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Au cœur de l'Inde : Les Siddis, une civilisation perdue

Les Siddis, descendants d'esclaves africains en Inde, luttent pour leur reconnaissance et leur place dans le système des castes.

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Plus de deux siècles après l'abolition de la traite des Noirs, il existe encore des descendants d'esclaves africains rarement mentionnés dans l'histoire. Ces populations ont perdu leurs repères après l'abolition au XVIIIe siècle. Certains ont eu la chance de retourner en Afrique pour fonder le Libéria, mais d'autres ont formé une communauté unique en Inde.

Qui sont les Siddis ?

Le terme Siddi désigne les esclaves noirs amenés en Inde par les Portugais et les Arabes pour servir les princes Nawab. Originaires principalement d'Afrique subsaharienne, ils ont joué un rôle important au sein de l'empire moghol.

Leur histoire remonte au XIIIe siècle, lorsque les princes Nawab, menacés par des invasions, demandèrent des renforts humains aux colons. Des traces archéologiques les décrivent comme des guerriers employés dans les forêts et la garde rapprochée des souverains.

Comment fonctionne le système des castes en Inde ?

L'Inde est traditionnellement organisée en quatre castes principales :

Les Brâhmins

Caste des intellectuels, détenteurs du savoir et de la sagesse. Elle inclut les enseignants et les religieux.

Les Ksatriyas

Classe des guerriers dotés d'une force physique exceptionnelle. On y trouve notamment le catcheur américain Great Kali, originaire du Panjab.

Les Vaisya

Classe des commerçants qui gèrent l'économie nationale, incluant vendeurs et hommes d'affaires.

Les Shudras

Classe des travailleurs manuels chargés de servir les trois premières castes, comprenant nettoyeurs et domestiques.

Quelle est la quête identitaire des Siddis ?

Depuis l'abolition de l'esclavage, les Siddis luttent pour trouver leur place dans une société indienne encore dominée par le système des castes. Leur combat pour une reconnaissance officielle comme Indiens à part entière perdure aujourd'hui.

Bien que des traces archéologiques suggèrent leur appartenance aux Ksatriyas grâce à leur force physique, ce statut reste débattu. Absents des couches sociales reconnues, ils ont même été exclus des politiques de réservation censées intégrer les minorités.

Les Siddis aujourd'hui : entre Afrique et Inde

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Dans des vidéos YouTube, les Siddis lancent régulièrement des appels à l'Afrique, privés de droits sociaux en Inde. Leurs origines précises demeurent mystérieuses : certains évoquent l'Afrique de l'Ouest, d'autres l'Afrique centrale. Des recherches les relient aux Bantous d'Afrique centrale, hypothèse corroborée par l'usage de mots swahilis dans leur dialecte.

Pour survivre, les Siddis du Gujarat ont formé le groupe musical Siddis Goma, qui a gagné une reconnaissance internationale. Ils perpétuent des danses et chants traditionnels africains, conservant leur héritage après des siècles.

Depuis 2000, Siddis Goma s'est produit sur tous les continents, surprenant le monde par leur fusion culturelle unique. Leurs performances retracent leur histoire singulière.

Malgré cette visibilité, la communauté reste marginalisée. On estime leur population à 22 000 personnes vivant principalement de leurs arts.

Une reconnaissance culturelle timide

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Le 17 février 2013, Siddis Goma fut invité à un festival culturel de l'ICCR (Conseil indien pour les relations culturelles). Leur performance authentiquement africaine trompa le public : beaucoup crurent voir une délégation congolaise. La confusion révèle leur double identité — indienne par nationalité, africaine par héritage.

Quel est l'avenir des Siddis ?

Cette communauté aux cheveux crépus et à la peau sombre subit toujours des discriminations. Même leur célébrité n'a pas effacé leur absence de caste officielle. Leur cœur reste tourné vers l'Afrique, tandis que l'Afrique regarde vers l'Occident.

Un autre obstacle est l'interdiction des mariages inter-castes. En Inde, les unions se font presque exclusivement à l'intérieur d'une même caste. Considérés comme hors du système, les Siddis ne peuvent contracter de mariage reconnu avec d'autres Indiens.

Les Noirs visitant l'Inde sont souvent confondus avec les Siddis et subissent des discriminations similaires. Ils sont surnommés "Kalus" (esclaves noirs). Dans l'hindouisme, la peau noire est associée au dieu démoniaque Ravan, brûlé chaque année lors du festival Dussera symbolisant la victoire du bien sur le mal — une offense indirecte pour les Siddis.

L'histoire parallèle d'Indiens déportés en Afrique reste également méconnue. Certains toponymes africains comme "Kanika" attestent pourtant de cette présence ancienne.

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Peut-on espérer un "Obama indien" ? L'analogie avec la lutte des Noirs américains offre un espoir : comme eux, les Siddis pourraient voir émerger leur Martin Luther King. Leur histoire, pleine de "trous noirs", attend encore d'être pleinement écrite.

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richie ronsard
Richie Lontulungu @richie ronsard
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