
Il y a des gens qui ont une conception bizarre du monde. Quand je dis ça, je pense notamment à Maurice G. Dantec ou au copain de ma mère. En effet, ce dernier pense, en plus d'être raciste et de croire que la France et ses habitants sont les meilleurs du monde, que les guerres modernes sont déclenchées uniquement par les marchands d'armes et de drogues pour qu'ils puissent vendre leurs produits, et que ce sont les mêmes qui injectent l'argent dans la reconstruction des bâtiments après les bombardements. C'est ainsi qu'il explique les derniers conflits en date : les Balkans pour la drogue, et le Liban pour les armes. C'est tout, point à la ligne. Et il y croit dur comme fer à sa théorie. Quand j'essaie de nuancer en disant « Mais non, ils interviennent peut-être un peu mais c'est pas QUE ça non plus, bla bla bla, gouvernement, bla bla bla, tensions... », il me mitraille de « ah non non non j't'assure hein j't'assure » avec des yeux exorbités, puis il appuie son avis avec des citations aux sources invérifiables.
Dans un autre registre, ce mec a une forte tendance réductrice avec les hommes politiques. Pour lui, Mitterrand se résume à « Rainbow Warrior » et Fabius à « sang contaminé », tous les communistes sont staliniens, et « De toute façon tout le monde sait que Ségolène Royal elle s'occupe pas de ses enfants ». Aussi : « Ah bah Jack Lang il fume des pétards hein ». Des pourris. Tous. C'est la beauferie associée à la théorie du complot, en quelque sorte.
Et moi je me dis : « Comment expliquer à ces gens qu'ils sont dans l'erreur ? » Que leur vision du monde date de James Bond période Roger Moore. Après plusieurs tentatives infructueuses d'argumentations, rapidement balayées à cause de mon âge nubile qui me confère une naïveté sans pareille — nourrie par les profs gauchistes fainéants ex-soixante-huitards attardés et les organes médiatiques vendus aux marchands d'armes —, j'abandonne toute idée de réformer cet esprit psycho-rigide. Mais abandonner, c'est mal. Je dois trouver quelque chose pour me soulager moralement. J'ai trouvé. Je vais, telle Jodie Foster dans Le Silence des Agneaux, tenter de comprendre cet esprit malade, établir son profil psychologique.
Pourquoi certains développent-ils une vision paranoïaque du monde ?
Les germes de la connerie s'épanouissent pleinement à l'adolescence. Adolescent, Sujet 1 s'en foutait pas mal de la politique internationale. Il pensait « vroum-vroum » et FOOT. Les sujets sérieux l'effleuraient moins qu'une chiure de goéland sur le Queen Elizabeth II. Cela à cause de ses parents, qui préféraient le voir fort et viril — ils pensaient que cela assurerait sa réussite sociale. Et il a réussi. Enfin, seulement pendant l'adolescence. Et il n'y a rien de plus gratifiant, ni d'abêtissant, que d'être aimé durant son adolescence. Mais quand il se mit à grandir et à devenir adulte, il se rendit compte que la vie ne se résumait pas à « vroum-vroum » et FOOT (mais une grosse partie tout de même), et il fut forcé de s'informer un tant soi peu à cause de la pression sociale.
Lorsqu'il commença à lire des journaux ou à suivre le JT, ce fut l'horreur : il ne comprenait pas, ou peu, ce qui était dit. Il prédisait déjà son humiliation sociale. De plus, il n'assumait pas son statut de prolétaire. Il s'en prenait donc aux impôts et à l'État, responsables selon lui de la petitesse de son salaire. Son manque de culture évident, qui n'avait posé aucun problème durant l'adolescence, ressurgit dans sa face et devint un problème majeur dans sa vie.
Le mécanisme de la beaufitude : comprendre la fermeture d'esprit
Pour pallier cette faille évidente, Sujet 1 trouva une solution : il singerait. Il ferait semblant de connaître, d'avoir des opinions. La connaissance et l'argumentation ne lui avaient pas été enseignées. Restaient en lui la virilité et la brutalité, et c'est ainsi qu'il imposerait ses vues : avec force, sans réflexion. Ainsi, il montrerait aux autres qu'il avait tout compris, lui, que le monde était simple.
Les bases de sa conception seront tirées de quelques exemples qui l'avaient marqués. À partir d'eux, il échafaudera sa propre théorie du complot censée englober tout le fonctionnement du monde moderne — une solution de facilité. Peu à peu, les limites entre le faire-semblant et la croyance véritable s'effaceront, et Sujet 1 s'enfermera lui-même dans sa boucle presque paranoïaque. Tout ce qu'il pourra lire ou voir allant un micropoil dans le sens de sa thèse, il le prendra pour une confirmation de ses croyances et se l'appropriera. Cette connaissance sera hachée par son inconscient perverti et ressortira comme un argument ultime qui appuie sa théorie.
Se rassurer face à un monde trop complexe
Quelle est la motivation qui se cache derrière cette technique psychologique ? Se rassurer, évidemment. Lors de sa brutale rencontre avec le monde tel qu'il était au glas de son adolescence, Sujet 1 fut étourdi par ce qu'il voyait. Il le prenait pour quelque chose d'infini. Or l'homme a peur face à l'infini. Des mécanismes névrotiques se sont mis en place pour réduire, compacter au maximum ce monde trop grand afin qu'il n'échappe pas à sa raison.
Pour une approche plus freudienne, on pourrait dire que ça fait bander Sujet 1 de penser que lui, il a compris, pendant que les autres s'adonnent tous au relativisme bien-pensant. He got the Control. Il jouit quand il apporte la réponse (toute faite) à une question où les autres n'ont pas su répondre, s'avouant incultes sur le sujet, alors qu'il est tout aussi inculte.
Quand l'intellectuel sombre dans le complotisme
C'est la vision que j'ai pour la formation d'UNE de ces personnalités nocives, mais les causes peuvent être multiples. Par exemple, je n'ai aucune explication sur le cas de Maurice G. Dantec. À force de réflexions, d'introspections et de lectures savantes, il a fini par s'exiler de France, se faire baptiser et arrêter de voter. Il pense également que la France est morte et enterrée et que la construction de l'Europe n'est qu'un vaste champ de ruines. Il est également pro-Bush, pro-sioniste et anti-république. Un beau tableau.
On peut voir ces personnes comme des cas désespérés. Leur faire changer d'avis est impossible, mais les étudier pour comprendre d'où vient cette fermeture s'avère très intéressant. En effet, c'est la clé que l'on doit utiliser afin de ne pas devenir comme eux.