
Après l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, le Liban a connu un bouleversement capital en matière de réconciliation nationale. Ce changement s'est illustré par la « révolu-manifestation » du 14 mars, qui a rassemblé des Libanais de toutes confessions, de tous âges et de différents courants politiques. Mais une entente nationale ne pouvait s'achever en l'absence de deux cadres importants de la politique libanaise : le général Aoun et le Dr Geagea.

Forces Libanaises (FL) : histoire et parcours
Issu du parti Kataeb après le déclenchement de la guerre au Liban, les Forces Libanaises avaient pour mission de combattre les Palestiniens et les Syriens tout en préservant l'autonomie libanaise et les Maronites du Liban. Sous la direction de son fondateur, le président Bachir Gemayel (assassiné en 1982), les Forces Libanaises sont devenues la seule force protectrice des chrétiens du Liban, en l'absence d'une armée libanaise disciplinée et organisée. Après la mort de Gemayel et le retrait israélien du Liban, les Forces Libanaises ont été entraînées dans de sanglants affrontements avec les Druzes dans le Chouf et d'autres factions islamiques du sud du Liban.
Cette période chaotique a permis au chef de guerre Geagea d'installer et de renforcer une enclave sous sa seule autorité. L'économie était à son apogée et l'argent coulait à flots dans les territoires de Geagea, tandis que le reste du pays souffrait encore du désordre. Des affrontements ont eu lieu avec le général Aoun, après que ce dernier a reçu l'ordre de former un gouvernement intérimaire à la fin du mandat du président Amine Gemayel.
Cette période sanglante et pleine de haines est restée gravée dans les esprits des Maronites, d'autant plus qu'il s'agissait de chrétiens qui s'entretuaient pour un pouvoir qui ne reviendrait finalement à aucun des deux. Dissoutes en 1994, les FL se sont vues associées à des attentats perpétrés par les services secrets libano-syriens, afin de limiter l'influence de Geagea, qui sera quelques jours plus tard condamné et emprisonné pour 11 ans suite à des accusations politico-judiciaires.

Courant Patriotique Libanais (CPL) : origines et évolution
Issu du conflit interlibanais, le CPL a vu le jour par la nomination du général Aoun à la tête d'un gouvernement militaire à l'issue du mandat du président A. Gemayel. Le général Aoun a pu, en l'espace de quelques mois, rétablir l'armée nationale incluant chrétiens et musulmans, tout en recevant des armes de l'Irak et des Palestiniens. Sa première guerre de libération contre l'occupant syrien l'a vu monter en puissance, au point de transformer le palais présidentiel en une véritable fourmilière de partisans de tous âges et de toutes confessions.
Mais les accrochages avec les FL se sont succédé ; chacun, Aoun et Geagea, se voyait comme le chef suprême des Maronites et de la région « Est ». Rien de mieux pour les Syriens qui voyaient les Maronites s'entretuer afin d'affaiblir leur morale et leurs moyens militaires. C'est en 1991 que le général Aoun et son armée ont été surpris par un raid aérien qui s'est soldé par l'invasion des troupes syriennes dans les régions chrétiennes, le poussant à l'exil en France. Les Syriens ont commis des atrocités contre ses soldats et les civils, dont la plupart sont encore dans les geôles syriennes à ce jour.

Le retour d'exil du général Aoun après 15 ans
Vaincu un matin d'octobre 1991, le général Aoun avouait avoir perdu une bataille, mais pas la guerre. Une guerre qui a débuté et s'est poursuivie pendant son exil contre les forces syriennes présentes au Liban et les collaborateurs libanais qui avaient vendu les Libanais pour des bénéfices personnels. De Paris, il apparaissait sur les médias libanais avec un enthousiasme doté d'un comportement « original » qui encourageait les Libanais à ne pas céder sous les pressions.
Pendant ces quinze années, ses jeunes partisans étaient sous la menace et la terreur des services secrets libano-syriens. Le slogan des aounistes « Aoun reviendra » apparaissait quasiment impossible à réaliser tant que les Syriens occupaient encore les territoires libanais. Mais l'optimisme du général et de ses partisans a porté ses fruits avec le retrait total des troupes syriennes fin mars 2005, ce qui a ouvert les portes au retour triomphal du général Aoun.

Libération de Samir Geagea après 11 ans de prison
Accusé d'un attentat contre une église en 1994, le Dr Geagea et ses partisans sont devenus victimes de multiples harcèlements et arrestations des forces libano-syriennes. Son arrestation s'avérait être un piège pour l'éloigner définitivement de la scène libanaise ; la peur des Syriens de voir le dernier chef chrétien en activité pouvait mettre en péril leur plan de conquête du Liban. Une fois en prison, le chef des FL a été jugé non coupable de l'attentat de l'église, mais coupable pour des faits commis pendant les années de guerre (un processus d'après-guerre a abouti à l'amnistie de tous les crimes commis avant l'accord de Taëf).
Créateur d'un système libanais fédéral qui présentait des avantages vu la partition géopolitique du Liban, Geagea s'est vu condamné à la peine capitale, réduite à la prison à perpétuité. Le « Hakim » comme l'appelaient ses partisans (Docteur en libanais) serait emprisonné pendant 11 ans dans des conditions ne respectant pas les droits de l'homme : cellule de 3 mètres, à sept étages sous terre, sans voir le soleil.
Mais les événements qui se sont déroulés au Liban, en plus de l'arrivée de son épouse au parlement, ont permis au Dr Geagea de sortir en héros de prison, après 11 ans pour des faits qu'il n'a pas commis.

Réconciliation Aoun-Geagea : vers une nouvelle ère politique ?
Quinze ans après la fin de la guerre, la situation politique et surtout économique du Liban reste désastreuse. Corruption, pots-de-vin et contrats favorisant les proches du pouvoir font le pain quotidien des politiciens, au détriment d'une classe sociale libanaise divisée entre riches et pauvres.
Ces mêmes Libanais se disent lassés d'être exploités et demandent un changement radical, commençant par un nouveau président et une administration travaillant pour l'intérêt du Liban et des Libanais sans distinction. Surtout que la sortie du futur « Mandela libanais » et le retour d'un réformateur hâteront l'exécution d'un tel processus.