Le 19 juillet 2026, le centre américain des ouragans (NHC) annonçait 80 % de chances de formation d'un cyclone dans les 48 heures, pour une zone de basse pression située dans le nord-est du golfe du Mexique, près de la Floride. Ce chiffre, très élevé, s'est concrétisé le jour même : le système est devenu la dépression tropicale Deux, puis la tempête tropicale Bertha. Retour sur une alerte qui dit beaucoup sur la manière dont les météorologues américains communiquent le risque, et sur ce qu'une saison annoncée « calme » peut malgré tout produire.

De l'alerte à la tempête Bertha : qu'est-il réellement arrivé ?
L'alerte du 19 juillet : 80 % en 48 heures
Le bulletin du NHC du 19 juillet visait une zone de basse pression identifiée sous le nom d'Invest 91L, dans le nord-est du golfe du Mexique. Le système était « de mieux en mieux organisé », selon l'agence, qui estimait qu'une dépression tropicale était susceptible de se former « dimanche soir ou lundi ». La probabilité de 80 % portait sur un horizon de 48 heures.
Ce niveau est rare. Pour chaque perturbation, le NHC publie deux probabilités de formation : l'une sur 48 heures, l'autre sur 7 jours. Elles sont exprimées en catégories : « faible » sous 40 %, « moyenne » entre 40 et 60 %, « élevée » au-delà de 60 %. Un seuil de 80 % sur 48 heures signifie qu'une dépression tropicale est quasi certaine de se former.
Le système a tenu cette promesse. Le soir même, l'avion de reconnaissance Hurricane Hunter de l'Air Force Reserve a confirmé une circulation fermée, et le NHC a émis son premier avis sur la dépression tropicale Deux, située à environ 290 km au sud-sud-est de Panama City, en Floride. Une veille de tempête tropicale a été émise pour la côte de Floride, de la rivière Ochlockonee à la frontière de l'Alabama.

Bertha sur la carte : trajectoire et dégâts
La dépression est devenue la tempête tropicale Bertha le 20 juillet, deuxième tempête nommée de la saison après Arthur en juin. Elle a atteint son pic le 21 juillet avec des vents soutenus de 97 km/h et une pression minimale de 995 hPa, alors qu'elle se trouvait à environ 170 km au sud-est de Mobile, en Alabama.

Bertha a effectué deux atterrissages. Le premier, le 22 juillet dans l'après-midi, dans la paroisse de Saint-Bernard en Louisiane, à environ 65 km à l'est de La Nouvelle-Orléans, avec des vents de 75 km/h. Le second, le 23 juillet, à environ 115 km au nord-est de Galveston, au Texas. Le système s'est ensuite dissipé dans la soirée.
Les dégâts sont restés limités. Aucun décès n'a été rapporté. Le système était mal organisé, « déséquilibré » : la majorité des pluies est restée en mer, à l'est du centre. Les coupures d'électricité ont été minimes. À Pensacola, une passerelle de plage endommagée a été fermée par la municipalité. Les estimations des pertes assurées, établies par le courtier Aon, tournent autour de quelques dizaines de millions de dollars.
La menace principale n'était pas le vent mais les pluies : 5 à 10 cm étaient attendus sur les côtes, jusqu'à 20 cm localement, avec un risque d'inondations éclair. La Croix-Rouge américaine avait évoqué un possible « storm surge » menaçant, jusqu'à 15 cm de précipitations et des rafales à 80 km/h. Chevron a arrêté la production de sa plateforme pétrolière Petronius, à environ 120 km au sud de Mobile, et évacué le personnel. Les parcs et jetées ont fermé le long de la côte, et des vols ont été annulés vers les aéroports côtiers du golfe.

Saison 2026 : un El Niño qui calme l'Atlantique, mais pas les risques
Bertha s'inscrit dans une saison que la NOAA, l'agence américaine d'observation océanique et atmosphérique, prévoyait sous la normale. Dans sa mise à jour d'août 2026, elle estimait à 75 % la probabilité d'une saison moins active que la moyenne, avec 7 à 13 tempêtes nommées et 2 à 6 ouragans, dont 0 à 2 majeurs (catégorie 3 ou plus). La moyenne 1991-2020 est de 14 tempêtes nommées et 7 ouragans.
La cause principale est El Niño. Ce phénomène de réchauffement du Pacifique équatorial modifie la circulation atmosphérique et augmente le cisaillement vertical du vent au-dessus de l'Atlantique, ce qui rend la formation des ouragans plus difficile. La NOAA évoquait même un « super El Niño » dans ses prévisions d'août.
Mais une saison calme ne signifie pas une saison sans danger. Les eaux du golfe du Mexique étaient cette année anormalement chaudes. Jeff Masters, climatologue à Yale Climate Connections, les décrit comme « environ les troisièmes plus chaudes jamais mesurées », le golfe se réchauffant « environ deux fois plus vite que le reste des océans depuis plus d'une décennie ». Robert West, de l'université de Miami et de la NOAA, résume le paradoxe : El Niño rend la formation des tempêtes plus difficile, « mais une tempête qui se formerait profiterait des eaux plus chaudes » — donc potentiellement plus intense.
Phil Klotzbach, chercheur à l'université d'État du Colorado, note une tendance de fond : en trente ans, le nombre d'ouragans a baissé, mais la proportion d'ouragans majeurs (catégories 4 et 5) a augmenté. Les eaux plus chaudes chargent les dés vers des tempêtes plus fortes.
Le mois de juillet n'est d'ailleurs pas un mois sans risque. L'ouragan Dennis a touché terre le 10 juillet 2005 près de Gulf Breeze, dans le Panhandle de Floride, en catégorie 3 avec des vents de 195 km/h. Bertha, simple tempête tropicale, aurait pu être bien plus violente dans d'autres conditions.
Floride : la crise de l'assurance et le coût des ouragans
Au-delà de la météo, le coût des ouragans se lit dans les primes d'assurance. La Floride reste l'État le plus cher des États-Unis pour assurer une habitation : environ 8 000 dollars par an en moyenne, selon le comparateur Insurify. France Info rapportait en novembre 2024 le témoignage d'Hanna, 82 ans, à Fort Lauderdale : une couverture complète — maison, inondations, ouragans — lui coûterait 7 000 dollars par an. Elle n'est pas assurée. Un couple interrogé par la même chaîne évoquait un total de près de 11 000 dollars par an.
Le marché montre toutefois des signes d'amélioration. Les réformes législatives anti-contentieux adoptées à partir de 2022 ont réduit les litiges, qui représentaient en 2023 environ 72 % des contentieux assurantiels habitation des États-Unis pour seulement 10 % des sinistres. Citizens, l'assureur public en dernier recours, couvrait environ 20 % des logements résidentiels de Floride en 2023 ; il n'en couvre plus que 3 % aujourd'hui. Des dizaines d'assureurs ont déposé des baisses de taux, et Citizens a réduit les siens depuis le 1er juin 2026.
L'État a aussi agi sur la fiscalité de la préparation. Depuis le 1er août 2025, la taxe de vente sur les fournitures de préparation aux ouragans — eau en bouteille, trousses de premiers secours — est supprimée définitivement, après avoir été suspendue temporairement à plusieurs reprises lors des saisons précédentes.
Le coût des catastrophes, lui, reste massif. En 2024, les États-Unis ont enregistré 27 catastrophes à plus d'un milliard de dollars, pour un total de 182,7 milliards. Depuis 1980, les cyclones tropicaux sont la catégorie la plus coûteuse : 1 543 milliards de dollars cumulés, soit environ 23 milliards par événement en moyenne. L'ouragan Ian, en 2022, a coûté 30 à 67 milliards de dollars aux assureurs.
La pression sur les finances publiques est réelle. Avant même le début de la saison 2026, le fonds d'aide aux catastrophes de la FEMA était passé sous les 3 milliards de dollars, contraignant l'agence à restreindre ses dépenses. Et les catastrophes s'empilent : la FEMA a approuvé plus de 26 millions de dollars d'aide pour le Mississippi après la tempête Arthur en juin, quelques semaines avant l'arrivée de Bertha sur les mêmes côtes.
Pour les voyageurs français, le ministère des Affaires étrangères rappelle que les risques d'ouragans sont fréquents sur la côte atlantique et celle du golfe du Mexique — Floride, Alabama, Mississippi, Louisiane, Texas — entre début juin et novembre. Il distingue deux niveaux d'alerte : la « Hurricane Watch », qui signifie que des conditions de tempête sont possibles, et la « Hurricane Warning », qui signifie qu'elles sont attendues. L'alerte du 19 juillet, elle, concernait la formation d'un système, pas encore son impact. Une distinction que les résidents de la côte du golfe ont appris à connaître : une probabilité de 80 % sur 48 heures, c'est le moment de préparer ses affaires — même si, comme Bertha l'a montré, la tempête peut finalement passer sans faire de dégâts majeurs.