouton » : une quête de souveraineté

La formule choc de Le Maire à l'ENS — « L'Europe continue à se comporter comme un mouton au milieu des loups » — résume son diagnostic. L'Union européenne serait incapable de défendre ses intérêts stratégiques face aux grandes puissances.

Les exemples ne manquent pas. La guerre en Ukraine a révélé la dépendance énergétique de l'Europe vis-à-vis de la Russie. La pandémie de Covid a montré sa dépendance aux médicaments et aux masques chinois. La rivalité technologique avec les États-Unis expose son retard dans l'IA et les semi-conducteurs. Pour Le Maire, la fédération à six est une question de survie dans un monde dominé par les « loups ».

Le Maire stratège chez ASML : conflit d'intérêts ou vision cohérente ?

La position de Le Maire chez ASML soulève une question légitime. En proposant une intégration industrielle dont son employeur pourrait tirer profit, est-il juge et partie ? Ou son expertise du privé renforce-t-elle sa crédibilité sur ce sujet très technique ?

Les deux lectures sont possibles. D'un côté, on peut y voir un conflit d'intérêts : Le Maire pourrait utiliser son influence politique pour favoriser le secteur des semi-conducteurs, dont ASML est un acteur clé. De l'autre, son expérience chez le géant néerlandais lui donne une connaissance concrète des enjeux industriels, ce qui manque souvent aux politiques. 

Bruno Le Maire s'exprimant au micro de la chaîne allemande ARD.
Bruno Le Maire s'exprimant au micro de la chaîne allemande ARD. — (source)

La vérité est sans doute entre les deux. Le Maire a toujours été un libéral convaincu, favorable à l'intégration économique européenne. Son passage dans le privé ne fait que renforcer une conviction ancienne. Mais il devra répondre aux questions sur son impartialité si sa proposition prend de l'ampleur.

Dupont-Aignan applaudit, la Macronie se tait : le spectre politique du plan Le Maire

Le projet de Le Maire suscite des réactions contrastées, qui dessinent une carte politique inédite. L'ancien ministre de l'Économie, pilier de la majorité présidentielle pendant sept ans, se retrouve dans un no man's land politique.

D'un côté, les souverainistes applaudissent. De l'autre, les pro-européens historiques sont gênés. Le Maire ouvre-t-il une troisième voie sur l'Europe, ou s'isole-t-il définitivement ?

Nicolas Dupont-Aignan : « Preuve que le système est bloqué »

Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France et eurosceptique notoire, a réagi sur Facebook à la proposition de Le Maire. « Même Bruno Le Maire, que je ne porte pas dans mon cœur et qui a largement contribué à la situation actuelle, reconnaît que le système est bloqué », écrit-il. « Preuve que le système actuel est bloqué et ingouvernable. »

Le paradoxe est saisissant. Le Maire, ancien ministre de l'Économie d'Emmanuel Macron et fervent européen, reçoit le soutien d'un souverainiste qui a toujours combattu l'Union européenne. Le projet fédéraliste est si radical qu'il séduit ceux qui veulent en découdre avec Bruxelles.

Le silence gêné de la Macronie et des sociaux-démocrates

Les pro-européens historiques ne sautent pas de joie. La proposition de Le Maire est trop élitiste pour la gauche sociale-démocrate, qui y voit une Europe des riches abandonnant les pays les plus pauvres. Elle est trop fédéraliste pour la droite classique, qui craint une perte de souveraineté nationale.

Dans la Macronie, le silence est assourdissant. Les anciens collègues de Le Maire ne savent pas comment réagir. Certains voient dans sa proposition une trahison de l'héritage macroniste, qui a toujours défendu une Europe unie et solidaire. D'autres y voient une audace nécessaire, mais n'osent pas le dire publiquement.

2029 : Le Maire prépare-t-il son retour politique ?

Le timing électoral est troublant. Les élections européennes de 2029 approchent, et Le Maire est sans portefeuille depuis 2024. Cette proposition est-elle un ballon d'essai pour se positionner comme le « sauveur de l'Europe » ?

L'hypothèse est crédible. Le Maire a toujours été un ambitieux, et son passage chez ASML n'a pas éteint ses ambitions politiques. En proposant une réforme radicale de l'Union, il se place au-dessus des clivages traditionnels et se présente comme un homme d'État capable de sortir l'Europe de l'impasse.

Reste à savoir si cette stratégie fonctionnera. Le Maire devra convaincre au-delà de son camp d'origine, ce qui suppose de bâtir une coalition politique large. La tâche est immense, mais l'ancien ministre a déjà surmonté des obstacles plus grands.

Conclusion : fédération à six, pari risqué ou dernière chance pour l'Union ?

La proposition de Bruno Le Maire est à la fois audacieuse et explosive. Audacieuse parce qu'elle propose des solutions concrètes — diplôme unique, mutualisation industrielle, Constitution propre — à des problèmes réels. Explosive parce qu'elle crée une Europe à deux vitesses, avec des gagnants et des perdants.

Le pari de Le Maire est que l'urgence des défis (guerre en Ukraine, concurrence chinoise, transition écologique) l'emportera sur les réticences politiques. Mais l'histoire des trente dernières années montre que les projets de noyau dur échouent toujours, faute de confiance entre États membres.

Pour les 16-25 ans, l'enjeu est clair : la fédération à six pourrait offrir des opportunités inédites en matière d'éducation et d'emploi, mais au prix d'une fragmentation de l'Union. Les jeunes des pays membres bénéficieraient d'un accès privilégié aux ressources, tandis que ceux des pays exclus risqueraient d'être marginalisés.

La question qui se pose est donc simple : la réforme de Le Maire est-elle la dernière chance pour sauver l'Union de son impuissance, ou le coup de grâce qui la fragmentera définitivement ? Le débat est ouvert, et les élections européennes de 2029 seront le premier test de cette idée. Suivez-le de près : il concerne directement votre avenir.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la fédération à six États-nations de Bruno Le Maire ?

Bruno Le Maire propose une fédération de six pays (France, Allemagne, Italie, Espagne, Pologne, Pays-Bas) dotée d'une Constitution propre et d'une nouvelle capitale. Ce projet vise à mutualiser des compétences pour peser face aux géants mondiaux, sans créer un super-État.

Pourquoi Bruno Le Maire critique-t-il la Commission européenne ?

Le Maire qualifie la Commission européenne de "monstre d'inefficacité", trop lente et technocratique face aux défis comme la guerre en Ukraine ou la concurrence chinoise. Il estime que l'Union européenne actuelle est incapable de prendre des décisions rapides.

Que changerait le diplôme unique pour les étudiants ?

Le Maire propose un bachelor et un master reconnus automatiquement dans les six pays de la fédération. Cela supprimerait les procédures lourdes de reconnaissance académique, permettant aux étudiants de construire un parcours entre Paris, Berlin ou Milan sans perdre d'année.

Quels pays sont exclus de la fédération à six de Le Maire ?

La Belgique, les pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), la Grèce et le Portugal sont exclus. Les critères de sélection sont le PIB, la population et la discipline budgétaire, privilégiant les pays les plus riches et les plus peuplés.

Le projet de Le Maire est-il une idée nouvelle ?

Non, l'idée d'un noyau dur européen existe depuis 1994 avec le document Schäuble-Lamers. Elle refait surface à chaque crise (euro, Brexit, Covid), mais n'a jamais abouti en raison de la résistance des petits pays et du manque de confiance entre États membres.

Sources

  1. [PDF] livre mémoire_160x240_FFBA_16_05 - Banques Alimentaires · banquealimentaire.org
  2. challenges.fr · challenges.fr
  3. courrierinternational.com · courrierinternational.com
  4. Nation state - Wikipedia · en.wikipedia.org
  5. Federation - Wikipedia · en.wikipedia.org
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Hugo Lambot @fact-checker

Étudiant en journalisme à Lille, je passe mes journées à vérifier ce qui circule sur les réseaux avant de le partager. Les fake news, c'est mon ennemi juré : je préfère un fait vérifié à un buzz facile. Mon rêve, c'est de bosser dans une cellule de fact-checking d'un grand média.

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