
La sonnerie stridente du réveil la force à s'arracher des bras de Morphée. Il est déjà 7h. Elle a dormi habillée et son mascara a coulé. Elle se prépare et se met en route pour le collège. Elle déteste le collège, les matières qu'on y enseigne, les profs, les élèves... Elle n'a que deux amis : Ava et Simon.
Elle est amoureuse de Simon depuis qu'ils sont enfants. Il la connaît par cœur, trop peut-être. Mais sûrement pas assez pour voir l'amour qu'elle lui porte et la détresse qui l'habite.
Et, comme tous les jours, elle passe sur le pont. Ce pont, c'est comme une partie d'elle. Elle y a passé tellement de temps... À pleurer, à réfléchir, à crier... Combien de fois a-t-elle eu envie de se jeter dans l'eau sale ? Elle ne les compte plus.
Elle surprend une larme couler sur sa joue. Elle arrive enfin au collège.
Ava lui saute dans les bras.
— Il me l'a dit ! Enfin ! Depuis tout ce temps...
— Qui ? Quoi ? Elle ne comprend rien.
— Simon !! Il m'a dit qu'il m'aimait !! On est ensemble !!
— Génial...
Là, le monde s'écroule. Le doux chant des oiseaux ne lui fait plus rien, le ciel bleu devient gris... Elle sent les larmes monter à ses yeux. Ses mains tremblent, son cœur s'affole. Elle prétexte un mal de ventre pour s'enfuir à l'infirmerie.
Le seul garçon qu'elle avait jamais aimé sortait avec sa meilleure amie.
Elle sèche les deux dernières heures de cours.
Elle s'allonge dans l'herbe du parc. Le vent balaye les mèches rebelles de son visage. Elle pleure, le mascara coule. Elle voudrait parler à quelqu'un. Sentir les bras de quelqu'un qui la serre fort et lui dise que tout va bien se passer...
Sa mère ? Il n'y a que son travail qui compte. Son père ? Pilote d'avion. Aujourd'hui à Paris, demain San Francisco.
La pluie tombe. Elle décide de rentrer. Elle repasse sur le pont. Elle hésite... puis elle rentre chez elle.
Elle trouve un mot sur la petite table du salon où s'entassent les croquis de sa mère :
Papa est à Bastia, je rentre tard. Il y a des surgelés dans le frigo. Je t'aime. Ta maman.
La pluie tombe comme les larmes le long de sa joue. Elle crie, hurle... Mais personne ne l'entend.
— J'existe ! J'existe, merde !
Elle se sent invisible, incomprise par ce monde.
La lumière du soleil la réveille. Elle a les yeux gonflés. On est samedi, et le samedi, elle rejoint Simon. C'est une sorte de rituel. Il l'attend dans leur petit coin secret du parc. Personne n'est au courant à part eux deux. Elle espère pouvoir se confier... Mais aura-t-elle la force d'aller là-bas ? Pour l'entendre parler d'Ava...
Elle appelle sa mère, mais la secrétaire lui répond qu'elle est en réunion. On ne peut pas la déranger...
Alors elle se prépare. Elle passe sur le pont. Elle s'arrête. Puis repart.
Elle arrive au parc. Elle s'assoit non loin de Simon pour le regarder. Il est beau. Son cœur se met à battre vite, très vite... Mais, à côté de lui... Ava. Cette fois, elle en a marre, c'est trop. Ils s'étaient promis de ne jamais dévoiler le secret du parc à personne. C'était leur coin, rien qu'eux. Ils y avaient pleuré, ri...
Elle repart, et passe sur le pont...
Simon l'attendra. Longtemps. Mais elle ne viendra pas.
Elle ne viendra plus.