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Monde

54 ans d'aide au développement international

54 ans après le discours de Truman, la situation des pays en développement empire. Bilan critique d'une aide internationale qui crée souvent dépendance et « aidocratie » plutôt que progrès réel.

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Origine du sous-développement : l'héritage du discours de Truman

L'homme à l'origine du terme « pays sous-développés » est Harry Truman, ancien président des États-Unis. C'est en 1949 que M. Truman, lors d'un discours à la nation, a annoncé l'existence de ces pays en remplaçant le terme « colonies » par celui de « pays sous-développés ». Durant ce discours, il a lancé un appel à toutes les nations pour aider les pays du tiers-monde, qui représentaient plus de la moitié des peuples de la planète, à se développer.

Il a démontré que les habitants de ces pays étaient non seulement affamés, mais également pauvres, sans instruction et sans système économique valable. Visionnaire, M. Truman a incité les pays dits industrialisés à fournir une aide aux pays sous-développés en s'appuyant sur le fait que ces inégalités pourraient créer des guerres et des mouvements terroristes. Enfin, il a soutenu que l'aide que les pays industrialisés pouvaient apporter au tiers-monde était non seulement d'ordre monétaire, mais aussi d'ordre technologique.

Bilan du tiers-monde : la situation actuelle

Nous parlons ici de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique latine. En réalité, il existe dans le monde actuel plus de cent trente pays en voie de développement (le terme ayant évolué de « pays sous-développés » à « pays en voie de développement »), contre à peine 25 pays environ qui sont industrialisés.

Ces pays industrialisés ont fourni plus de 60 milliards de dollars à l'aide au développement international, ce qui n'a pas fait évoluer la mauvaise position des pays en voie de développement. Plus grave encore : la situation déjà précaire de ces pays empire au fur et à mesure qu'une certaine dépendance envers les pays plus riches se développe. De nos jours, plus de la moitié de la population mondiale vit avec moins de deux dollars par jour et sans accès à l'eau potable, un cinquième de la population mondiale ne sait ni lire ni écrire, et 90 % des victimes atteintes du sida viennent du tiers-monde. Ces chiffres alarmants ne cessent d'augmenter malgré tous les efforts fournis.

Comment fonctionne l'aide au développement international ?

Il existe aujourd'hui deux formes d'organismes visant à aider les pays du tiers-monde : les APD (organismes publics) ainsi que les ONG (organismes non gouvernementaux). En fait, chaque pays développé possède un ou plusieurs organismes de ce genre. De plus, ces pays dits « riches » offrent aux pays en voie de développement une certaine forme de prêt monétaire à intérêt plus bas que le marché ordinaire appelée « prêt bonifié ».

Il est également important de mentionner que 10 % de l'aide totale offerte à ces pays provient des organismes non gouvernementaux. Lorsque l'aide au développement international a débuté, la population croyait qu'il fallait industrialiser les pays du tiers-monde. C'était une grave erreur puisqu'il est impossible d'industrialiser des pays où la majorité de la population ne sait ni lire ni écrire. En effet, qui pourrait faire fonctionner les machines « offertes » par les pays développés ?

Forcés de constater l'échec de leur première tentative, les pays développés se sont alors tournés vers le marché du libre-échange. Ce type de marché favorise grandement les pays industrialisés tout en créant une dépendance des pays du tiers-monde. De plus, ce commerce est tout à fait inégal puisque les pays en voie de développement n'ont pas les fonds nécessaires pour créer une concurrence équitable.

Échecs et limites de l'aide internationale

D'un autre côté, l'aide au développement international comporte aussi certains côtés négatifs. Premièrement, cette forme d'aide a répandu l'idée que pour se développer, les pays plus pauvres avaient absolument besoin de s'endetter, ce qui est faux. De plus, l'argent offert à la population des pays en voie de développement est surtout allé aux gouvernements de ces pays ainsi qu'à la militarisation, ce qui n'était pas du tout le but premier de ces rentrées de fonds.

L'argent intercepté par les dirigeants des pays en voie de développement se retrouve souvent dans des banques (suisses, par exemple) et ces banques reprêtent ce même argent à d'autres pays du tiers-monde. Nous parlons ici d'un cercle vicieux dans lequel la population des pays du tiers-monde ne touche jamais à l'argent que nous leur envoyons. À preuve, aujourd'hui, plus d'argent circule du sud vers le nord que du nord vers le sud.

Deuxièmement, l'aide au développement internationale a créé une toute nouvelle forme de classe politique appelée « aidocratie », qui fait référence aux pays qui ne vivent que de l'aide provenant de l'extérieur et qui ne peuvent, par le fait même, se développer eux-mêmes. Troisièmement, l'aide au développement n'a fait que minimiser l'importance de l'épargne à l'intérieur des pays en voie de développement. En effet, cette épargne pourrait les aider à s'en sortir à partir de leur propre investissement, mais les remboursements qu'ils ont à effectuer les empêchent tout simplement d'accumuler un minimum de revenus.

Développement versus sous-développement : comprendre la différence

Le développement est l'accumulation du capital à partir de l'épargne. Il est également l'ensemble des activités qui contribuent à l'accumulation progressive du capital matériel et humain d'une communauté en vue d'une production auto-entretenue pour satisfaire les besoins tels qu'exprimés par la communauté. Si l'on se fie à cette définition, nous pouvons affirmer que tous les pays du monde sont en mesure de le faire.

Malheureusement, notre système économique est basé sur l'idée que certains pays ne doivent pas devenir autosuffisants afin que l'on puisse leur vendre nos produits. Pourtant, les pays développés produisent beaucoup plus qu'ils ne consomment : de ce fait, si nous cessions de produire outre mesure, nous n'aurions plus de surplus à vendre aux pays en voie de développement, ce qui ferait que ces pays auraient non seulement la chance mais également le devoir de se développer eux-mêmes. De plus, à ce rythme, notre planète ne suffira bientôt plus pour remplir nos besoins qui sont de plus en plus nombreux.

Dans les pays en voie de développement, nous faisons face à une désaccumulation du capital puisque le système de libre-échange empêche les pays plus pauvres de se protéger. De plus, l'Afrique a été dépouillée trois fois de ses surplus à cause de l'esclavage, de la colonisation et, finalement, du commerce inégal.

Comment aider efficacement les pays en développement ?

La base serait de changer la manière de penser et de vivre des pays développés, mais cette solution semble improbable vu notre système capitaliste. En effet, les seuls qui seraient vraiment aptes à aider les pays en voie de développement sont eux-mêmes. En accumulant leur propre épargne, ces pays auraient les moyens de se développer à leur rythme et cesseraient enfin d'être dépendants des pays industrialisés.

Comme exemple, nous pouvons citer le Bangladesh qui offre des banques à petits prêts pour les particuliers qui souhaitent investir dans des récoltes ou autre chose afin de se développer.

Faut-il repenser l'aide internationale ?

Bref, nous pouvons en conclure que la seule façon de réellement aider les pays du tiers-monde serait d'aller sur place afin de bâtir des écoles, de planter des semences, etc. L'argent envoyé se rend très rarement à destination : de ce fait, il ne sert qu'à enrichir des dirigeants qui laissent leur population mourir de faim. Les pays du tiers-monde ont été trop longtemps défavorisés en raison de plusieurs facteurs hors de leur contrôle : aujourd'hui, comme tous les pays développés, ils auraient les moyens de se développer et de se bâtir une économie, si seulement les dirigeants de tous les pays du monde cessaient, ne serait-ce qu'un instant, de songer à leurs profits.

La vie n'est-elle donc pas plus importante que l'accumulation d'argent ?

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anaximandre
anaximandre @anaximandre
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