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Attentats des Vertueux en Europe : lien avec l'Iran et analyse HAYI

Attentats coordonnés et recrutement de mineurs : découvrez comment l'Iran instrumentalise le groupe HAYI pour exporter sa guerre hybride en Europe.

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L'Europe ne se réveille plus seulement au bruit des sirènes d'ambulances ou des patrouilles de police, mais à celui des détonations sourdes et des incendies criminels qui frappent ses cibles symboliques. En l'espace de trois semaines à peine, une chaîne d'attaques coordonnées a traversé le continent, liant Liège, Rotterdam, Amsterdam, Londres et Anvers par un fil rouge invisible mais résistant : celui du terrorisme islamiste pro-iranien. Au cœur de ce dispositif opère une entité jusque-là inconnue, se présentant sous le nom de « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamia », ou le mouvement des « Vertueux ». Loin d'être une série d'actes isolés, cette vague de violence sans précédent semble être la réponse asymétrique et terrifiante d'un État étranger à des frappes militaires lointaines, transformant les rues de nos villes en un nouveau théâtre d'opérations. Alors que les enquêtes piétinent et que la propagande s'emballe, il est urgent de décrypter la stratégie de ce groupe fantôme qui, par-delà les frontières, menace de déstabiliser l'équilibre sécuritaire du Vieux Continent.

Des véhicules calcinés devant un immeuble à Liège après les explosions revendiquées par le groupe islamiste pro-iranien HAYI.
Des véhicules calcinés devant un immeuble à Liège après les explosions revendiquées par le groupe islamiste pro-iranien HAYI. — (source)

Liège, Rotterdam, Amsterdam, Londres, Anvers : la carte des attentats en trois semaines

La séquence qui a débuté il y a quelques jours dépasse l'entendement par sa rapidité et sa dispersion géographique. En moins d'un mois, cinq villes majeures de quatre pays différents ont été touchées par des actions quasi simultanées, rendant toute explication locale ou hasardeuse caduque. Cette cartographie de la violence révèle une capacité de nuisance transnationale inquiétante, orchestrée avec une précision chirurgicale pour cibler spécifiquement les intérêts de la communauté juive et, par extension, ceux des alliés occidentaux d'Israël. L'examen factuel de cette série d'événements permet de saisir l'ampleur du phénomène et la synchronisation frappante qui lie ces actes, suggérant la mainmise d'une direction unique et centralisée sur des exécutants dispersés aux quatre coins de l'Europe.

Liège, en Belgique, où a débuté la série d'attentats le 9 mars 2026.

Le 9 mars à Liège : un engin explosif ouvre une nouvelle séquence

Tout commence dans la nuit du 9 mars 2026 à Liège, en Belgique. Ce soir-là, un engin explosif artisanal est déposé contre la porte d'une synagogue. La détonation, bien que puissante, ne fait heureusement aucune victime, mais l'impact symbolique est immédiat et visuel. La scène, filmée depuis le trottoir d'en face par un des auteurs, montre une flamme projetée à plusieurs mètres de haut, illuminant la façade du lieu de culte. C'est à ce moment précis que l'acronyme HAYI fait son apparition publique pour la première fois. La vidéo est rapidement relayée sur Telegram, annonçant la naissance médiatique de ce groupe. Ce n'est pas simplement un acte de vandalisme antisémite de plus ; c'est une déclaration de guerre, une mise en scène délibérée conçue pour être diffusée et partagée, marquant le point de départ d'une campagne terroriste d'envergure sur le sol européen.

De Rotterdam à Anvers : un mode opératoire nocturne et sans blessés

Véhicule de police et barrières sur les lieux de l'attaque à Liège.
Policiers de Liège derrière un cordon de sécurité. — (source)

Quelques jours seulement après l'attaque de Liège, le cycle se répète et s'intensifie, illustrant un mode opératoire aussi constant qu'inquiétant. La synagogue de Rotterdam est visée, suivie de près par une école juive d'Amsterdam le 14 mars. La nuit du 22 au 23 mars, le ton monte : quatre ambulances de la Jewish Community Ambulance sont réduites en cendres à Londres, un acte d'une rare violence symbolique visant l'aide humanitaire. Enfin, dans la nuit du 23 mars à 23h38, c'est au tour d'une voiture d'être incendiée dans le quartier juif d'Anvers. Le fil conducteur de ces événements est limpide : toutes les attaques sont menées de nuit, visent des biens et non des personnes (pour l'instant), et frappent systématiquement des symboles de la communauté juive ou de ses soutiens.

Oslo, le précurseur ignoré : la bombe du 7 mars devant l'ambassade américaine

Si la séquence commence officiellement à Liège le 9 mars, elle trouve en réalité sa source deux jours plus tôt, en terre scandinave. Dans la nuit du 7 au 8 mars, un engin explosif dissimulé dans un sac à dos est découvert devant l'ambassade des États-Unis à Oslo. Si les dégâts matériels sont mineurs et qu'aucun blessé n'est à déplorer, la nature de la cible change la donne. Les enquêteurs norvégiens arrêtent une famille d'origine irakienne, dont l'un des fils a reconnu avoir posé l'engin. Plus inquiétant encore, la justice norvégienne évoque rapidement « l'implication d'un État étranger ». Cet événement, isolé au premier abord, prend tout son sens à la lumière des attaques ultérieures : il constitue probablement le prologue, l'acte inaugural d'une campagne qui s'est ensuite étendue aux centres symboliques de l'Europe occidentale, reliant Oslo à Liège par un même fil ténu mais mortel.

Un logo de fusil SVD sur fond rouge : qui se cache derrière le groupe ?

Une fois l'ampleur des faits établie, la question qui trotte dans la tête de chaque observateur est celle de l'identité des auteurs. Le nom « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamia » (HAYI) sonne comme une énigme, une construction sémantique complexe qui mérite décryptage. Ce n'est pas un simple groupe d'activistes improvisés ; l'identité revendiquée par l'organisation, jusqu'au choix de son nom et de son emblème, semble avoir été pensée pour envoyer un signal géopolitique précis aux initiés et aux ennemis. Tout concourt à donner à ce groupe une aura religieuse et martiale, masquant parfois mal une réalité politique bien plus terre-à-terre et cynique.

« Ceux de la main droite » : un nom tiré du Coran

Le nom du groupe n'a pas été choisi au hasard. « Ashab al-Yamin » se traduit littéralement par « Ceux de la main droite ». Dans la terminologie coranique, cette expression désigne les vertueux, les élus qui seront placés à la droite du Trône divin lors du Jugement dernier. En s'appropriant cette terminologie, le groupe cherche à se légitimer moralement et religieusement. Il ne se présente pas comme une simple milice terroriste, mais comme un instrument de la justice divine sur terre. L'ajout de « Harakat » (Mouvement) et « al-Islamia » (Islamique) complète le tableau : le « Mouvement islamique des compagnons de la vertu ». Cette revendication de vertu est un outil de propagande puissant, visant à recruter des sympathisants en leur faisant croire qu'ils rejoignent une cause noble et sanctifiée, alors que les objectifs poursuivis sont avant tout géopolitiques et liés aux intérêts de l'Iran.

Le fusil SVD et l'inscription « Djihad, Fermeté, Victoire »

L'emblème visuel de HAYI est tout aussi révélateur que son nom. Sur un fond rouge vif, couleur du sang et du martyre, une main levée tient fermement un fusil de sniper SVD, une arme d'origine soviétique largement utilisée par les forces paramilitaires du Moyen-Orient. Ce dessin est encadré de deux rameaux d'olivier, symbole universel de paix mais qui, ici, ne peut qu'être lu de manière ironique et guerrière. Une inscription arabe accompagne l'ensemble, proclamant « Djihad, Fermeté, Victoire ». Les observateurs avertis ne manqueront pas de noter les similitudes frappantes avec l'iconographie du Hezbollah libanais et des Gardiens de la révolution iraniens (pasdaran). Ce n'est pas un hasard esthétique ; c'est un marqueur d'allégeance. Ce logo est conçu pour être compris par ceux qui connaissent la région : il dit implicitement « nous sommes les soldats de l'axe de la résistance iranien ».

Fusil de précision SVD posé sur un fond rouge uni, vue de profil pour montrer le chargement et la lunette de visée
Fusil de précision SVD posé sur un fond rouge uni, vue de profil pour montrer le chargement et la lunette de visée

La revendication à CBS News : « Nous vengerons chaque enfant de Gaza, d'Iran, du Liban »

Dans un communiqué envoyé à la chaîne américaine CBS News, le groupe a explicitement défini ses motivations et ses objectifs. Le message est clair et sans ambiguïté : « Nous continuerons de menacer les intérêts américains et israéliens dans le monde entier jusqu'à ce que nous ayons vengé chaque enfant de Gaza, d'Iran, du Liban et des nations de la résistance. » Le texte exhorte ensuite les civils à s'éloigner des « intérêts sionistes et américains » pour leur propre sécurité. Ce mélange des genres, fusionnant les rhétoriques pro-palestiniennes (Gaza) et pro-iraniennes (Iran, Liban, résistance), est stratégique. Il vise à élargir la base de sympathisants potentiels au-delà des seuls partisans de Téhéran, en exploitant la colère générée par le conflit à Gaza pour servir une cause qui, en réalité, la dépasse largement.

Erreurs amateur et fausses revendications : les indices d'une orchestration

Malgré les apparences de mystère et de sophistication médiatique, l'examen attentif des opérations de HAYI révèle de nombreuses failles. Loin d'être une organisation terroriste rodée comme pouvait l'être Al-Qaïda à son apogée, le groupe multiplie les maladresses techniques qui trahissent son amateurisme. Ces erreurs grossières, qu'il s'agisse de la qualité des vidéos ou d'erreurs factuelles dans les revendications, sont autant d'indices qui permettent aux experts de déconstruire la fiction du groupe et de pointer du doigt la nature probablement fictive de cette entité, utilisée comme écran de fumée par une puissance étrangère.

Des vidéos bourrées d'erreurs : lettres inversées et noms approximatifs

La communication visuelle de HAYI est loin de la perfection technique habituelle des productions de l'État islamique. Les vidéos diffusées sur Telegram pour revendiquer les attaques sont bourrées d'erreurs qui interrogent sur le professionnalisme des auteurs. On y trouve des lettres inversées dans les textes arabes superposés aux images, des fautes de syntaxe qui ne devraient pas être le fait de locuteurs natifs, et une qualité de filmage très « grand public », réalisée vraisemblablement au moyen de simples téléphones portables. Plus troublant encore, des erreurs factuelles ont été relevées, notamment sur la dénomination exacte de certains missiles iraniens cités ou vantés dans les montages. Ces bévues contredisent l'image d'une organisation terroriste hautement qualifiée et suggèrent plutôt une précipitation, peut-être due à la volonté de communiquer vite et fort pour le compte d'un commanditaire extérieur.

Une attaque revendiquée en Grèce qui n'a jamais eu lieu

L'un des éléments les plus révélateurs de la nature artificielle du groupe concerne sa propension à revendiquer des événements qui n'ont jamais existé. HAYI a ainsi fièrement annoncé sur ses chaînes de communication avoir mené une attaque en Grèce, une information qui s'est très vite avérée totalement fictive, les autorités grecques n'ayant enregistré aucun incident correspondant. Ce type de désinformation active est cohérent avec les méthodes des services de renseignement iraniens, qui utilisent souvent la confusion informationnelle pour saturer les services de sécurité occidentaux et entretenir un climat de psychose. En revendiquant des attaques imaginaires, le groupe cherche aussi à gonfler artificiellement son importance opérationnelle et à donner l'illusion d'une capacité de frappe plus vaste qu'elle ne l'est en réalité.

Lucas Webber : « Une marque terroriste artificielle apparue soudainement »

L'analyse de Lucas Webber, expert de l'organisation Tech Against Terrorism, résume parfaitement la situation. Selon lui, le groupe HAYI « ressemble moins à une cellule européenne de base émergeant de nulle part et plus à une marque terroriste artificielle apparue soudainement dans les écosystèmes en ligne ». Ce concept de « marque » appliqué au terrorisme est fascinant et inquiétant. Il suggère que HAYI n'est pas une organisation structurée avec une hiérarchie interne, des réunions régulières et une base militante, mais plutôt un produit marketing, un label créé de toutes pièces par une puissance étatique (ici l'Iran) pour encapsuler une série d'actions diverses et donner l'impression d'un mouvement unifié. C'est une rupture majeure dans la manière dont on conçoit le terrorisme : nous ne sommes plus face à une milice, mais face à une marque déposée par un service secret.

28 février 2026 : comment la frappe sur Téhéran a rapatrié la guerre

Si la structure de HAYI semble artificielle, ses motivations et son calendrier, eux, sont d'une précision brutale. L'émergence soudaine de ce groupe et la vague d'attaques qui a suivi ne sont pas des phénomènes spontanés ; elles sont la conséquence directe d'un événement géopolitique majeur survenu le 28 février 2026. Ce jour-là, une attaque américano-israélienne d'envergure a ciblé l'Iran, marquant un basculement dans le conflit régional. En réponse, Téhéran a opté pour une stratégie asymétrique, rapatriant la guerre dans les rues d'une Europe qui se croyait relativement à l'abri des conséquences directes des frappes au Moyen-Orient. L'Iran utilise désormais le terrorisme comme un outil de diplomatie par armes interposées.

La stratégie « du faible au fort » de Téhéran

Les services de renseignement européens observent depuis fin février une modification nette de la posture iranienne. Face à des moyens militaires américains et israéliens supérieurs, l'Iran a adopté ce que les stratèges appellent la doctrine asymétrique « du faible au fort ». Concrètement, cela signifie utiliser des moyens inférieurs pour frapper l'adversaire là où il est le plus vulnérable. Cela se traduit par le blocage du détroit d'Ormuz, des frappes sur les pays du Golfe, et désormais, par l'exportation de violence terroriste en Europe. Dans ce schéma, les synagogues de Liège ou les ambulances de Londres ne sont pas des cibles anecdotiques ; elles sont les maillons faibles d'un ennemi occidental que l'on cherche à déstabiliser par la peur. Cette approche permet à Téhéran de nuire à ses adversaires sans risquer une guerre frontale conventionnelle qu'il ne pourrait pas gagner.

Le déni plausible par procuration : la leçon du diplomate Assadi

L'Iran a appris de ses erreurs passées. Le souvenir de l'affaire du diplomate iranien Assadollah Assadi, condamné en Belgique à 20 ans de prison pour avoir planifié un attentat déjoué contre un rassemblement d'opposants iraniens en 2018, est encore frais dans les mémoires des services européens. À l'époque, la coopération franco-belgo-germano-autrichienne avait permis de faire le lien directement entre l'exécutant et l'État iranien. Pour éviter une telle répétition, le régime a perfectionné sa méthode. La création d'intermédiaires comme HAYI vise à créer une distance de sécurité, un déni plausible suffisant pour que Téhéran puisse nier officiellement toute implication en cas de capture des exécutants. La main qui lance la bombe n'est plus celle de l'agent des Gardiens de la révolution, mais celle d'un adolescent manipulé, brouillant ainsi les pistes.

Bartjan Wegter : « L'Iran finance des réseaux criminels européens »

Cette stratégie de sous-traitance est confirmée par les plus hauts niveaux des services de renseignement. Bartjan Wegter, coordinateur de l'Union européenne pour la lutte contre le terrorisme, explique que « l'Iran finance des réseaux criminels européens pour réaliser des attentats, créant une distance entre le régime et les attaques ». Cette externalisation de la violence permet à l'État commanditaire de rester en retrait, utilisant le crime organisé comme un prestataire de services. Cette tactique n'est pas exclusive à Téhéran, puisque la Russie l'utilise également pour mener des opérations de déstabilisation sur le Vieux Continent. Comme le souligne Wegter, « des États, comme la Russie et l'Iran, se mêlent à l'environnement des réseaux terroristes. C'est préoccupant ». Nous assistons à une hybridation de la menace, où le crime, le terrorisme et la géopolitique étatique s'entremêlent de manière inextricable.

17, 18, 19 ans : le recrutement de mineurs européens par l'Iran

Au-delà de la géopolitique et de la cybersécurité, la réalité de cette menace se heurte au terrain brut de l'humain. Les arrestations opérées ces derniers jours en Europe ont révélé un visage inattendu et effrayant des nouveaux terroristes aux ordres de Téhéran : celui d'adolescents. Loin des clichés du combattant barbu venu des camps d'entraînement du Moyen-Orient, les exécutants présumés des attaques de HAYI sont des mineurs ou de très jeunes majeurs, souvent originaires des pays touchés et vivant déjà en Europe. Cette stratégie de recrutement marque une rupture radicale avec les modèles terroristes précédents, notamment celui de Daech, et pose un défi redoutable aux forces de l'ordre.

Quatre adolescents arrêtés à Rotterdam, deux mineurs à Anvers

Le tableau des arrestations dressé par les polices européennes est sidérant par sa jeunesse. Pour l'attaque de la synagogue de Rotterdam, la police néerlandaise a interpellé quatre jeunes suspects âgés de seulement 17 à 19 ans. À Anvers, suite à l'incendie de la voiture dans le quartier juif, ce ne sont pas moins de deux mineurs qui ont été mis en examen. À Londres, si les suspects arrêtés sont des hommes de 45 et 47 ans, les vidéos de surveillance indiquent la présence d'au moins une troisième personne, dont le profil pourrait correspondre à cette tendance plus jeune. Ce contraste saisissant entre des exécutants qui sortent à peine de l'enfance et des opérations d'une telle envergure symbolique montre que les services iraniens ont ciblé les failles de nos sociétés : la vulnérabilité et l'influenceabilité de la jeunesse.

Telegram et les « promesses de gains faciles »

Comment en arrive-t-on là ? Les enquêtes pointent du doigt le rôle central de Telegram et des réseaux sociaux cryptés dans le processus de radicalisation et de recrutement. Contrairement au recrutement idéologique massif de Daech, la méthode ici est plus pragmatique et mercenaire. Les enquêteurs expliquent que ces jeunes, souvent issus de milieux précaires ou en quête d'identité, sont approchés en ligne avec des « promesses de gains faciles ». On ne leur demande pas nécessairement de mourir en martyr, mais de poser une bombe ou d'allumer un feu contre rémunération. Ils sont perçus par les recruteurs comme une main-d'œuvre jetable, facile à manipuler et, surtout, capable de passer inaperçue. C'est une instrumentalisation cynique de la précarité juvénile, transformant des adolescents en missiles guidés bon marché.

120 attentats en 2023, 58 en 2024 : une courbe ascendante

Cette vague d'attaques ne tombe pas du ciel ; elle s'inscrit dans une tendance lourde de l'insécurité sur le continent. Les statistiques fournies par Bartjan Wegter sont éloquentes : l'Europe a dénombré 120 attentats ou tentatives en 2023, puis 58 en 2024, contre 28 seulement en 2022 et 18 en 2021. Cette courbe ascendante confirme que la menace terroriste est loin d'avoir reculé. Toutefois, la nature de la menace change. Alors que la majorité des épisodes précédents relevaient de l'initiative individuelle, d'une auto-radicalisation spontanée (« lone wolves »), les attaques de HAYI impliquent une direction étatique, une stratégie concertée et des objectifs précis dictés de l'étranger. Nous passons du terrorisme endogène, désordonné mais imprévisible, au terrorisme par procuration, plus contrôlé mais politiquement explosif.

À deux heures de train de Paris : la vigilance renforcée en France

Si les attaques ont touché la Belgique, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, la France ne doit en aucun cas se sentir épargnée. La proximité géographique de Liège et d'Anvers, villes situées à quelques heures de train de Paris et Lille, ainsi que les liens historiques étroits entre les réseaux terroristes belges et français, rendent la menace tangible pour l'Hexagone. L'attaque récente de l'Arc de Triomphe, où un islamiste radical a été abattu par les gendarmes à Paris, a déjà montré que le sol français restait une cible de choix. Les événements récents imposent donc une vigilance renforcée, non seulement sur le territoire national, mais aussi pour les citoyens français voyageant à l'étranger.

La Belgique comme prolongement de l'espace terroriste français

Il serait illusoire de penser que la frontière franco-belge constitue un rempart contre le terrorisme. L'histoire sanglante des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles, qui étaient intimement liés à ceux du 13 novembre 2015 à Paris, l'a démontré avec tristesse. Les réseaux belges et français sont poreux, se nourrissent des mêmes idéologies et utilisent les mêmes filières logistiques. Liège et Anvers ne sont pas des villes lointaines ; elles fonctionnent comme des prolongements de l'espace terroriste potentiellement visé. Une attaque dans ces villes doit être analysée par les services français comme une attaque à ses portes. La coopération transfrontalière, déjà intense, doit redoubler d'efficacité pour anticiper d'éventuels déplacements d'unités opérationnelles vers la France.

L'avertissement du Département d'État américain

La vigilance ne doit pas se limiter aux seules cibles communautaires juives. Le Département d'État américain a réagi à la montée des tensions en exhortant ses citoyens dans le monde à « exercer une prudence accrue ». Dans ses avis, il souligne que « des groupes favorables à l'Iran pourraient cibler d'autres intérêts américains outre-mer ou des lieux associés aux États-Unis ». Pour la France, qui accueille de nombreuses multinationales américaines, des centres culturels, des bases militaires ou encore des universités fréquentées par des étudiants américains, cela élargit considérablement le spectre des cibles potentielles. La menace n'est plus seulement antisémite ; elle devient anti-occidentale, visant tout symbole de l'alliance atlantique que l'Iran cherche à briser.

Voyages scolaires, Erasmus et grands rassemblements

Pour le citoyen ordinaire, cette menace se traduit par des situations concrètes où la vigilance devient un impératif. Les voyages scolaires en Belgique ou aux Pays-Bas, très populaires chez les collégiens et lycéens français, nécessitent une révision des protocoles de sécurité. Il en va de même pour les étudiants partis en Erasmus à Amsterdam ou Anvers, qui peuvent se retrouver involontairement à proximité de cibles potentielles. Enfin, les grands rassemblements publics dans les villes frontalières comme Lille ou Strasbourg, susceptibles d'attirer des foules mixtes, doivent faire l'objet d'une surveillance accrue. Jusqu'à présent, le mode opératoire de HAYI (attaque de nuit, cibles matérielles, absence de blessés) a épargné les vies humaines, mais rien ne garantit que cette règle du jeu non écrite perdurera si la pression politique sur l'Iran augmente.

Synthèse d'une menace hybride : l'Europe face à un ennemi sans visage

Au terme de ce voyage au cœur de l'actualité terroriste récente, le bilan est à la fois inquiétant et complexe. L'émergence du groupe HAYI marque une mutation profonde de la menace qui pèse sur l'Europe. Nous ne sommes plus face à l'ennemi classique, identifiable et structuré que nous avions l'habitude de combattre, mais face à une entité hybride, floue et changeante. Le paradoxe de cette organisation réside dans sa nature même : tactiquement, elle semble être composée d'amateurs maladroits, mais stratégiquement, elle est l'outil d'une puissance étatique qui calcule ses coups avec précision. Cette dualité rend la réponse des démocraties occidentales particulièrement difficile à articuler.

Le paradoxe HAYI : des vidéos amateurs pour une ingénierie d'État

Tout oppose, en apparence, l'image donnée par HAYI et la réalité de sa genèse. D'un côté, des vidéos mal montées, truffées d'erreurs de langage et de fautes techniques, des revendications d'attentats imaginaires, et des exécutants mineurs arrêtés en quelques jours. De l'autre, une synchronisation transfrontalière parfaite, un message politique cohérent aligné sur les intérêts de Téhéran, et une capacité à frapper sur plusieurs continents en quelques semaines. C'est précisément cette asymétrie qui rend le groupe redoutable. Les services antiterroristes, habitués à traquer des structures logistiques complexes, peuvent avoir du mal à appréhender une « marque » terroriste virtuelle qui n'existe vraiment que quand une bombe explose ou qu'une vidéo est postée. C'est une guerre de l'ombre où la communication est aussi une arme.

Ce qui change après mars 2026 : la menace n'est plus « si » mais « où et quand »

Le mois de mars 2026 restera probablement comme un tournant dans l'histoire sécuritaire de l'Europe. Les attaques des « Vertueux » marquent un passage à l'échelle douloureux. La guerre au Moyen-Orient, souvent perçue comme un lointain cauchemar à la télévision, s'est invitée brutalement dans nos rues, derrière nos synagogues et dans nos quartiers. Pour la France et ses voisins, la question n'est plus de savoir si le sol européen sera frappé à nouveau — c'est une certitude — mais de déterminer où et quand les prochaines attaques surviendront. Face à un ennemi qui utilise nos propres adolescents comme projectiles et qui cache ses desseins derrière des marqueurs religieux, l'ère de l'innocence est définitivement révolue. La vigilance doit désormais être totale, car la guerre qui nous est faite est ici et elle est hybride.

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Questions fréquentes

Que signifie le groupe HAYI ?

HAYI désigne le « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamia », ce qui se traduit par le « Mouvement islamique des compagnons de la vertu » ou des « Ceux de la main droite ».

Qui finance les attentats en Europe ?

Selon le coordinateur antiterroriste de l'UE, l'Iran finance des réseaux criminels européens pour réaliser ces attaques et créer une distance avec le régime.

Qui sont les exécutants des attentats ?

Les attaques sont principalement menées par des mineurs ou de très jeunes adultes, recrutés en ligne avec des promesses de gains faciles.

Quel est le mode opératoire du groupe ?

Le groupe cible des symboles juifs ou occidentaux la nuit, s'en prenant aux biens comme des synagogues ou des ambulances sans faire de victimes pour l'instant.

Pourquoi HAYI est-il une marque artificielle ?

C'est une « marque terroriste » créée par un État pour orchestrer des attaques, comme en témoignent des erreurs grossières dans les vidéos et de fausses revendications.

Sources

  1. Explosions à Liège et Amsterdam, incendies à Londres et Anvers : derrière ces récentes attaques, l’ombre des «Vertueux», ces islamistes pro-Iran · lefigaro.fr
  2. Qui se cache derrière l’organisation “HAYI”, qui a revendiqué les attaques à Liège, Anvers et Londres? · 7sur7.be
  3. Qui se cache derrière l’organisation “HAYI”, qui a revendiqué les attaques à Liège, Anvers et Londres? · 7sur7.be
  4. cbsnews.com · cbsnews.com
  5. en.wikipedia.org · en.wikipedia.org
match-day
Dylan Frabot @match-day

Je vois le sport comme un miroir de la société, et ça rend chaque match plus intéressant. Ancien rugbyman universitaire à Toulouse, j'ai raccroché les crampons mais pas la passion. Ce qui m'intéresse, c'est pas juste le score final : c'est le dopage qu'on ignore, l'argent qui gangrène, les questions d'inclusivité qu'on esquive. Mon écriture est rythmée comme un commentaire sportif, mais avec du fond. Si tu veux juste les résultats, y'a L'Équipe. Si tu veux comprendre ce que le sport dit de nous, reste ici.

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