
Alix Yin Fu traquée de toutes parts
« Qui veut la peau d'Alix Yin Fu, la pulpeuse James Bond de la Chine Nouvelle ? Tout le monde, apparemment : les Tigresses blanches, la société secrète dont elle fait partie, jusque-là procommuniste, qui vient de retourner son qipao en faveur des nationalistes de Tchang Kaï-shek ; le vieil ennemi britannique ; et Kang Shen, le chef des services secrets du Parti. Seule la CIA est prête à l'aider – contre un coup de main pour dénicher le trésor de guerre japonais. La tigresse va-t-elle vraiment pactiser avec l'impérialisme américain ? » (Présentation Dargaud)
Une série d'espionnage parodique et profonde
Après avoir initié la série Tigresse Blanche avec Yann, puis réalisé en solo le troisième tome, Conrad s'est associé à Wilbur (alias Sophie Commenge) pour donner vie au personnage le plus séduisant de la bande dessinée : Alix. Apparue initialement dans Les Innommables (série également créée avec Yann), où elle tenait plutôt un second rôle, elle incarne depuis six albums déjà l'agent secret au service d'une triade chinoise composée uniquement de femmes.
Ces aventures d'espionne permettent à Conrad et Wilbur d'évoquer la Guerre froide avec une dérision assumée. Jeux de mots, clins d'œil et allusions à connotation sexuelle parsèment cet album pour le plus grand amusement du lecteur. Dans ce nouveau cycle, les auteurs ridiculisent avec humour les premiers membres de la CIA naissante.
Au-delà de la bouffonnerie : une critique de la Guerre froide
Mais ces albums ne sont jamais pure bouffonnerie. À travers ce monde instable de la Guerre froide, Conrad et Wilbur s'interrogent sur des questions intemporelles : rivalités politiques, idéaux dévoyés, manipulation des « petits soldats » fanatiques prêts à tout pour la cause. Derrière le rire se cache une réalité bien amère.
Au fil des albums, les personnages prennent de l'épaisseur. En dépassant le stade de la caricature, ils donnent une consistance dramatique au récit. Dans cet opus, Alix devient la cible de toutes les forces en présence. Elle doit se méfier de tout le monde, et même ses compagnons peuvent emprunter des chemins opposés au sien.
Le dessin virtuose de Didier Conrad
Les amateurs des Innommables retrouveront le graphisme particulier de Didier Conrad. Son dessin traduit à la fois la dimension burlesque du scénario et l'atmosphère de Shanghai, Hong-Kong et du Japon – cet imaginaire nourri par les vieux films d'espionnage.
Le trait de Conrad se fait beaucoup plus délicat quand il s'agit de représenter Alix. Il déploie toute son habileté pour donner vie aux mouvements : on appréciera la vivacité de sa chevelure, la fluidité de ses gestes. Cet album est également agrémenté de magnifiques planches en pleine page où tout le talent du dessinateur s'épanouit.
Fiche technique
Série : Tigresse Blanche
Titre : La Théorie du Mikado (tome 6)
Auteurs : Conrad et Wilbur
Éditeur : Dargaud