
Enfin cette nuit, j'ai trouvé en moi le courage de tout quitter... Moi qui ne croyais plus en rien, ce soir, je préfère vous dire adieu, car je le sais, la vie n'est que mensonge, mes rêves des illusions, et la solitude une réalité. Si je décidais de rester, je le sais, tôt ou tard je partirai, car de ce monde, je hais tout. Toutes ces personnes qui se prétendent mes amis me dégoûtent, trop souvent elles m'ont trahi par mille gestes. La vie n'est faite que de doutes, et si je joue encore à ce jeu, je me détruirai peu à peu.
La nuit est si sombre, si belle...
Le calme autour de moi me terrifie, il me semble que le monde s'est arrêté, comme pour me prouver que la mort n'est pas une fin en soi, seulement un espoir dans l'obscurité, un début dans l'éternité. Le vide devant moi me tend les bras, alors pourquoi lui refuserai-je ce que je souhaite depuis si longtemps déjà ?
Sur ce pont abandonné, personne ne me voit ni ne me juge sur mes actes : tranquille, pour toute compagnie, cette eau glacée du printemps que bientôt je rejoindrai.
Pourquoi jouer cette comédie ?
Ce rôle de la jeune fille heureuse et vivante dans un monde parfait ne me plaît plus, je ne le supporte plus. Pourquoi personne ne me voit telle que je suis ? Pourquoi ne voit-il pas la jeune fille malheureuse qui se cache en moi, celle qui, mal dans sa peau, doute de son avenir ? Ce mal-être enfoui en moi, personne ne le voit. Mes parents par exemple... Mes amis également... Tous ces gens qui prétendent m'aimer, pourquoi préfèrent-ils fermer les yeux face à cette vérité ?
Suis-je vraiment seule ? Oui, je n'ai personne... Personne...
À trop vouloir jouer l'enfant heureuse, j'en ai découvert la solitude. Jamais je n'ai dit mes soucis, de peur que l'on me rejette, alors j'ai gardé au fond de moi cette douleur. Mais ce soir, je ne peux plus supporter une larme de plus, j'en ai trop supporté jusqu'ici, ce soir mon cœur n'en a plus la force.
Les larmes ne veulent plus couler, car trop souvent j'ai pleuré, seule, sur ces instants gâchés à jamais...
Un cri d'adieu
Un cri... Un dernier cri pour adieu, celui qui me délivrera de toutes douleurs. Je suis prête à sacrifier ma vie, si l'éternité se révèle être synonyme de liberté.
J'arrive... Me voilà... Tout est flou, je n'arrive plus à bouger et en moi j'entends une voix :
« Pourquoi détruire ta vie ? Tu es encore jeune, le bonheur est là derrière toi, acceptes-le, ne lui tournes pas le dos et souris... De loin, j'ai cru voir un ange, je me suis approché, ayant la même idée que toi ce soir : tout envoyer en l'air. Lorsque tu es apparue devant moi, j'ai voulu aider cet ange, car tu n'as pas le droit de te tuer. Un ange est là pour offrir amour et bonheur. Donne-moi la main, et je te prouverai qu'à deux nous pouvons tout réussir. Crois en toi, en moi... En nous... »
Une rencontre inattendue
Moi qui pensais que rien ne m'arrêterait, je me suis trompée, ces paroles si douces me redonnent espoir. Et enfin, je pleure, larmes de douleur, larmes de bonheur, je ne sais plus, tout s'entremêle. Je me retourne, face à lui, et je vois mon sauveur, mon ami, mon ange gardien. Comme si nos destins étaient liés, ayant lui aussi l'idée de sauter, il est passé sur ce pont pourtant toujours désert et dans son propre désespoir a retrouvé le goût d'y croire devant cet ange qui devant lui devint humaine. Il me sourit, et moi je pleure devant ce garçon que, un instant avant encore, je ne connaissais pas. J'approche et sans savoir pourquoi, je le prends dans mes bras et pleure toutes les larmes de mon corps...
Une nuit, deux destins
Le temps s'arrête, la nuit est à nous. Allongés dans ce champ, nous parlons de notre haine mutuelle en ce monde, il me comprend à demi-mot, je peux tout lui avouer sans avoir peur d'être mal jugée. Est-ce cela que j'attendais ? Un ami ? Si complices déjà dans notre différence, il me comprend, je le comprends, comme si je l'avais toujours connu, il est celui que mon désespoir appelait, celui que, sans le savoir, j'ai toujours aimé. Dans ses bras je crois enfin en ma vie, et sans savoir pourquoi entre deux baisers, il me fait promettre de toujours croire en moi et de ne jamais gâcher ma vie si précieuse à ses yeux...
Des heures se sont écoulées, je retrouve peu à peu la joie et dans cette aube rougissante, je vois en moi une renaissance, un goût de vivre que jamais jusqu'ici je n'eus. Je lui souris, il me sourit, il me caresse et m'embrasse, je voudrais avoir l'éternité avec lui, tous les deux mains dans la main nous vivrons une vie pleine d'espoir et de bonheur.
L'adieu final
Tout à coup, il se lève, me regarde, une larme coule le long de son visage lorsqu'il me dit :
« Je suis désolé, je t'ai menti. Jamais je n'ai cru en moi, et je n'ai plus le courage de continuer. Pour moi la fin est proche, je l'ai toujours su, mais avant de mourir, je voulais vivre cet instant d'intense joie dans tes bras, pardonne-moi. Pour une nuit, tu m'as donné une joie que jamais je n'avais éprouvée, tu m'as fait découvrir ce sentiment si tendre qu'on appelle : l'amour. Ne pleure pas sur ma mort, car je ne le vaux pas... S'il te plaît, ne me rejoins pas, pour toi tout est encore possible, je le sais, ne doute jamais de toi. Sache que je serai toujours là pour te consoler, de là-haut, l'ange que je deviendrai te regardera en te souriant, je serai là lorsque tu voudras être consolée ; ta vie sera pleine de bonheur et de douceur... Peut-être que si je t'avais connue quelques mois avant, je n'aurais jamais... »
Tout en parlant, il avance droit vers le pont, et sans que je puisse réagir, ces paroles me firent tant de mal, me pétrifièrent que je ne peux bouger. Aucun bruit, aucune sensation, mon corps ne ressent rien et lorsqu'il se jette dans le vide qui n'attendait que moi, je hurle ma haine dans la mort qui vient de me prendre celui qui aurait pu être mon bien-aimé.
Un nouveau départ
Je ne savais rien de lui à part son prénom, et pourtant déjà je l'aimais. Une nuit passée à ses côtés m'a donné le courage de continuer là où je croyais impossible. La mort n'est pas une solution, elle n'est qu'une échappatoire, dans un monde que nous croyons sans lendemain, la mort nous ment pour nous faire croire que nous ne sommes rien et qu'il est temps de quitter ceux que l'on aime sans un adieu. Plus d'une fois je voulus le suivre dans sa chute, mais ses dernières paroles me revenaient, lui qui n'y croyait plus m'a donné une seconde vie, celle que jamais je ne détruirai. Je lui dois tout et pourtant, je n'ai jamais pu lui dire merci. Ce bref moment près de lui, jamais je ne le regretterai, car cet inconnu m'a tout apporté. Je l'aimais, et un jour je le retrouverai, mais avant ce dernier voyage, je veux lui montrer, lui qui de là-haut me regarde, que je suis ses conseils et que jamais je ne me lamenterai et toujours je garderai au fond de moi une part d'espoir qu'un jour il m'a donné...