Un mannequin en robe dos nu grise et talons rouges s'éloigne d'un chien robot Boston Dynamics Spot jaune tenant une veste noire dans sa pince, sur une scène noire ; un plus petit robot jaune est couché au sol.
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Coperni : la société s'arrête, la marque reste chez son actionnaire

Le 4 novembre 2026, Sébastien Meyer et Arnaud Vaillant ont annoncé l'arrêt de Coperni SAS, la société française qui réunissait les équipes, et la fermeture immédiate de l'e-shop. Les droits sur le nom restent détenus via Coperni UK Limited par l'actionnaire, tandis que le sort judiciaire de Coperni SAS n'est pas tranché.

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Le mercredi 4 novembre 2026, Sébastien Meyer et Arnaud Vaillant ont publié sur Instagram le message que personne, dans la mode, ne voulait lire : "C'est avec une profonde tristesse que nous devons donc arrêter l'activité de Coperni SAS." Les deux créateurs renoncent à leurs collections, à leurs défilés, à l'entreprise française qui portait leurs équipes. L'e-shop a fermé dans la foulée : on peut encore ouvrir la page, plus rien ne s'y achète, confirme le service presse de la marque à 20 Minutes.

Un mannequin en robe dos nu grise et talons rouges s'éloigne d'un chien robot Boston Dynamics Spot jaune tenant une veste noire dans sa pince, sur une scène noire ; un plus petit robot jaune est couché au sol.
Un mannequin en robe dos nu grise et talons rouges s'éloigne d'un chien robot Boston Dynamics Spot jaune tenant une veste noire dans sa pince, sur une scène noire ; un plus petit robot jaune est couché au sol. - (source)

Le même jour, toute la presse a titré sur la fin de Coperni. C'est vrai pour le lecteur : il n'y aura plus de nouvelle collection Coperni dessinée par ceux qui ont fait la marque. C'est faux sur le plan juridique, et cette nuance n'est pas un détail de juriste. Ce qui s'arrête, c'est une société d'exploitation. Ce qui continue d'exister, c'est un nom, une notoriété et des droits - et ces droits ne sont pas entre les mains de ceux qui viennent de s'arrêter.

De la robe en spray aux chiens robots

Coperni naît en 2013. Deux étudiants qui se sont rencontrés sur les bancs d'une école de mode, et qui n'ont pas encore 25 ans, lancent la marque. Le duo la met entre parenthèses le temps d'assurer la direction artistique de Courrèges, puis la relance en 2018. Viendront les défilés spectaculaires : un show sur le toit de la tour Montparnasse, un "drive-in" à l'Accor Arena, un défilé à Disneyland Paris en octobre 2024, puis quelque 200 joueurs de jeux vidéo réunis à l'Adidas Arena.

Et surtout, ce geste devenu une image mondiale : à l'automne 2022, pour la collection printemps-été 2023, Bella Hadid marche presque nue sur le podium, puis des opérateurs projettent sur son corps un fil de fibres liquides mis au point par la société Fabrican. La robe se forme en direct, sèche, devient vêtement - sans couture ni assemblage. À cela s'ajoutent un sac fait à 99 % d'air, en aérogel de silice de la NASA, des chiens robots sur le catwalk, et une tenue noire portée par Angèle pendant "Nightcall" à la cérémonie de clôture des Jeux de Paris - 17 millions de téléspectateurs, selon 20 Minutes.

Ces moments n'étaient pas des caprices d'artistes. Ils constituaient même, à bien des égards, le produit principal de la maison : dans un marché saturé, une marque jeune n'achète pas sa visibilité avec des campagnes classiques, elle l'achète avec des images qu'on partage.

Qui possédait quoi

C'est là que la structure entre en scène, et elle éclaire le reste. Comme l'a décrit Progetto 11 - l'acquéreur de Tomorrow depuis mars 2026 - Coperni est contrôlée par deux entités : une holding britannique, Coperni UK Limited, qui détient le contrat de licence avec Tomorrow, et sa filiale Coperni SAS, la société d'exploitation française qui salarie les équipes et gère le quotidien. Selon Le Figaro, Coperni UK a été fondée par Tomorrow London, devenu actionnaire majoritaire en 2019.

Tomorrow n'était donc pas un simple investisseur. C'était un licencié-distributeur : il percevait l'ensemble des revenus des marques de son portefeuille, reversait à chacune des redevances, et remboursait les frais engagés hors création - production des défilés, campagnes. Son réseau : des showrooms à Milan, Paris, Shanghai et New York, une plateforme numérique, la distribution auprès des grands magasins et des multimarques.

Autrement dit : les défilés spectaculaires, y compris la robe en spray, étaient des dépenses avancées puis remboursées par le distributeur - donc adossées à sa santé commerciale. La marque, elle, vivait dans une structure que ses créateurs ne contrôlaient pas.

Le jour où le wholesale a lâché

Les comptes de Tomorrow pour l'exercice 2024, cités par Vogue Business, donnent la mesure du choc : chiffre d'affaires en baisse de 34 %, à 8,4 millions de livres sterling ; marge brute tombée de 76 % en 2023 à 41 % ; perte d'exploitation creusée de 28 %, à 7,5 millions de livres. L'activité de gros du distributeur - celle qui fait vivre les marques indépendantes de son portefeuille - s'est effondrée en même temps que le marché multimarques.

Coperni affirme que c'est alors que Tomorrow a cessé de lui verser sa part de revenus et ses remboursements. C'est la version des fondateurs : dans leur communiqué, ils reprochent à leur actionnaire d'avoir "impunément suspendu le paiement des sommes dues" avant de "résilier unilatéralement" la licence.

Le Figaro va plus loin et parle d'une faillite "a priori liée à une mauvaise gestion, voire à un amateurisme assez étonnant, de l'actionnaire". C'est une appréciation de journaliste, pas un constat judiciaire. Et la contre-version mérite d'être posée telle quelle : à leur arrivée fin mars, les dirigeants de Progetto 11 ont déclaré avoir trouvé "une entreprise déjà au coeur d'un litige plus large sur la propriété et la gouvernance, manquant de financement, avec l'annulation du dernier défilé, et des fondateurs cherchant à reprendre le contrôle". Traduction : pour l'acquéreur, Coperni était déjà mal en point avant lui.

La chronologie, elle, est établie. Février-mars 2026 : Coperni annule brutalement son défilé automne-hiver à la Fashion Week de Paris ; Martine Rose, autre marque du portefeuille Tomorrow, fait de même en invoquant des raisons hors de son contrôle. Mars : Tomorrow est vendu à Progetto 11, holding de la plateforme italienne The Level Group ; Stefano Martinetto, son fondateur, quitte le navire. 29 mai : date de cessation des paiements retenue pour Coperni. 11 juin : le tribunal de commerce de Paris ouvre un redressement judiciaire, avec une période d'observation courant jusqu'au 11 décembre 2026.

Ce que le 4 novembre signifie vraiment

Dans une procédure de ce type - la mécanique est la même pour un verrier comme Duralex que pour un label de prêt-à-porter - l'observation sert à établir un diagnostic et à choisir entre plan de continuation, nouvel investisseur ou cession. Le 4 novembre, ce ne sont pas les juges qui ont parlé, mais les créateurs, qui ont annoncé renoncer à poursuivre. Selon 20 Minutes, plusieurs repreneurs étaient en ligne de mire, mais aucun accord n'a abouti ; le détail des offres n'est pas public. La presse spécialisée a évoqué une liquidation, ce que l'annonce des fondateurs ne dit pas explicitement - le sort judiciaire de la société reste, à ce jour, ouvert.

Ce qui est certain, c'est le déséquilibre de départ. Les créateurs pouvaient arrêter l'exploitation ; ils ne pouvaient pas récupérer la marque. Selon FashionNetwork, c'est via Coperni UK Limited que l'actionnaire conserve les droits sur le nom. On peut en tirer une conclusion simple : "Coperni" est aujourd'hui un actif sans équipe, sans studio, sans défilé, détenu par un groupe italien dont le métier est la distribution et le e-commerce.

Faut-il en conclure que la marque va renaître sans ses fondateurs ? Rien ne le permet. Un nom de mode sans direction créative ne vaut pas grand-chose, et le métier de Tomorrow comme celui de Progetto 11 - le wholesale - traverse lui-même une crise profonde. Mais l'inverse - une disparition pure et simple du nom - n'est pas non plus acquis. Il n'y a, à ce stade, aucune annonce de relance ni de cession des droits.

Le vrai enseignement

Il serait commode d'expliquer la chute par le spectacle : trop de chiens robots, trop de fumée, pas assez de produits. Ce serait passer à côté du mécanisme. Coperni produisait des images, mais aussi des vêtements vendus en multimarques, et c'est bien la tuyauterie commerciale qui a cédé - celle d'un distributeur dont dépendait l'ensemble des revenus. Le problème n'est pas d'avoir dépensé pour un défilé : c'est d'avoir laissé un tiers unique décider du financement, de la distribution et, in fine, de la propriété du nom.

C'est un schéma classique des jeunes maisons indépendantes : pour grandir vite, elles échangent leur capital ou leur licence contre de la trésorerie et un réseau. L'accord fonctionne tant que le distributeur va bien. Quand le chiffre d'affaires de celui-ci recule de 34 % et que sa marge brute est divisée par deux, l'actionnaire arbitre - et il arbitre en faveur de la structure qui détient l'actif, pas de la filiale qui produit les collections.

Reste la question de qui paie. D'abord les salariés de Coperni SAS, dont l'avenir dépend désormais du tribunal et d'un éventuel repreneur. Ensuite les créanciers, qui disposent de deux mois à compter de la publication du jugement au BODACC pour déclarer leurs créances. Enfin les deux créateurs, qui perdent la main sur leur marque mais gardent ce que la mode reconnaît le mieux : un nom et un récit. "Ces huit années ont été incroyables", ont-ils écrit. "Nous avons pu donner vie à nos idées." Dans le même message, ils disent regarder l'avenir "avec optimisme" et "beaucoup d'idées".

On saura dans les prochaines semaines si le tribunal de Paris ordonne la poursuite de l'activité, une cession ou une liquidation de Coperni SAS - et si quelqu'un, quelque part, rachète un nom que plus personne n'habite. Au fond, l'histoire dit une chose simple : une marque qui doit sa valeur à ses images devrait s'assurer très tôt que le nom et les images lui appartiennent.

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Questions fréquentes

Qu'a annoncé Coperni le 4 novembre 2026 ?

Sébastien Meyer et Arnaud Vaillant ont annoncé l'arrêt de l'activité de Coperni SAS, l'entité française qui réunissait les équipes créatives et opérationnelles, et la fermeture immédiate de l'e-shop. Ils ont dit n'avoir trouvé aucune solution au conflit avec Tomorrow, actionnaire et distributeur. Selon 20 Minutes, plusieurs repreneurs étaient en ligne de mire, mais aucun accord n'a abouti.

La marque Coperni disparaît-elle avec Coperni SAS ?

Non, à ce stade : l'arrêt annoncé concerne Coperni SAS, la société d'exploitation française. Selon FashionNetwork, les droits sur le nom sont conservés via Coperni UK Limited par l'actionnaire, et aucune relance ni cession des droits n'a été annoncée.

Pourquoi Coperni SAS a-t-elle cessé son activité ?

Les créateurs imputent la cessation au conflit avec Tomorrow, qu'ils accusent d'avoir suspendu le paiement des sommes dues puis résilié unilatéralement la licence. Progetto 11, acquéreur de Tomorrow en mars 2026, affirme de son côté avoir trouvé une entreprise déjà en litige sur la propriété et la gouvernance, manquant de financement, et dont les fondateurs cherchaient à reprendre le contrôle.

Coperni SAS était-elle en redressement judiciaire ?

Oui. Le tribunal de commerce de Paris a ouvert un redressement judiciaire le 11 juin 2026, avec une cessation des paiements fixée au 29 mai 2026 et une période d'observation jusqu'au 11 décembre 2026. L'annonce du 4 novembre ne tranche pas le sort judiciaire de la société.

Quel rôle la robe en spray a-t-elle joué dans la notoriété de Coperni ?

À l'automne 2022, pour la collection printemps-été 2023, Bella Hadid a défilé presque nue avant que des opérateurs projettent sur son corps un fil de fibres liquides mis au point par Fabrican, formant une robe sans couture ni assemblage. L'article y voit un moment de notoriété virale, pas la cause directe de la faillite : celle-ci est rattachée à l'effondrement du wholesale et à la dépendance envers Tomorrow.

Sources

  1. Fondée en 2013, la marque de mode Coperni met la clé sous la porte · 20minutes.fr
  2. https://www.bailii.org/ew/cases/EWHC/Ch/2025/98.html · bailii.org
  3. Founders Shut Down Coperni | BoF · businessoffashion.com
  4. Baisse du chiffre d'affaires et licenciement économique · ce-expertises.fr
  5. Une célèbre marque française de prêt-à-porte haut de gamme ferme ses portes : "Nous avons tout essayé pour nous préserver" - La DH/Les Sports+ · dhnet.be
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Emma Chabot @style-hunter

Mode, beauté, bien-être – je partage mes découvertes avec authenticité. Pas de partenariats cachés ici, que des vraies recommandations. Graphiste freelance à Lyon, je privilégie les marques éthiques et le DIY. Mon dressing est un savant mélange de friperies et de pièces durables. Je crois qu'on peut être stylée sans détruire la planète. Et si je peux t'aider à trouver ton style, c'est encore mieux.

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