Champ profond de l'univers montrant une dense concentration de galaxies lointaines.
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L'univers incompris : matière noire, énergie sombre et mystères du cosmos

Découvrez l'analyse du livre "L'univers incompris" où Carassou et Uzan décortiquent matière noire et énergie sombre. Une vulgarisation réussie qui transforme nos zones d'ombre en moteur de découverte.

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Jamais l'Humanité n'a aussi bien compris le cosmos. Les observations des grands télescopes et des satellites de toute dernière génération semblent confirmer les principales théories scientifiques. Et pourtant… Plus l'Univers se dévoile à nous, plus le mystère s'épaissit. Telle est la phrase d'accroche qui ouvre l'ouvrage et résume parfaitement le paradoxe fondamental sur lequel reposent ces quatre cents pages. À une époque où la technologie nous permet de sonder les confins de l'espace et de remonter aux premières secondes du Big Bang, on pourrait s'attendre à une maîtrise totale de notre environnement cosmique. Pourtant, chaque avancée technologique majeure, loin de combler nos lacunes, semble au contraire exacerber notre ignorance. C'est ce vertige que les auteurs nous invitent à partager : le sentiment que plus notre regard s'aiguise, plus l'horizon recule. 

Champ profond de l'univers montrant une dense concentration de galaxies lointaines.
Champ profond de l'univers montrant une dense concentration de galaxies lointaines. — (source)

Le paradoxe cosmique : quand la connaissance nourrit l'ignorance

Il existe une ironie savoureuse à observer le ciel contemporain. Nous vivons dans l'âge d'or de l'astronomie, une ère où des instruments d'une complexité inouïe, comme le télescope spatial James Webb, scrutent l'Univers avec une résolution jamais égalée. Ces machines colossales, véritables chefs-d'œuvre d'ingénierie, nous livrent des images d'une beauté à couper le souffle et nous inondent de données précises sur la composition des étoiles, la structure des galaxies et la dynamique des trous noirs. Face à cette débauche de connaissances et de précision, le profane pourrait légitimement croire que la cosmologie a tout résolu, que le grand livre de l'Univers est désormais écrit et qu'il ne reste plus qu'à en tourner les pages.

L'illusion des modèles achevés

Illustration abstraite de structures filaires lumineuses évoquant le cosmos.
Illustration surréaliste mêlant nature et cosmos, avec un soleil visage humain et une figure allongée. — (source)

Cependant, cette assurance est illusoire. L'introduction du livre nous met en garde contre cette fausse sensation de confort intellectuel. Les modèles cosmologiques actuels, comme le modèle standard de la cosmologie ou le modèle ΛCDM, fonctionnent admirablement bien pour décrire ce que nous voyons. Ils prédisent avec une précision effrayante l'abondance des éléments légers ou la structure du fond diffus cosmologique. Pourtant, ces modèles reposent sur des piliers dont nous ne connaissons pas la nature. C'est un peu comme si l'on pouvait prédire avec exactitude l'heure de passage des trains sans avoir la moindre idée de ce qui les alimente en énergie. Les équations fonctionnent, certes, mais les composants fondamentaux qu'elles manipulent nous échappent encore.

Le pari des auteurs est de nous emmener derrière le rideau de ces réussites scientifiques. Au lieu de se contenter de nous émerveiller devant les images spectaculaires de nébuleuses ou d'amas galactiques, ils nous proposent de regarder les fondations mêmes de l'édifice. Ce faisant, ils révèlent que notre compréhension est peut-être comparable à celle d'un navigateur qui aurait cartographié avec précision les côtes d'un continent immense, mais qui ne saurait toujours rien de sa géologie intérieure, de sa faune ou de sa flore. La surface est maîtrisée, mais le profond demeure un terrain inexploré.

Une progression dialectique face à l'inconnu

Loin de résoudre les énigmes, les nouvelles découvertes ont tendance à les multiplier. Chaque fois que nous repoussons les limites de l'observable, nous nous heurtons à des anomalies qui défient notre compréhension. L'ouvrage démontre avec brio que l'histoire de la cosmologie n'est pas une marche linéaire vers la vérité absolue, mais une progression dialectique où chaque réponse engendre une question plus complexe encore. C'est ce mouvement perpétuel qui structure la narration : une exploration des zones d'ombre qui s'étendent à mesure que la lumière de notre connaissance progresse.

Ce paradoxe est fascinant. Il nous rappelle que la science n'est pas un réservoir de certitudes, mais une méthode pour gérer notre ignorance. En acceptant de regarder ces zones d'ombre en face, le lecteur découvre que c'est précisément dans ces failles, ces imprécisions et ces inconnues que se cache peut-être la prochaine grande révolution scientifique. Le livre transforme ainsi ce qui pourrait être perçu comme un échec de la science — le fait de ne pas tout comprendre — en un moteur de découverte stimulant. C'est une invitation à l'humilité et à la curiosité, un rappel que l'Univers, loin d'être un système clos et résolu, reste une source inépuisable de mystères. 

Illustration surréaliste mêlant nature et cosmos, avec un soleil visage humain et une figure allongée.
Les auteurs Sébastien Carassou et Jean-Philippe Uzan photographed standing side by side. — (source)

Carassou et Uzan : un duo scientifique d'exception

Pour mener à bien cette exploration des confins du savoir, l'ouvrage bénéficie d'une association d'auteurs pour le moins singulière. L'alliance entre Sébastien Carassou, jeune vulgarisateur numérique, et Jean-Philippe Uzan, chercheur chevronné du CNRS, crée une synergie rare. C'est la rencontre entre deux générations, deux styles et deux parcours qui, bien que différents, convergent vers une même passion : transmettre la complexité du cosmos sans jamais la trahir. Ce choix éditorial audacieux par l'éditeur Les Arènes permet de combler le fossé qui existe parfois entre la recherche de pointe et le grand public, en mariant la rigueur académique à la fougue communicative de la vulgarisation moderne.

Sébastien Carassou : la vulgarisation 2.0

Sébastien Carassou incarne cette nouvelle garde de scientifiques qui n'hésitent pas à investir les plateformes numériques pour partager leur savoir. Docteur en astrophysique spécialisé dans l'évolution des galaxies, il ne se contente pas des publications scientifiques confidentielles. Il est le co-animateur de la chaîne YouTube Le Sense of Wonder, qui compte plus de 170 000 abonnés, une audience non négligeable pour une chaîne dédiée à la vulgarisation scientifique de qualité. Sa capacité à transformer des concepts abscons en contenus accessibles est sa marque de fabrique.

Son parcours ne s'arrête pas à l'écran. Coordinateur scientifique du projet ambitieux « Sanctuary on the Moon », il œuvre à créer une archive de l'humanité destinée à être déposée sur la Lune. De plus, il a déjà signé un ouvrage intitulé Destination Cosmos paru chez Albin Michel en octobre 2025, dans lequel il proposait une métaphore originale : un guide du Routard galactique. Il y décrivait quarante-deux destinations cosmiques comme autant d'escales touristiques, prouvant ainsi sa capacité à inventer des formes narratives pour parler de science. Avec L'univers incompris, il poursuit cette mission, mais en changeant de registre pour passer du guide touristique à l'enquête philosophique et scientifique.

Jean-Philippe Uzan : l'autorité du CNRS

Les auteurs Sébastien Carassou et Jean-Philippe Uzan photographed standing side by side.
Illustration abstraite de structures filaires lumineuses évoquant le cosmos. — (source)

En face, Jean-Philippe Uzan apporte le poids et l'autorité de la recherche fondamentale. Né en 1969 et ancien élève de l'École des Mines de Paris, il est directeur de recherche au CNRS et spécialiste mondialement reconnu de la gravitation et de la cosmologie relativiste. Son CV scientifique est impressionnant, avec plus de 150 articles publiés dans des revues à comité de lecture, signe d'une production académique constante et de haut niveau. En 2015, sa contribution exceptionnelle au domaine de la cosmologie a été récompensée par le prestigieux prix Georges-Lemaître.

Mais Uzan n'est pas un chercheur enfermé dans sa tour d'ivoire. Il s'investit depuis longtemps dans la vulgarisation, participant à de nombreuses conférences grand public, écrivant des livres pour enfants et s'impliquant activement dans le festival d'astronomie de Fleurance. Cette double compétence — l'excellence scientifique et l'envie de partager — fait de lui le mentor idéal dans ce duo à deux voix. Il apporte la profondeur historique et conceptuelle nécessaire pour ne pas réduire les énigmes cosmologiques à de simples faits divers astronomiques. Sa présence assure que l'ouvrage ne dérive pas vers la science-fiction, mais reste ancré dans le réel le plus tangible, même quand ce réel devient vertigineux.

La réussite du format à deux voix

L'éditeur Les Arènes a donc fait le pari intelligent de croiser ces deux univers. L'un apporte la fraîcheur, le dynamisme et les codes de communication d'une génération élevée au numérique ; l'autre apporte la caution scientifique, le recul et la finesse d'analyse acquise par des décennies de recherche. Cette complémentarité se ressent dans le ton du livre. Il y a une alchimie qui opère entre l'enthousiasme contagieux de Carassou et la précision mesurée d'Uzan. C'est ce qui permet de traiter de sujets aussi complexes que la matière noire ou l'inflation cosmique sans jamais perdre le lecteur. L'ouvrage se lit comme un dialogue, une transmission de flambeau entre deux passionnés qui ont à cœur de nous faire partager leur émerveillement.

Matière noire et énergie sombre : décryptage des 95 % invisibles

Si le livre est passionnant, c'est parce qu'il affronte de front le chiffre le plus humiliant pour la science moderne : 95 %. C'est la proportion de l'Univers qui nous reste totalement inconnue. Tout ce que nous voyons, les étoiles, les planètes, les nébuleuses, et même nous-mêmes, ne constitue que 5 % du contenu énergétique de l'Univers. Le reste, cette immense majorité silencieuse, est constitué d'entités fantomatiques que nous nommons matière noire et énergie sombre. Ces composants ne sont pas de simples curiosités ; ils structurent l'Univers, dictent son évolution et scellent son destin. Le livre décortique ces concepts avec clarté, nous faisant comprendre à quel point notre réalité visible n'est que la pointe émergée d'un iceberg gigantesque.

Le mystère de l'antimatière manquante

L'une des premières énigmes majeures soulevées dans l'ouvrage concerne l'absence flagrante d'antimatière. Selon la physique des particules, le Big Bang aurait dû créer des quantités égales de matière et d'antimatière. Or, si matière et antimatière entrent en contact, elles s'annihilent mutuellement dans une gerbe d'énergie pure. Théoriquement, l'Univers aurait donc dû être vide, rempli uniquement de rayonnement après cette annihilation massive. Pourtant, nous sommes là. Des galaxies existent. Des planètes tournent. Il y a donc eu, dans les premiers instants de l'Univers, une rupture de symétrie infime mais cruciale : un petit excès de matière par rapport à l'antimatière.

Les auteurs expliquent que cet excès est d'une infime précision — environ une particule de matière en plus pour chaque milliard de paires matière-antimatière. C'est ce petit résidu qui constitue tout notre univers visible. Comprendre l'origine de cette asymétrie est l'un des défis les plus importants de la physique moderne. Le livre explore les pistes actuelles, évoquant les violations de symétrie que l'on observe dans les accélérateurs de particules, mais montre pourquoi elles sont insuffisantes pour expliquer la totalité du phénomène. C'est une enquête policière à l'échelle cosmique où le coupable (ou la loi de la nature) nous échappe encore.

Matière noire : la colle fantôme de l'Univers

La suite de l'ouvrage se concentre sur la matière noire. Bien qu'invisible et indétectable directement par nos instruments, elle ne se révèle que par ses effets gravitationnels. Elle agit comme une colle invisible qui maintient les galaxies en l'air, empêchant qu'elles ne se disloquent sous l'effet de leur propre rotation. Sans elle, le modèle cosmologique s'effondre ; les galaxies tourneraient bien trop vite pour tenir ensemble. Pourtant, sa nature fondamentale reste inconnue. Est-elle composée de particules massives et faiblement interactives (WIMPs) ? S'agit-il d'autre chose, comme des trous noirs primordiaux ? Les auteurs passent en revue ces hypothèses sans prendre parti, laissant le lecteur apprécier la subtilité du débat.

Énergie sombre et destin du cosmos

L'énergie sombre, quant à elle, est encore plus mystérieuse. Elle est responsable de l'accélération de l'expansion de l'Univers. Contrairement à la matière noire qui attire, l'énergie sombre repousse, agissant comme une force antigravitationnelle à grande échelle. Sa découverte, relativement récente à l'échelle de l'histoire de l'astronomie, a complètement bouleversé notre compréhension du destin de l'Univers. Celui-ci ne va pas s'effondrer sur lui-même dans un « Big Crunch », mais se diluera probablement indéfiniment dans le froid et le noir, emporté par cette accélération perpétuelle. Le livre nous fait toucher du doigt l'inconfort des physiciens face à cette entité dont ils ne connaissent ni la nature ni l'origine. 

Image télescopique d'un amas de galaxies avec une étoile centrale aux diffractions lumineuses.
Image télescopique d'un amas de galaxies avec une étoile centrale aux diffractions lumineuses. — (source)

Frontières de l'Univers et multivers

Au-delà des composants physiques, L'univers incompris s'aventure sur le terrain de la métaphysique et de la philosophie des sciences. Les auteurs posent des questions vertigineuses : l'Univers a-t-il des limites ? Qu'y avait-il « avant » le Big Bang ? Ces interrogations soulignent les limites de notre vocabulaire et de notre intuition. Nous parlons de « début » ou de « limite » parce que nous vivons dans un espace-temps fini et linéaire, mais appliquer ces concepts à l'Univers lui-même peut n'avoir aucun sens. Jean-Philippe Uzan, de par sa formation de physicien théoricien, excelle à nous montrer comment nos mots nous trahissent parfois et nous enferment dans des représentations inadéquates.

Le livre aborde également la fascinante hypothèse des multivers. Si notre Univers n'est qu'une bulle parmi une infinité d'autres, comment pourrions-nous jamais le prouver ? Cela relève-t-il encore de la science ou bascule-t-on dans la spéculation pure ? Les auteurs naviguent avec adresse sur cette frontière mince entre science légitime et spéculation hardie. Ils expliquent comment certaines théories, comme la théorie des cordes ou l'inflation éternelle, laissent entrevoir la possibilité de ces autres univers, tout en soulignant l'immense défi observationnel que cela représente. C'est une section qui invite le lecteur à déplier son esprit et à accepter que la réalité puisse être bien plus étrange et complexe que tout ce que l'humanité a pu imaginer.

Une vulgarisation réussie sur 400 pages

Réussir à vulgariser de tels concepts en 400 pages sans rebuter le lecteur est un défi technique de taille. C'est ici que le talent d'écrivain des deux auteurs brille le plus. La critique de Livres Hebdo, signée par Lora Lemaréchal, parle d'un « voyage féerique et didactique », et l'expression est parfaitement juste. L'ouvrage ne se lit pas comme un manuel scolaire, mais comme une aventure narrative. On y voyage d'énigme en énigme, emporté par un rythme qui empêche de décrocher, même lorsque les équations attendent sagement dans les notes de bas de page.

Le pouvoir des analogies visuelles

L'approche narrative repose sur un usage constant d'analogies et d'images puissantes. Sébastien Carassou, habitué à formater des messages pour des formats vidéo courts, sait pertinemment qu'une image vaut mille mots. Il reprend ici l'esprit de son « guide du Routard galactique » en nous invitant à visualiser l'Univers non pas comme une équation froide, mais comme un paysage vivant et mouvant. La métaphore du « Routard », qui avait servi son précédent ouvrage Destination Cosmos, est ici transposée dans le domaine conceptuel : nous sommes des touristes dans un musée dont 95 % des collections sont cachées dans les sous-sols inaccessibles.

Jean-Philippe Uzan, quant à lui, maîtrise l'art de la précision sans jargon. Il a cette capacité rare à définir un concept complexe avec une économie de mots parfaite, utilisant le vocabulaire exact sans pour autant noyer le lecteur sous un flot de termes techniques. Le duo fonctionne donc à merveille : l'un lance l'image, l'autre affine la compréhension. Le texte est rythmé, alternant des passages contemplatifs sur la beauté du cosmos et des paragraphes plus denses qui posent les bases logiques de la démarche scientifique. C'est cette alternance qui rend les 400 pages aussi digestes que stimulantes.

Un objet livre de qualité

Il faut également saluer l'effort éditorial pour rendre ce savoir accessible. Pour un ouvrage de cette qualité, richement illustré et structuré, le prix de 23 euros pour un format broché est un investissement raisonnable. C'est un objet livre agréable à manipuler, conçu pour accompagner des soirées de lecture ou des week-ends de réflexion. Le papier, la mise en page et la qualité des reproductions contribuent à l'expérience de lecture « féerique » évoquée par la critique. On est loin des manuels austères ; c'est un bel objet qui trouvera sa place autant sur une table de salon que dans une bibliothèque d'amateur de sciences.

Ce format permet également de prendre le temps d'assimiler les concepts. Ce n'est pas un livre que l'on dévore en une heure, mais un compagnon de voyage dans lequel on revient. Chaque chapitre ouvre des perspectives qui nécessitent un temps de digestion mentale. À cet égard, la pagination généreuse est un atout : elle offre aux auteurs l'espace nécessaire pour ne rien bâcler, pour expliquer les nuances et pour éviter les raccourcis simplificateurs qui trop souvent gangrènent la vulgarisation scientifique. C'est un voyage dense, mais qui respecte l'intelligence du lecteur. 

Hubert Reeves en dédicace au Salon du livre de Paris.
Hubert Reeves en dédicace au Salon du livre de Paris. — Georges Seguin (Okki) / CC BY-SA 3.0 / (source)

De « Destination Cosmos » aux zones d'ombre

La parution de L'univers incompris marque une étape importante dans la trajectoire de Sébastien Carassou et, plus largement, dans le renouveau de la vulgarisation scientifique francophone. Après le succès de Destination Cosmos, sorti en octobre 2025 chez Albin Michel, ce nouveau livre confirme que le jeune astrophysicien n'est pas un phénomène éphémère lié à la viralité de YouTube, mais une voix durable et nécessaire dans le paysage éditorial français. Il prouve qu'il est capable de passer du ton de la découverte touristique à celui de l'investigation scientifique profonde sans perdre son sens du récit.

Du guide touristique à l'enquête scientifique

Le fil conducteur entre les deux ouvrages est la passion pour le cosmos, mais l'angle d'attaque change radicalement. Dans Destination Cosmos, l'objectif était d'émerveiller, de proposer une visite guidée des merveilles de l'Univers. C'était un livre d'images et de rêve, un catalogue des beautés accessibles à notre imagination. Avec L'univers incompris, Carassou change de braquet. Il ne s'agit plus de montrer ce que nous savons, mais d'explorer ce que nous ne savons pas. C'est une démarche plus mature, plus exigeante aussi, qui montre une évolution certaine de l'auteur.

Cette évolution rappelle que la vulgarisation de qualité ne cherche pas uniquement à réconforter le lecteur avec des certitudes, mais à le stimuler avec des mystères. En passant des « 42 destinations galactiques » aux « zones d'ombre du savoir », Carassou rejoint une tradition philosophique de l'étonnement. Il ne se contente plus de dire « regardez comme c'est beau », il nous invite à dire « réfléchissons à pourquoi c'est mystérieux ». C'est une transition importante dans le parcours d'un vulgarisateur, et elle est ici menée à bien avec brio, grâce notamment au tutorat implicite de Jean-Philippe Uzan.

L'essor de la vulgarisation scientifique française

Ce livre s'inscrit dans un mouvement plus large de renouveau de la vulgarisation scientifique en France. Des chaînes YouTube comme ScienceEtonnante ou e-penser ont pavé la voie, montrant qu'il existait une faim immense de connaissances sérieuses et structurées. Sébastien Carassou est l'un des représentants les plus aboutis de cette génération qui a grandi avec internet et qui utilise tous les médias — vidéo, conférences, livres — pour diffuser la culture scientifique.

L'association avec Les Arènes, un éditeur reconnu pour ses enquêtes et ses ouvrages de société, n'est pas anodine. Elle signe l'entrée légitime de ces vulgarisateurs dans le champ du livre sérieux. Ils ne sont plus relégués au rayon « jeunesse » ou « hobbies », mais occupent le terrain des essais et des documents. L'univers incompris est un symbole de cette légitimité. Il démontre que la science, même complexe, a sa place sur les tables de nuit des lecteurs curieux, et que la France possède des talents capables de parler du Big Bang avec la même rigueur que d'autres parlent de politique ou d'histoire. C'est une victoire pour la culture scientifique dans notre pays.

Faut-il acheter « L'univers incompris » ?

Alors que la date de sortie approche — le livre paraît le 26 mars 2026 — beaucoup se demandent si cet ouvrage est fait pour eux. Est-il trop technique ? Trop simple ? Le verdict est sans appel : c'est un livre hybride qui devrait satisfaire une large gamme de lecteurs, à condition d'avoir une curiosité minimale pour les questions fondamentales. Ce n'est pas un manuel pour étudiants chercheurs en astrophysique, ni un livre d'images pour enfants. Il se situe justement dans cet « entre-deux » fécond où la science devient culture.

Un livre pour les esprits curieux

Le lectorat idéal se compose de ces curieux qui, après avoir regardé des documentaires sur le télescope James Webb, se posent encore des questions. Ceux qui ont dévoré les ouvrages de Trinh Xuan Thuan ou d'Hubert Reeves et qui ont soif de mise à jour. Ceux qui savent que l'Univers est en expansion mais qui ignorent pourquoi celle-ci s'accélère. Le livre s'adresse à l'esprit critique qui ne se satisfait pas des réponses toutes faites et qui souhaite comprendre la nature réelle des incertitudes scientifiques actuelles.

Il est également parfait pour les fans de vulgarisation YouTube qui souhaitent prolonger l'expérience vidéo avec une réflexion plus poussée. C'est l'occasion de passer du court format à la profondeur d'un essai construit. Si vous aimez Le Livre des Etoiles, vous serez séduit par la dimension narrative de cet ouvrage. Le niveau d'exigence est réel : les auteurs ne prennent pas les lecteurs pour des bébés, mais ils fournissent tous les outils intellectuels nécessaires pour suivre le raisonnement. C'est un défi intellectuel gratifiant.

L'investissement vaut-il le coup ?

En conclusion, pourquoi précommander L'univers incompris ? Parce qu'il est rare de trouver un ouvrage qui marie avec tant d'équilibre la rigueur du chercheur et la passion du conteur. Parce qu'il traite de questions qui nous concernent tous — notre origine, notre environnement, notre place dans l'Univers — avec une honnêteté intellectuelle rafraîchissante. Et parce que le duo Carassou-Uzan offre une perspective unique sur l'état actuel de la cosmologie.

Ne vous y trompez pas : ce n'est pas un livre qui apportera de réponses définitives, car la science n'en a pas pour l'instant. C'est un livre qui ouvre des horizons. Dans un monde saturé d'informations et de certitudes trompeuses, prendre le temps de lire 400 pages sur ce que nous ne savons pas est une forme de luxe intellectuel. C'est un acte de résistance contre l'obscurantisme et le simplisme. Alors, oui, nous recommandons vivement cet investissement de 23 euros. C'est une fenêtre ouverte sur l'inconnu, et comme le suggèrent les auteurs, c'est souvent là que se trouve la plus belle lumière.

Conclusion : l'ignorance comme moteur de découverte

Au terme de ce périple à travers les pages de L'univers incompris, une leçon s'impose avec force : notre ignorance est le moteur de la découverte. En nous révélant que 95 % de l'Univers nous échappe, les auteurs Sébastien Carassou et Jean-Philippe Uzan ne nous condamnent pas à l'obscurité, mais nous invitent à une aventure intellectuelle sans fin. Ce livre, préfacé par la volonté de comprendre l'incompréhensible, démontre que la science n'est pas un dogme figé, mais une quête vivante et vibrante.

En associant la jeunesse et la fougue d'une étoile montante de la vulgarisation à l'autorité et à l'expérience d'un directeur de recherche au CNRS, Les Arènes offre une référence incontournable pour l'année 2026. C'est un ouvrage qui, sans jargon inutile ni simplification abusive, parvient à captiver l'imagination tout en nourrissant l'intelligence. Pour quiconque a déjà levé les yeux vers le ciel en se posant une question, L'univers incompris est la réponse qui en appelle cent autres. C'est, sans aucun doute, l'un des essais scientifiques les plus importants de la rentrée, et une invitation pressante à ne jamais cesser de s'émerveiller.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la matière noire ?

La matière noire est une composante invisible et indétectable directement qui ne se révèle que par ses effets gravitationnels. Elle agit comme une "colle" essentielle maintenant les galaxies ensemble, empêchant qu'elles ne se disloquent sous l'effet de leur propre rotation.

Quelle est l'origine de l'asymétrie matière-antimatière ?

Le Big Bang aurait dû créer des quantités égales de matière et d'antimatière, mais une rupture de symétrie infime a eu lieu. Un petit excès d'une particule de matière pour chaque milliard de paires matière-antimatière a permis à notre univers visible de se former.

Quel est le rôle de l'énergie sombre ?

L'énergie sombre est une force mystérieuse responsable de l'accélération de l'expansion de l'Univers. Contrairement à la matière qui attire par la gravité, l'énergie sombre repousse et condamne probablement l'Univers à se diluer indéfiniment dans le froid.

De quoi est composé l'Univers ?

L'Univers est composé à 95 % d'entités inconnues que nous nommons matière noire et énergie sombre. Tout ce que nous voyons, comme les étoiles et les planètes, ne constitue que 5 % du contenu énergétique total.

Sources

  1. e.leclerc · e.leclerc
  2. amazon.fr · amazon.fr
  3. eyrolles.com · eyrolles.com
  4. Galilée (savant) — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  5. fr.wikipedia.org · fr.wikipedia.org
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Hugo Lambot @page-turner

Je dévore des livres depuis que j'ai appris à lire. Romans, essais, BD, mangas, poésie – tout y passe. Libraire à Angers, je passe mes journées à conseiller des lecteurs et mes soirées à en être un moi-même. J'ai un carnet où je note toutes mes lectures depuis 2012, avec des étoiles et des citations. Mes critiques essaient de donner envie sans spoiler, parce que rien ne vaut la surprise d'une bonne histoire.

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