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A qui profite le dysfonctionnement au sein de la société civile en RDC ?

Dysfonctionnement, opportunisme et luttes de pouvoir fragilisent la Société Civile en RDC face aux ambitions politiques.

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L’avènement de la démocratie au Congo-Kinshasa a ouvert trop d’yeux et trop de bouches se sont mises à crier. Parce qu’ils parlent et agissent tous, il devient de plus en plus difficile de suivre minutieusement tout le monde. Qui ose parler de Société Civile dans ce pays de confusion parfaite ? Les effets immédiats de cette confusion sont des citoyens qui se déresponsabilisent progressivement de la vie associative. Le terme « Société Civile » est, au Congo-Kinshasa, revendiqué de toute pièce par les acteurs non-étatiques qui en réclament chacun la paternité.

Alors que certains se posent en patrons de la Société Civile congolaise, d’autres s’affirment l’avoir créée. Si, dans un pays de la taille du Congo, chaque citoyen revendiquait la paternité de la Société Civile, le retour au laisser-faire et à l’état de jungle serait-il inévitable ? Une Société Civile ne serait-elle pas la résultante de la reconnaissance du droit d’association et de la libéralisation de la parole par un État ? La crise d’étiquetage qui sévit au Congo-Kinshasa a-t-elle vraiment sa place dans un pays aux problèmes multiples ? Les acteurs de la Société Civile n’ont-ils d’autre thématique requérant leur expertise à temps plein que de faire la course au leadership qui défie les règles de la raison ?

— Richie Lontulungu

L’opportunisme : un malaise fragilisant la Société Civile en RDC

La première question posée en RDC lorsqu’on aborde la Société Civile concerne son nombre et son authenticité. Cette question est toutefois délicate à aborder face à la complexité de cet environnement. Pour gagner du terrain en RDC, chacun choisit de créer sa propre Société Civile, prétendue légitime.

Depuis que la distribution des quotas des participants dans les grands rendez-vous pour discuter des questions d’intérêt national hante tous les Congolais, les plus malins saisissent l’occasion pour se constituer en Société Civile. La bataille pour le contrôle de la Société Civile est féroce et sans précédent. Cette lutte, qui engage davantage les acteurs non-étatiques, n’a pas toute son âme dans la recherche proprement dite des solutions aux problèmes des citoyens. Elle trouve son existence grâce à un opportunisme lucratif.

Comment la politique instrumentalise les organisations de la société civile

Les acteurs non-étatiques jouent, d’une certaine manière, le jeu du politique. En politique, lorsqu’un malin tombe dans l’eau, c’est un autre malin qui va le chercher. Quitter les discussions les poches pleines de présents attire les responsables des OSC, surtout qu’ils peuvent sans peine se capter des positionnements dans un gouvernement ou dans l’administration publique.

Parce que l’accès aux attributs politiques paie, la RDC assiste désormais à une tactique de réduction et de privation de l’espace dit Société Civile. Ces tactiques conservatrices sont organisées par ceux qui parviennent à grimper de statut social. Aujourd’hui, cet espace n’est plus accessible à toutes les personnes ayant la même vocation de défendre les droits des peuples. La lutte pour la survie occasionnée par les placements politiques a plongé beaucoup d’acteurs de la Société Civile dans la détresse et leur a fait perdre le sens de l’objectivité. On assiste plus à des jets d’encre entre les acteurs qu’à une véritable collaboration.

La course au leadership : source de fragmentation de la Société Civile

Décrocher le poste de chef de file des organisations de la société civile (OSC) sur les différentes tables de discussion est une véritable guerre. Et lorsqu’on y parvient, on ne travaille plus qu’au bénéfice des siens et des personnes de son obédience. À ce stade, le sens aigri que développent les acteurs contre leurs semblables défie toute logique. Tous ceux qui sont hors d’un cercle d’influence particulier ne bénéficient de rien : pas de restitution ni de reconnaissance.

C’est une situation qui brise les carrières, ce qu’on appelle « privation de l’espace civil ». Elle rend vulnérables certains acteurs et encourage le clientélisme entre les plus chanceux et ceux au bas de la file. Mais comment parvient-on à prendre la tête de la fiche Société Civile dans les pourparlers ? La politique opère une sélection naturelle des acteurs. Un problème pas essentiellement congolais, mais continental.

En acceptant d’intégrer la Société Civile comme troisième composante dans le règlement des questions d’intérêt national, le débauchage politique s’est invité. La polémique et les ambitions démesurées sont les deux anti-valeurs certifiées dans cette Société Civile.

Société Civile et politique : comprendre le dérèglement institutionnel

Les promoteurs de l’idée « Société Civile 3ème Composante » à Cotonou, ayant compris la lutte qui pouvait en résulter, ont instauré des Cadres de Concertation des Organisations de la Société Civile un peu partout. Ce pour mieux structurer cet espace et en offrir des représentants légitimement désignés par les acteurs pour un terme fixe. Ceux-là devraient en retour s’occuper d’organiser toute la suite.

De la République du Mali, où cette initiative a été testée pour la première fois, un Cadre de Concertation a également été mis en place en RDC. Mais cette initiative louable a témoigné de limites considérables dans ce pays aux ambitions unilatérales et sans compromission. D’abord, l’idée du Cadre de Concertation se heurte au refus de certains acteurs non-étatiques de faire partie d’un tout. On cite parmi eux le CNONGD, un regroupement d’ONG de développement. Ceux-là et d’autres choisiront de jouer unanimement sur le terrain, de conquérir cet espace et d’en définir les règles.

Pourquoi les acteurs refusent-ils de reconnaître le Cadre de Concertation ?

Le refus de quelques acteurs non-étatiques de reconnaître au Cadre de Concertation l’étiquette de représentant de la Société Civile résulte en l’éclatement des ambitions et à la formation de ce que les acteurs désignent prétendument par des sociétés civiles. Au fil du temps, quelques organisations partantes au départ se résigneront à leur tour du Cadre. Il se pose alors un problème d’acceptation sociale et des difficultés de cohabitation pacifique entre les acteurs.

De la République du Mali au Congo-Kinshasa, le refus de reconnaissance du Cadre par quelques acteurs non-étatiques, parfois taillés de toute pièce par les politiques, fragilise ce concept hautement soutenu par la communauté internationale. Cela traduit aussi l’incapacité des acteurs à revoir à la baisse leurs aspirations individuelles pour l’intérêt collectif, quoiqu’ils s’affirment toujours être avec le peuple. Quelles sont les vraies raisons d’un tel dysfonctionnement ?

Les causes profondes du dysfonctionnement de la Société Civile en RDC

Des causes profondes existent pour expliquer ce dysfonctionnement, enracinées dans la société congolaise. D’abord, le refus des membres du bureau actuellement en fonction au Cadre de Concertation de convoquer l’Assemblée générale élective de la Société Civile à l’expiration de leur mandat en 2015. Cette Assemblée générale devait conduire au renouvellement du bureau en place.

La Société Civile du Congo-Kinshasa a beau crier l’alternance démocratique à la tête du pays, mais elle ne parvient pas à résoudre l’irrégularité qui règne en son sein. Autre fait marquant : les membres du bureau en place, élus à des degrés respectifs de responsabilité, ont chacun utilisé leur position pour s’enraciner, avantager leur propre structure d’appartenance et créer des cercles d’influence. Ainsi, celui qui devait s’occuper de la bergerie en faisait son propre patrimoine. Celui qui héritait de s’occuper de la cuisine en faisait un marché où les acteurs non-étatiques viennent pour acheter et vendre.

Comment les divisions historiques fragilisent la Société Civile congolaise

Si on étudie attentivement l’histoire des derniers siècles, on s’aperçoit que les divisions sont les fruits des contradictions sociales exacerbées. Ce qu’il faut craindre dans l’histoire de chaque société, c’est quand les habitudes anormales deviennent un mode de vie pour un peuple.

En désignant le bureau actuellement en fonction au Cadre, on pouvait s’appréhender que la pensée des acteurs non-étatiques était de le voir, parce qu’il en avait manifesté l’intérêt, s’oublier lui-même pendant trois ans et servir la composante dans sa diversité. Dommage que ce geste de grandeur d’âme ne se soit pas produit. Il y a dysfonctionnement au sein du Cadre de Concertation et un problème de discipline au sein des forces. Ce dysfonctionnement n’a pas aidé à dédramatiser les choses. Au contraire, il a amené les acteurs au boycott du Cadre qui avait pourtant mobilisé de grandes énergies en son temps.

Le rôle crucial de l’État et des bailleurs étrangers dans la stabilisation

L’État et les bailleurs étrangers devaient non seulement faire de l’adhésion au Cadre de Concertation une condition, mais ils devaient aussi veiller à ce que les choses soient rangées convenablement. Suite au dysfonctionnement observé dans cet organe, l’Autorité morale de la Société Civile au Congo-Kinshasa, Rév. Dr Milenge Mwenelwata, est restée pour ceux d’hier comme d’aujourd’hui la seule référence et un centre pour l’union de tous les acteurs.

L’attentisme et le refus du bureau du Cadre de Concertation de convoquer l’Assemblée élective de la Société Civile au Congo-Kinshasa ne sont pas de nature à encourager les bailleurs étrangers à poursuivre leur soutien.

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richie ronsard
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