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L'élève modèle

Simon Siprien Savignon, élève modèle, entame sa terminale avec ferveur. Derrière cette obéissance se cache une satire mordante du système éducatif.

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La routine matinale d'un élève modèle

Lundi matin, 5 heures 30. La sonnerie stridente d'un réveil vient faire trembler les murs d'un pavillon de banlieue. Pour Simon Siprien Savignon, ce bruit incessant signifie qu'il serait sage de sortir de son assoupissement sans s'attarder. Elle s'immisce dans tous ses sens, l'incitant à cesser de serpenter dans ses songes afin de s'extirper au plus vite de son sommeil. Ce qu'il fit le plus agilement et rapidement du monde.

D'un bond furieux, il jeta ses draps avec colère et violence, mais aussi avec une ardeur et une motivation sans pareilles. Une énergie qu'il communiqua à l'ensemble de son corps pour atteindre la cuisine en toute hâte. Là, il se prépara vite fait bien fait un solide petit-déjeuner censé lui procurer l'énergie nécessaire pour affronter la journée... Mais pas n'importe quelle journée : la première journée... d'école !

Simon Siprien Savignon : la rentrée en terminale

Oui, Simon Siprien Savignon premier du nom s'apprêtait avec une joie immense à rentrer en terminale. « Aaaaaaaahhhh, l'année du bac... Enfin... » pensa Simon qui s'était « bigrement ennuyé » après trois long mois de vacances éprouvantes à lézarder sur les plages des Caraïbes. Il avait passé son temps à regarder, tel un bovin s'émerveillant du moindre train, les divines silhouettes de belles vacancières se baladant avec pour seul vêtement quelques maigres morceaux de tissu que l'on devinait plus qu'on ne les voyait.

Mais tout ceci était fini. Aujourd'hui, oui aujourd'hui à 8 heures précises, il allait pouvoir jouir de tout ce que la vie a de meilleur : de longs cours interminables procurant savoir et exercitation à de multiples techniques toutes plus utiles et amusantes les unes que les autres !

Le contraste avec Pierre Labbé

Au même instant, dans un petit cabanon insalubre d'un quartier malfamé — voire pas famé du tout — Pierre Labbé, gros bonhomme trapu au bid proéminent, ouvrit les yeux sur ce que l'on pourrait appeler un toit, bien qu'il soit plus constitué de vide que de bois.

L'organisation obsessionnelle de Simon

« Lavage de dents ? Parfait ! » s'écria Simon avant de cocher une case de son calepin d'organisation journalière. Il poursuivit de la même façon pour constater qu'il s'était bien sustenté, habillé, et peigné avec précision une belle raie bien prononcée comme il sied.

Il vérifia qu'il avait bien pourvu son sac de tous les outils et cahiers indispensables à sa formation, qu'il n'avait pas négligé de lustrer ses beaux mocassins noirs et enfin qu'il avait bien posé avec délicatesse ses lunettes Varilux vert progressifs, tout juste époussetées, à bord noir. Il brossa son costume trois pièces — veste noire, chemise blanche, pantalon noir —, ajusta sa cravate avec goût et marcha jusqu'à la voiture dans laquelle l'attendait son chauffeur Niels.

Une comparaison sociale marquée

C'est justement à ce moment-là que Pierre enfila son complet vert foncé à bandes blanches, chaussa les gros tas de terre troués et poussiéreux qui lui servaient de bottes, se passa un coup d'eau sur le visage et sortit en boitant de son « petit coin de tranquillité ».

L'établissement scolaire et son personnel

Simon Siprien se fit déposer devant son cher établissement scolaire. Oui, très cher : plus de 100 000 francs par an, soit beaucoup d'euros et pas moins d'heures heureuses. Grâce à cela, les très nobles et respectueux enseignants licenciés qui peuplent cette institution réputée se voient gratifiés d'une paye bien salée ! Mais pas forcément bien méritée... si ce n'est pour faire preuve d'un orgueil exacerbé.

Cet orgueil fit, ce jour-là, défaut à Gaspar Léfesse qui, content d'exhiber son nouveau quatre-roues-moteur, d'en faire fumer les roues et hurler le moteur, vint percuter dans un dérapage malheureusement incontrôlé un éboueur en pleine office.

La rencontre des deux mondes

Pierre releva la tête et aperçut au-dessus de celle-ci un jeune homme tiré à quatre épingles, dans une blouse d'un blanc très blanc parfaitement ajustée à son teint de petit élève appliqué, l'air pincé, tenant en ses mains un couteau bien aiguisé.

Le bilan de la journée

21 heures du soir : Simon Siprien Savignon se soumet au sommeil en susurrant un soupir censé saluer Sa Seigneurie des cieux... Il vient de finir sa première journée de cours et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes... Il a eu vingt sur vingt à son premier devoir... un TP d'anatomie appliquée... d'entraînement à la dissection...

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defonchaie
Moi Demême @defonchaie
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