19 février 2026 : l'appel au calme de l'Indonésie au cœur de la tempête mondiale
Monde

19 février 2026 : l'appel au calme de l'Indonésie au cœur de la tempête mondiale

Le 19 février 2026, l'Indonésie appelle au calme face aux tensions mondiales. Entre doctrine "Bebas Aktif" et envoi de 8 000 soldats à Gaza, Djakarta affirme son autonomie stratégique et devient une voix incontournable du Sud global.

As-tu aimé cet article ?

Alors que la planète entière retenait son breath, les regards fixés sur la capitale américaine et l'inauguration du tant controversé « Board of Peace », une voix singulière et puissante s'est élevée de Djakarta le 19 février 2026, venant perturber le récit médiatique habituel. À travers la figure de Puan Maharani, présidente du Conseil représentatif du peuple, l'Indonésie a profité de la clôture de la session parlementaire pour affirmer sa vision d'une diplomatie tournée résolument vers la résolution des conflits. Ce discours, loin d'être une simple formalité administrative protocolaire, a résonné comme une alternative rationnelle et nécessaire à l'agitation géopolitique que connaissait le monde à ce moment-là. Loin des effets d'annonce spectaculaires américains, l'archipel asiatique tentait de réinjecter du sens et de la substance dans une relation internationale qui semblait glisser dangereusement vers l'impasse.

Le contraste était effectivement saisissant entre la mise en scène spectacularisée de la politique étrangère américaine et le sérieux des propos tenus dans l'hémicycle de Senayan. Pendant que Donald Trump brandissait des promesses de reconstruction et des engagements militaires sous les néons de son nouveau « Donald J. Trump Institute of Peace », Puan Maharani martelait la nécessité d'une approche centrée sur des solutions pacifiques et durables. Pour l'Indonésie, la participation à cette coalition ne devait jamais se faire au détriment de son indépendance stratégique. En insistant sur le fait que la position de Djakarta au sein du Board of Peace devait impérativement rester fondée sur une politique « libre et active », la présidente du DPR a tracé une ligne rouge. Ce message, clair et sans équivoque, rappelait que pour survivre dans la tempête mondiale actuelle, la dignité et l'autonomie demeuraient les seules boussoles fiables.

ASEAN leaders standing with arms linked at the summit opening ceremony
This photograph captures the opening ceremony of the 5th ASEAN Summits and Related Summits on 9 October 2024 in Vientiane, Lao PDR, featuring a line of officials (including leaders from ASEAN member states) standing on stage with arms linked in a symbolic gesture, against a backdrop displaying the event’s branding (“ASEAN LAO PDR 2024,” “OPENING CEREMONY,” and the theme “Enhancing Connectivity and Resilience”). — Presidential Communications Office / Public domain / (source)

Puan Maharani et le refus de la logique de bloc

Ce 19 février 2026, au cœur du complexe parlementaire de Senayan, Puan Maharani a livré un message qui dépassait largement les frontières nationales de l'archipel. En tant que chef de la législature indonésienne, son discours de clôture n'était pas une simple formalité, mais une véritable déclaration de politique étrangère. Elle a martelé une idée essentielle, souvent oubliée dans les corridors du pouvoir à Washington ou Bruxelles : l'impossibilité pour toute nation de se tenir seule et en sécurité dans un monde interdépendant. Cette phrase, résumant la philosophie indonésienne actuelle, rappelait que pour Djakarta, l'isolementnisme, cher à certains dirigeants occidentaux, n'était simplement pas une option viable sur le long terme.

DPR parliamentary session with officials discussing peace-oriented diplomacy
DPR calls for peace-oriented diplomacy amid global tensions — (source)

Puan Maharani, figure centrale de la politique indonésienne et petite-fille de l'ancien président Sukarno, sait que chaque mot pèse dans l'arène internationale. En appelant de ses vœux une diplomatie « plus efficace », elle a implicitement critiqué les approches musclées qui dominaient l'actualité. Elle ne se contentait pas de demander la paix, elle en appelait à une méthode active, une diplomatie qui travaille, qui négocie et qui construit des ponts plutôt que des murs. Son rôle de présidente du DPR lui donne une légitimité institutionnelle immense pour porter ce message, transformant l'appel du parlement en position officielle de l'État face aux tumultes internationaux.

Une critique voilée de l'unilatéralisme

L'allocution de Puan Maharani ne doit pas être lue comme un simple commentaire de circonstance, mais comme une critique subtile mais ferme de l'unilatéralisme prôné par certaines superpuissances. En appelant à une diplomatie « orientée vers la paix », elle soulignait l'inefficacité des solutions imposées par la force ou la contrainte économique. Pour l'Indonésie, la stabilité mondiale ne peut se construire sans le consentement et la participation active de toutes les nations, grandes ou petites. C'est un rappel cinglant que la force brute, si elle peut imposer une trêve temporaire, ne suffit jamais à bâtir une paix durable, surtout lorsqu'elle est appliquée sans tenir compte des réalités locales.

Cette prise de position est d'autant plus audacieuse qu'elle intervient alors que Djakarta est officiellement représentée au sein de l'initiative américaine à travers son président. La présidente du DPR tenait ici un équilibre délicat : participer à l'effort international sans avaliser les méthodes qui pourraient l'accompagner. C'est une façon d'affirmer que l'Indonésie est un partenaire, et non un satellite, et que sa voix compte autant dans la définition des stratégies que dans leur exécution. L'objectif était de ne pas laisser le monopole de l'initiative pacifique à une seule puissance, aussi grande soit-elle. Violence calls for more violence

Portrait officiel de Puan Maharani, Présidente du DPR, devant le drapeau indonésien.
This is a formal portrait photograph of a woman with dark hair styled in a low bun, wearing a red dress with gold embroidery at the neckline and pearl earrings, positioned in front of a red-and-white flag (likely the Indonesian flag) against a muted, neutral background. — People's Representative Council, Republic of Indonesia / Public domain / (source)

La légitimité de la voix parlementaire

Il est crucial de noter que ce message émanait du pouvoir législatif, et non uniquement de l'exécutif qui se trouvait à Washington. En tant que présidente du DPR, Puan Maharani représente la diversité de la population indonésienne. Son discours ancre donc la politique étrangère dans une réalité démocratique, loin de la seule realpolitik des cabinets ministériels. Cette légitimité parlementaire renforce le poids de ses mots : ce n'est pas seulement le gouvernement qui parle, c'est le peuple indonésien à travers ses représentants élus. Cette distinction est essentielle pour comprendre la portée de l'appel à la paix, qui dépasse la simple diplomatie d'État pour toucher à la représentation citoyenne sur la scène internationale.

En séparant ainsi la voix du législatif de celle de l'exécutif, l'Indonésie se dotait d'une couverture stratégique intelligente. Si le Président Prabowo Subianto pouvait s'engager sur le terrain opérationnel à Washington, le parlement assurait le garde-fou idéologique, rappelant les principes fondateurs du pays. Cette division des rôles permettait à l'Indonésie de naviguer dans les eaux troubles de la politique internationale sans renier son identité, offrant une leçon de diplomatie parlementaire aux grandes puissances souvent centralisées.

Washington, Djakarta et la synchronisation paradoxale

L'ironie temporelle de cette journée du 19 février ne saurait être échappée. Tandis que Puan Maharani prononçait son discours à Djakarta, le président indonésien Prabowo Subianto se trouvait physiquement à Washington, assis dans la salle de réunion du Board of Peace aux côtés de Donald Trump. Cette coïncidence créait une tension diplomatique fascinante. D'un côté, l'Indonésie participait activement à l'initiative américaine, se positionnant comme un partenaire clé de cette nouvelle coalition. De l'autre, le parlement à Djakarta affirmait, avec une fermeté tranquille, que cette participation ne devait en aucun cas signifier une allégeance aveugle ou une soumission à la logique de blocs des États-Unis.

Diplomatic exchange in an ornate formal room with officials in suits
<|begin_of_box|>The image is a photograph depicting a man in a black suit and a woman in a black dress with white cuffs holding a dark box containing a patterned item, standing in an ornate, well-lit room with chandeliers, marble floors, and large windows. The setting conveys a formal or diplomatic atmosphere.<|end_of_box|> — Press Service of the President of the Republic of Azerbaijan / CC BY 4.0 / (source)

C'est ce que l'on pourrait appeler une « synchronisation paradoxale ». Prabowo était là pour montrer que l'Indonésie comptait sur la scène mondiale, mais Puan Maharani assurait que la ligne rouge de la politique étrangère indonésienne, le fameux « Bebas Aktif », restait intangible. Le message envoyé au monde était clair : l'Indonésie était prête à travailler avec les États-Unis pour résoudre des crises comme celle de Gaza, mais elle ne renoncerait pas à son autonomie stratégique. C'est un numéro d'équilibriste périlleux, mais qui témoignait de la maturité diplomatique d'une nation qui refusait d'être un simple pion dans le jeu des grandes puissances.

La présence de Prabowo : audace ou calcul ?

La présence physique du président Prabowo Subianto à Washington n'était pas anecdotique. Ancien général à la réputation controversée, il choisissait de s'aligner avec les grandes puissances, affirmant ainsi le statut international de son pays. En acceptant de siéger au Board of Peace, il validait l'existence de cette nouvelle structure et lui donnait une crédibilité aux yeux de la communauté internationale. C'est un calcul géopolitique audacieux : être dans la salle pour influencer les décisions, plutôt qu'à l'extérieur pour les commenter. Pour l'opinion publique intérieure, cependant, cette proximité avec Trump pouvait être perçue comme un risque d'alignement avec une administration capricieuse.

Président Prabowo Subianto discutant devant un micro, vêtu d'une tenue traditionnelle.
This photograph shows a man in a dark blue traditional outfit and black songkok hat speaking at a podium with two microphones, his right fist raised; he wears a small medal with a red-and-white ribbon on his chest. The setting appears formal, with other formally dressed men (some in suits, red ties, and songkok hats) in the background, and greenery visible behind the speaker. — Rahmat, Public Relations of the Cabinet Secretariat of the Republic of Indonesia / Public domain / (source)

C'est ici que le rôle du parlement, tenu par Puan Maharani, devenait crucial pour maintenir l'équilibre. Le Président jouait la carte de l'opportunité et de l'influence directe, tandis que le législatif veillait au grain des principes. Cette dualité permettait à l'Indonésie de ne pas brûler les ponts avec l'administration américaine tout en rassurant sa propre population et ses partenaires traditionnels du Sud quant à son indépendance retrouvée. C'était une démonstration de realpolitik à l'indonésienne, mélange de pragmatisme et d'attachement aux valeurs de souveraineté.

Le message double au monde

Cette dichotomie entre le président et la présidente du DPR envoyait un message sophistiqué au reste du monde. L'Indonésie disait en substance : « Nous sommes des partenaires fiables et capables d'action, mais nous gardons notre liberté de critique et de pensée ». C'est une forme de diplomatie mature qui refuse les simplifications. En montrant qu'elle pouvait marcher sur deux jambes, l'Indonésie se positionnait comme un médiateur potentiel entre les blocs, une nation capable de comprendre les préoccupations occidentales tout en défendant farouchement les intérêts du Sud global.

Cette stratégie du « double langage » assumé était en réalité une marque de sophistication. Elle permettait à Djakarta de se rendre indispensable à Washington pour la légitimité régionale de son initiative, tout en restant une voix critique au sein des forums internationaux. C'est cette dualité qui rendait la position indonésienne si unique et, potentiellement, si influente dans les années à venir. L'Indonésie ne cherchait pas à remplacer les superpuissances, mais à occuper l'espace médian qui se creusait inexorablement entre elles.

Au-delà de l'Ukraine et de Gaza : entrer dans la « zone grise » de 2026

Si l'appel à la paix de l'Indonésie a retenu l'attention, c'est parce qu'il ne se limitait pas à une condamnation de guerre classique. Le contexte de février 2026 était bien plus complexe et insidieux que l'opposition binaire Est-Ouest de la Guerre froide. Le ministre des Affaires étrangères, Sugiono, avait déjà averti le monde mi-janvier que l'ordre mondial devenait « de plus en plus fragile » et que nous entrions dans une dangereuse « zone grise ». Ce concept, familier aux experts en relations internationales, était devenu la pierre angulaire de la doctrine indonésienne actuelle. Il ne s'agissait plus seulement de guerres déclarées avec des fronts clairs, mais d'une instabilité qui s'infiltre partout, brouillant les frontières entre la paix et le conflit.

Graphique du Drapeau de la Paix Mondiale avec globe terrestre et étoiles sur fond bleu.
Graphique du Drapeau de la Paix Mondiale avec globe terrestre et étoiles sur fond bleu. — James William van Kirk / Public domain / (source)

Cette notion de « zone grise » englobait les guerres commerciales, les cyberattaques, les pressions diplomatiques invisibles et l'ingérence économique. Pour l'Indonésie, puissance émergente située au carrefour des océans, ces menaces diffuses étaient tout aussi dangereuses qu'une invasion conventionnelle. La diplomatie de la paix n'était donc pas une réponse naïve aux seuls conflits armés, mais une stratégie globale pour faire face à l'ensemble de ces pressions. C'était une reconnaissance que le champ de bataille du XXIe siècle s'était déplacé des tranchées vers les serveurs informatiques et les traités commerciaux.

Quand les guerres commerciales deviennent des bombes à retardement

Dans son discours, Puan Maharani a souligné un point crucial souvent minimisé par les stratèges militaires : l'escalade des « guerres commerciales ». Pour une nation archipel comme l'Indonésie, dépendante de routes maritimes sûres et d'échanges fluides, une guerre économique n'est pas une abstraction statistique, c'est une menace existentielle directe. L'interdépendance dont parlait la présidente du DPR signifie que si les chaînes d'approvisionnement se brisent à cause de tarifs douaniers punitifs ou de blocus maritimes, la sécurité alimentaire et énergétique du pays est immédiatement menacée.

Les tensions commerciales actuelles, qui voient les grandes puissances se déchirer sur les semi-conducteurs, les terres rares ou l'acier, fonctionnent comme des bombes à retardement. Chaque nouveau tarif douanier est une étincelle qui peut enflammer une poudrière économique mondiale. L'Indonésie, située au carrefour des océans Indien et Pacifique, ressent directement ces secousses. Pour Djakarta, la « diplomatie orientée vers la paix » n'est donc pas une posture morale, c'est un impératif de survie économique. Il s'agit de désamorcer ces tensions commerciales avant qu'elles ne se transforment en conflits armés ouverts. C'est une vision pragmatique qui replace l'économie au cœur de la sécurité nationale.

Le réalisme pragmatique face à un ordre mondial « fragile »

L'avertissement lancé par Sugiono sur la fragmentation mondiale n'est pas de l'idéalisme, c'est du réalisme pur et dur. Le ministre des Affaires étrangères a décrit une situation marquée par une « compétition plus vive », où les alliances traditionnelles s'effritent et où les règles internationales sont instrumentalisées par les plus forts. Face à cela, l'Indonésie refuse de se laisser entraîner dans une spirale de confrontation. La stratégie de Djakarta consiste à naviguer dans cette fragmentation avec une prudence extrême, en évitant de choisir un camp qui serait suicidaire pour ses intérêts nationaux.

Cette approche s'oppose frontalement à la vision d'un monde divisé en deux blocs antagonistes. En refusant la logique du « avec nous ou contre nous », l'Indonésie propose une troisième voie : celle du dialogue constant et du respect mutuel. C'est une diplomatie de vigilance, comme l'a souligné le ministre, qui nécessite d'être préparé à tous les scénarios, y compris les plus pessimistes. En misant sur la diplomatie de la paix, l'Indonésie ne cherche pas à être naïve, mais à préserver sa souveraineté et son espace de manœuvre dans un monde où la marge d'erreur devient infime.

Illustration d'une colombe blanche tenant une branche d'olivier sur fond bleu foncé.
Illustration d'une colombe blanche tenant une branche d'olivier sur fond bleu foncé. — (source)

« Bebas Aktif » : comprendre la doctrine indonésienne à travers le prisme de la Gen Z

Pour saisir pleinement la portée de l'initiative indonésienne, il est indispensable de revenir sur sa doctrine fondatrice : le « Bebas Aktif ». Ce principe, qui signifie « libre et actif », a été établi en 1948, mais il prenait une résonance nouvelle en 2026. Traduire ce concept pour un public occidental peut être délicat, mais il peut se résumer simplement : l'Indonésie est libre de choisir ses propres partenaires sans s'aligner automatiquement sur une puissance, tout en étant activement engagée dans la résolution des problèmes mondiaux. C'est une posture qui, paradoxalement, parle énormément à la génération Z mondiale, celle qui rejette les vieilles structures autoritaires et les hiérarchies rigides.

Cette doctrine n'est pas un simple héritage historique poussiéreux, elle est réactivée et adaptée aux défis modernes. Elle permet à l'Indonésie de dialoguer avec la Chine tout en critiquant ses actions en mer de Chine méridionale, de commercer avec les États-Unis tout en dénonçant l'unilatéralisme. C'est une flexibilité qui séduit une jeunesse asiatique connectée, habituée à naviguer entre plusieurs identités culturelles et numériques. Pour cette génération, la loyauté absolue à un bloc est un concept désuet, remplacé par la recherche de l'efficacité et des alliances circonstancielles.

Men in suits clapping at a China-Africa diplomatic ceremony
Men in suits clapping at a China-Africa diplomatic ceremony — (source)

La « souveraineté égalitaire » : une réponse aux anciens colonisateurs

Lors de son intervention, Puan Maharani a insisté sur le principe de « sovereign equality » (égalité de souveraineté). Cet appel va bien au-delà de simples gestes politiques, car il est fondamentalement tissé dans la trame de la vision stratégique de la nation. Ayant historiquement lutté pour renverser la domination coloniale néerlandaise et maintenant une résistance de longue date à l'ingérence extérieure pendant la Guerre froide, l'Indonésie considère la préservation de l'équilibre des puissances comme une obligation sacrée. La nation refuse catégoriquement de servir de simple instrument dans un jeu orchestré par des puissances étrangères. En se positionnant commeartisan de la paix, Jakarta faisait écho aux ambitions collectives de sa population et de la communauté internationale, en particulier celles qui n'ont pas de siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU.

C'est une forme de justice diplomatique. En affirmant que chaque nation, grande ou petite, a le même droit à la parole et à la sécurité, l'Indonésie renvoyait les puissances occidentales à leur propre histoire souvent impérialiste. Cette résonance post-coloniale donnait une force particulière à l'appel de Puan Maharani. Ce n'était pas une leçon donnée par un pays riche et puissant, mais une revendication de dignité venant d'une région qui a trop souvent été le terrain de jeu des stratégies étrangères. C'est une façon de dire que la paix ne peut pas être imposée d'en haut ; elle doit être co-construite sur un pied d'égalité.

Pourquoi la jeunesse asiatique se reconnaît dans cette diplomatie

Il y a un alignement frappant entre la doctrine du « Bebas Aktif » et les idéaux prônés par la jeunesse actuelle du continent asiatique. Contrairement aux générations précédentes, qui ont grandi dans la terreur d'une guerre nucléaire ou sous le carcan d'alliances militaires strictes, la « Gen Z » indonésienne et asiatique est connectée, en mouvement et foncièrement pragmatique. Pour elle, la diplomatie n'est pas une chasse gardée des hommes d'État dans l'ombre de bureaux fermés, mais une compétence vitale (« soft power ») nécessaire pour naviguer dans un monde globalisé. Cette jeunesse privilégie la connectivité, les échanges culturels et les solutions collaboratives plutôt que l'affrontement binaire.

La diplomatie de la paix prônée par le DPR résonne avec cette envie de dialogue direct et de rejet de l'autoritarisme. Elle est perçue comme une force moderne, capable de désamorcer les conflits par la compréhension mutuelle plutôt que par la menace militaire. En s'appuyant sur cette énergie nouvelle, l'Indonésie ne se contentait pas de défendre une politique étrangère ; elle incarnait un changement de paradigme culturel. La paix devenait une marque de prestige et d'efficacité, loin de l'image de faiblesse que certains faucons occidentaux voudraient lui coller. Peace & Love

8 000 soldats pour Gaza : la contribution concrète de Djakarta au Board of Peace

La philosophie, quelle que soit sa noblesse, ne vaut rien sans l'action. C'est ici que le récit bascule de la théorie à la pratique militaire brute. Lors de la réunion inaugurale du Board of Peace à Washington, l'Indonésie n'est pas venue avec des mots vides, mais avec des engagements chiffrés et lourds de conséquences. Le président Prabowo Subianto a annoncé la participation d'une force de 8 000 soldats indonésiens aux opérations de maintien de la paix à Gaza, précisant même qu'il serait prêt à en envoyer davantage « si nécessaire ». Ce chiffre n'est pas anecdotique : il représente un déploiement massif pour un pays qui cherche traditionnellement à éviter les implications militaires directes hors de son périmètre régional.

Cet engagement marquait un tournant dans la politique étrangère indonésienne. Loin de sa tradition de non-ingérence, Djakarta s'impliquait directement dans un conflit lourd de sens pour la population musulmane mondiale. C'était une manière de montrer que la « politique libre et active » n'excluait pas l'usage de la force, mais exigeait que cette force soit placée au service d'une mission de paix mandatée par une coalition, et non comme une agression unilatérale. L'Indonésie passait ainsi du statut d'observateur critique à celui d'acteur de premier plan sur la scène internationale.

Le pari risqué de la force de maintien de la paix

L'engagement de 8 000 hommes est un pari géopolitique audacieux. L'Indonésie est le pays à majorité musulmane le plus peuplé au monde, et l'envoi de troupes dans une zone de conflit aussi sensible que Gaza, sous l'égide d'une coalition américaine, est traversé de contradictions potentielles. Il y a un risque réel de voir ces soldats perçus non pas comme des sauveurs, mais comme les agents d'une « normalisation » imposée de l'extérieur. Cependant, pour Prabowo, ancien général, c'est une démonstration de force « responsable ». Il s'agit de montrer que l'Indonésie a non seulement la volonté politique, mais aussi la capacité militaire de projeter de la puissance à des milliers de kilomètres de ses côtes.

Two men in formal suits posing with an Indian flag in the background
(source)

C'est une façon de dire que la paix se mérite par un engagement physique et financier, pas seulement par des discours aux Nations Unies. Pour Djakarta, c'est l'occasion de prouver son statut de puissance régionale montante qui peut peser sur les dossiers globaux. Mais c'est aussi un test du feu pour la doctrine du « Bebas Aktif » : comment garantir que ces troupes servent une mission de paix impartiale et non les intérêts stratégiques changeants de Washington ? C'est la question qui hantait les observateurs indonésiens, inquiets de voir leurs compatriots entraînés dans un étau diplomatique complexe.

17 milliards de dollars : le coût de la reconstruction et de la stabilité

Au-delà des hommes, c'est l'argent qui parle. Lors de cette réunion du Board of Peace, les engagements financiers ont été à la hauteur des enjeux, atteignant la somme vertigineuse de 17 milliards de dollars au total. Les États-Unis se sont engagés à verser 10 milliards, tandis que les autres pays du groupe, dont l'Indonésie, doivent contribuer pour les 7 milliards restants. Cette masse financière est destinée à la reconstruction et à la stabilisation de Gaza, une tâche titanesque qui dépasse largement les capacités humanitaires classiques.

Pour l'Indonésie, participer à cet effort financier est un moyen de s'assurer une place à la table des décisions. Dans la realpolitik du XXIe siècle, celui qui paie a souvent son mot à dire sur la manière dont la paix est construite. Ces fonds ne servent pas seulement à reconstruire des maisons ; ils sont destinés à sécuriser les infrastructures, à relancer l'économie locale et, espérons-le, à briser le cycle de la violence. C'est l'utilisation de leviers économiques comme outils de diplomatie préventive. En investissant dans la stabilité de Gaza, Djakarta investissait indirectement dans sa propre sécurité régionale, en espérant apaiser une zone qui, depuis trop longtemps, est une source d'instabilité pour le monde entier.

Quand l'Europe recule : l'ascension d'une diplomatie du « Sud global » sans l'Occident

Tandis que l'Indonésie et ses partenaires s'activaient à Washington, une autre scène se jouait dans le silence des ministères européens : le retrait. Les grandes puissances du Vieux Continent, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, ont choisi de ne pas joindre le Board of Peace, critiquant cette initiative comme étant une « ombre de l'ONU » qui saperait le multilatéralisme traditionnel. Ce scepticisme européen, voire ce mépris, était révélateur d'un malaise plus profond : l'incapacité de l'Europe à s'adapter à un nouvel ordre où elle n'est plus le centre de gravité incontestable.

Cette absence européenne contrastait singulièrement avec la présence active de pays du Moyen-Orient et d'Asie. Elle laissait entrevoir une fracture croissante entre l'Ouest et le « Reste », une fracture que l'Indonésie s'efforçait de combler ou, du moins, de négocier à son avantage. L'Europe, en se positionnant en gardienne du statu quo institutionnel, risquait de laisser passer le train des nouvelles alliances opérationnelles qui se formaient en dehors des cadres onusiens traditionnels.

Mosaic of a dove holding an olive branch symbolizing peace
This is a mosaic artwork featuring a dove in flight, holding an olive branch in its beak, set against a golden-yellow and dark gray background, framed by an ornate gold frame. The mosaic uses small, colorful tiles to create the detailed image of the dove, which symbolizes peace. — Gryffindor / Public domain / (source)

Le scepticisme européen face au « Donald J. Trump Institute of Peace »

L'atmosphère à Washington n'aurait pas pu être plus contrastée. Le choix du lieu, l'ancien « US Institute of Peace », opportunément renommé « Donald J. Trump Institute of Peace » la veille de la réunion, a été perçu par beaucoup comme une provocation de plus de la part de l'administration américaine. Le refus du Vatican de participer, aux côtés des pays européens, a ajouté une dimension morale à ce désaccord. Pour les diplomates européens, ce Board of Peace ressemblait trop à un club privé dirigé par un homme imprévisible, sans les garde-fous juridiques et éthiques des institutions internationales établies.

Pourtant, ce vide laissé par l'Europe offrait une opportunité en or pour l'Indonésie et ses alliés. En refusant de jouer le jeu de Trump sur ce terrain précis, l'Europe s'auto-excluait des discussions sur l'avenir de la paix au Moyen-Orient. Cela laissait le champ libre aux puissances du « Sud global » pour prendre le leadership et définir les termes de l'engagement. C'est un paradoxe historique : alors que l'Occident s'effraie de voir le multilatéralisme s'effriter, c'est une coalition de pays du Sud, souvent non démocratiques ou autoritaires, qui tentait de combler le vide opérationnel pour mettre fin à une guerre humanitaire. Le scepticisme européen, bien compréhensible sur le fond, risquait de se transformer en une marginalisation politique inutile.

Une coalition improbable : autocrates et démocrates du Sud

L'alliance établie au sein de ce Conseil de la paix formait une mosaïque délicate mais fascinante d'intérêts divergents. L'Indonésie a choisi de se tenir aux côtés de pays dont la Turquie, l'Arabie Saoudite, l'Égypte, la Jordanie, le Qatar et les Émirats arabes unis. Cette coalition faisait se côtoyer des paysages politiques radicalement différents, allant de systèmes naissants à des monarchies fondées sur la règle héréditaire. Pourtant, c'est précisément au sein de ce groupe divers et complexe que l'Indonésie mettait en pratique ses principes diplomatiques. La présence de ces nations soulignait que la paix ne se négocie pas seulement entre démocraties occidentales, mais exige l'inclusion des puissances régionales qui détiennent les clés de la stabilité sur le terrain.

C'est de la realpolitik à l'état brut. L'Indonésie naviguait dans ce groupe avec l'objectif de faire valoir les intérêts des populations civiles et de promouvoir une vision de la paix qui respecte le droit international, même si ses partenaires avaient souvent des records douteux en la matière. C'est un exercice d'équilibriste où Jakarta tentait d'être la conscience morale du groupe, sans pour autant le rompre. Cette dynamique prouvait que la diplomatie du XXIe siècle se faisait de plus en plus hors des cercles traditionnels de l'Occident, et que les solutions aux crises mondiales pourraient bien venir de coalitions régionales que l'Europe et les États-Unis ne contrôlaient plus.

Conclusion

Le rôle pivot de l'Indonésie dans ce début d'année 2026 ne doit pas être sous-estimé. En se positionnant comme le chef de file d'une diplomatie de la paix active, l'archipel ne cherche pas seulement à défendre ses intérêts nationaux, mais à proposer une alternative structurée à la logique de confrontation destructrice. L'engagement militaire concret à Gaza, couplé à une rhétorique de paix et de souveraineté égalitaire, témoigne d'une maturité politique rare. La voix du « Sud global », portée par une jeunesse avide de dialogue et de justice, devient indispensable pour stabiliser un monde multipolaire de plus en plus fracturé. Alors que l'Europe hésite et que les États-Unis oscillent entre isolationnisme et interventionnisme, l'Indonésie, par sa doctrine « Bebas Aktif », trace un chemin de résilience et d'espoir.

La paix de demain se construit peut-être aujourd'hui, non pas dans les chancelleries occidentales, mais dans les rues de Djakarta et les esprits de ses diplomates visionnaires. En refusant de choisir un camp et en affirmant son autonomie, l'Indonésie rappelle au monde que la stabilité internationale repose sur l'équilibre et le respect mutuel, non sur la domination. L'appel du 19 février 2026 résonne encore comme une invitation pressante à reconstruire les ponts avant que les murs ne deviennent infranchissables. Dans cette « zone grise » de l'incertitude, l'archipel offre un phare de pragmatisme et de dignité.

As-tu aimé cet article ?
cine-addict
Julien Cabot @cine-addict

Je regarde des films comme d'autres font du sport : intensément et quotidiennement. Toulousain de 28 ans, je travaille dans un cinéma d'art et essai la semaine, ce qui me permet de voir gratuitement à peu près tout ce qui sort. Mon appartement est tapissé d'affiches et mon disque dur externe contient 4 To de films classés par réalisateur. J'ai un superpouvoir agaçant : reconnaître n'importe quel film en moins de trois plans. Mon compte Letterboxd est une œuvre d'art en soi, avec des critiques de 2000 mots sur des nanars des années 80.

67 articles 0 abonnés

Commentaires (0)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...