
Le gouvernement est-il vraiment incapable de faire face ?
Ainsi titrait, samedi, un quotidien. Des dizaines de milliers de policiers et militaires seraient incapables d'enrayer des actes sporadiques de violence urbaine, ce pour quoi ils ont été parfaitement formés ? Les forces de l'ordre françaises disposent de quoi stopper sur-le-champ des événements infiniment plus graves.
Mais les événements, tels qu'ils apparaissent, laissent plutôt transparaître des opérations très précises, d'une furtivité quasi fantomatique. Dans des rues plutôt désertes pour une situation insurrectionnelle, on peut voir des groupes de quelques dizaines de CRS s'équiper, s'affairer, gesticuler, faire du surplace, et de temps en temps courir après... Qui ?
Du côté du gouvernement, on se réunit à tour de bras, réunions dont il ne sort qu'effets d'annonce et belles phrases. On lance des appels au calme tout en continuant plus ou moins discrètement à entretenir le brasier, notamment grâce à Sarkozy, dont on disait récemment, dans Libération, qu'il s'y connaît autant en prévention que Benoît XVI en préservatif.
Et ce qui laisse le plus songeur : on tente des négociations médiatiques avec les représentants du culte musulman. Avec les résultats que l'on sait. Et pour cause ! D'une part, ce ne sont pas eux qui ont déclenché les hostilités, et il n'est pas plus certain que ce soient eux qui les entretiennent. D'autre part, pourquoi s'adresser aux autorités musulmanes, puisque nos gouvernants s'évertuent à affirmer qu'il n'y a ni origine islamiste ni même dérive communautaire dans le conflit ?
Au bout d'un certain temps, l'exaspération et le sentiment d'impuissance aidant, les gens réclameront des mesures à la hauteur du préjudice. Et c'est précisément ce qui est espéré. En effet, quel est le meilleur moyen pour un gouvernement de réduire la liberté de ses concitoyens, d'instaurer un État policier, sans que ceux-ci ne se révoltent ? Il suffit de les mettre en position de demandeurs.

Diviser pour régner : un piège politique classique
Ce procédé vieux comme le monde donne toujours des résultats aussi éclatants, parce qu'il exploite un défaut congénital commun à l'ensemble de l'espèce humaine, à savoir sa propension à se battre à la première occasion, sans se poser de question sur ce qui a amené cette occasion.
Nous avons ainsi d'un côté les partisans du nationalisme exacerbé, qui se préparent à la nuit des longs couteaux, oubliant pour une fois la responsabilité de dirigeants qu'ils critiquent habituellement, trop heureux d'en découdre enfin avec un ennemi tout désigné, facile à reconnaître de par son teint hâlé, et qui plus est facile à trouver de par une certaine concentration urbaine. En somme, « le choc des civilisations » qu'ils appellent de leurs vœux et qu'ils attendent comme si c'était le Mondial de football.
De l'autre, les pacifistes caricaturaux, qui lancent des appels au calme comme des bouteilles à la mer, et des invitations au dialogue sans même savoir à qui ils s'adressent. Qui organisent des marches silencieuses — voilà qui va être diablement efficace... et qui doit en faire rire plus d'un. Des éternels tendeurs de joue qui, par je ne sais quel dévoiement chrétien mal placé, s'adonnent à ce nouveau jeu qui consiste à se laisser massacrer par le premier venu sans réagir, et de déclarer, dans un dernier souffle : que vouliez-vous qu'on fasse ?
Violence urbaine et responsabilités politiques
Bien sûr, il se conçoit que les inégalités sociales génèrent, chez certains « jeunes » des cités, un sentiment de frustration et de rancœur qui débouche sur des exactions. Aussi n'est-il pas étonnant d'en voir certains se prendre au jeu. Ils constituent d'ailleurs souvent le maigre contingent de personnes interpellées ces derniers jours.
Les gouvernements successifs ont longuement préparé le terreau de la violence intercommunautaire. On a permis pendant plusieurs décennies une immigration importante et anarchique, sans se soucier véritablement des conditions d'accueil et d'intégration, pas plus que des conséquences à long terme.
On a parqué des masses de populations aux cultures assez éloignées de la nôtre, dans des cités rapidement transformées en ghettos, auxquelles il a suffi d'allumer le feu au moment opportun. Gageons toutefois que les gouvernants contrôlent toutes les variables de ce jeu dangereux, ce qui est loin d'être certain.
Refuser les fausses solutions
Mais ne tombez pas dans les pièges faciles. Ni celui du pacifisme béat et insouciant, ni celui de l'affrontement communautaire. Au-delà, libre à vous, mais dans les deux cas vous savez ce qui vous attend au bout : la guerre puis l'asservissement.
Ces conflits puérils et stériles, qui ne font que satisfaire aux arrangements des petits chefs séculaires d'un monde matérialiste, font perdre un temps précieux à l'humanité dans son évolution.