
Je tiens à préciser, ce que j'aurais dû faire avant la parution, que cet article n'est pas autobiographique... CECI N'EST PAS UN TÉMOIGNAGE...
12 Mai
J'ai commencé à avoir vraiment la frousse quand cette petite lumière perverse s'est allumée dans ses yeux, quand ce sourire méchant s'est formé sur ses lèvres... J'étais plaquée contre le mur de ma chambre, le froid contre mon dos, immobile et muette. Il s'approchait, et je savais ce qu'il allait faire, et c'était impossible... Pas ça, pas lui... Chaque pas me tordait un peu plus le ventre, chaque pas le faisait sourire davantage, chaque pas me faisait comprendre que rien n'est impossible... J'en suis venue à espérer qu'il se dépêche, qu'il rompe le temps qui s'éternisait, mais il continuait dans sa lenteur sadique, où chaque pas a son importance. J'ai fermé les yeux, mais là aussi je le voyais avancer. Son souffle chaud a balayé ma peau, me faisant frissonner. J'ai senti ses mains posées sur le mur, m'entourant, et ses lèvres sèches s'accrocher à mon cou. Soudain, c'est comme un réveil du corps ; mes yeux se rouvrent, mon corps se plie pour contourner l'homme interdit. Je cours jusqu'à la porte et tourne la poignée en tirant... rien. La clé est toujours dans la serrure, je... Sa main se plaque sur ma bouche hurlante et son bras m'attire à lui. Cette fois, tout va plus vite : il me traîne jusqu'à mon lit où il me balance et, à quatre pattes au-dessus de moi, il déchire mes habits. Je...
Gwenaëlle ne put finir sa phrase. Elle éclata en sanglots qui se répandirent sur le petit carnet, effaçant ce qu'elle avait eu tant de mal à écrire. Elle ne tenta pas de les stopper.
13 Mai
Je me suis endormie en pleurant, ces larmes ont effacé ce que j'ai écrit. Je veux ne plus jamais y penser. Il m'a dit bonjour, ce matin, avec un sourire joyeux, pas avec ce sourire sadique que je ne lui avais jamais vu auparavant. Ce n'était pas lui, j'ai tout imaginé...
En écrivant d'une main frémissante, Gwen se rendit compte que son chemisier préféré était en boule par terre, déchiré, à côté de la jupe qu'elle avait portée la veille, lors de la soirée où son meilleur ami l'avait invitée...
Pourquoi est-ce que je veux le justifier ? Lui pardonner ? Je n'oublierai pas, je le sais...
Sa main tremblait de rage.
... je ne le justifierai pas... et je lui pardonnerai encore moins...
Elle claqua le carnet et se leva, les yeux rouges contrastant avec sa peau soudain livide. Autour d'elle, les meubles se mirent à tourner, comme emportés dans un ouragan de pensées, et elle se sentit tomber, très vite, molle comme un chiffon...
Elle était enfin de retour chez elle. Elle allait pouvoir mettre son plan à exécution ; quoi que l'on dise, la VENGEANCE est essentielle et naturelle chez l'être humain. En tout cas chez Gwenaëlle. Ce séjour à l'hôpital lui avait fait du bien et permis de réfléchir : il ne pouvait pas s'en tirer comme ça... Elle n'allait pas attendre plus longtemps qu'elle ne l'avait déjà fait... Elle prit une feuille toute simple, blanche, et commença à écrire...
Mr Debalou entra dans la grande maison qui était la leur, à lui, sa femme et Gwenaëlle. Il avait eu une journée épuisante et décida de se préparer un thé pour boire devant la télé. Soudain, une balle sifflante fonça sur lui, le poussant à la renverse vers un nouveau monde. Mme Debalou sortit de l'ombre, le visage en larmes. Sans un regard pour son mari agonisant, elle monta les escaliers en courant et entra dans la chambre de sa fille. Peut-être espérait-elle que cette vengeance la ramenât à la vie ? Gwenaëlle semblait dormir, un sourire aux lèvres. Seul le trou rouge et ruisselant qu'elle portait à sa tempe révélait qu'elle ne se réveillerait plus. Un mot était posé à côté d'elle, écrit sur une feuille toute simple, blanche, un mot qui l'avait vengée sans la sortir de sa lâcheté habituelle :
Maman, je suis désolée. Je n'ai pas su te parler, je n'ai pas su te le dire. Par écrit, ce sera plus simple... Je... Papa m'a... violée... C'était juste avant mon départ à l'hôpital ; il est venu me chercher chez Thomas vers 4 heures du matin et on a discuté dans la voiture, on était bien, ensemble pour une fois. Je lui ai proposé de continuer la discussion dans ma chambre et... et voilà. J'ai voulu me débattre, j'ai crié, tu ne m'as pas entendue. Tu avais pris tes somnifères... Je ne cherche pas à me venger, à quoi cela mènerait-il ? Je veux juste fuir un monde auquel je ne pourrai jamais plus appartenir de toutes façons. Je te demande de respecter mon choix, de lui pardonner, et d'oublier, de m'oublier... de vivre comme avant que je naisse...
Gwen connaissait trop bien sa mère pour savoir qu'elle ne ferait pas ce qu'elle lui demandait.
Un autre coup retentit.