Salman Rushdie photographié lors d'une séance de dédicaces au Hay Festival 2016.
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Salman Rushdie : « La onzième heure », son grand retour à la fiction après l’attentat

Salman Rushdie fait son grand retour à la fiction avec « La onzième heure », cinq histoires sur la mortalité, Bombay et la renaissance, écrites après l'attentat de 2022. Un événement littéraire à Paris le 11 juin 2026.

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Le 11 juin 2026, les librairies françaises accueillent « La onzième heure », le premier ouvrage de fiction de Salman Rushdie depuis l’attaque au couteau de 2022. Publié par Gallimard dans la collection « Du monde entier », ce recueil de cinq histoires marque le retour d’un écrivain qui a transformé la violence en matière littéraire. Pour le public français, particulièrement attaché à Rushdie depuis la fatwa de 1989, ce livre représente bien plus qu’une simple parution : c’est la preuve que l’imagination peut survivre à la mort.

Salman Rushdie photographié lors d'une séance de dédicaces au Hay Festival 2016.
Salman Rushdie photographié lors d'une séance de dédicaces au Hay Festival 2016. — Andrew Lih (User:Fuzheado) / CC BY-SA 3.0 / (source)

L’événement littéraire qui va secouer Paris

« La onzième heure » débarque dans un contexte où chaque mot de Rushdie est attendu avec une ferveur rare. Depuis l’attentat de Chautauqua, l’écrivain est devenu le symbole vivant de la liberté d’expression menacée. Mais ce nouveau livre n’est pas un manifeste politique : c’est une œuvre d’imagination pure, un retour aux sources de son art. Gallimard en fait son titre phare de la rentrée, et les librairies parisiennes s’apprêtent à vivre des semaines d’effervescence.

« La onzième heure » débarque en librairie le 11 juin 2026

L’objet livre lui-même a de quoi séduire. Broché, 320 pages, environ 23 €, il porte le numéro ISBN 9782073125347. Il s’inscrit dans la collection « Du monde entier », cette série blanche de Gallimard qui a accueilli les plus grands noms de la littérature mondiale : Gabriel García Márquez, Milan Kundera, Haruki Murakami. Rushdie y est chez lui depuis longtemps. Mais ce qui rend cette parution exceptionnelle, c’est sa genèse.

« La onzième heure » est le premier roman de fiction que Rushdie publie depuis l’attaque du 12 août 2022. Son livre précédent, « Le Couteau » (2024), était un récit autobiographique brut, une plongée dans les heures qui ont suivi l’agression et dans les mois de convalescence. Avant cela, « Victory City » (2023) avait été achevé avant l’attentat. « La onzième heure » représente donc un retour à l’imagination pure, à la création de mondes et de personnages qui n’existent que par la puissance des mots. Pour Rushdie, c’est une renaissance. Pour ses lecteurs, c’est une promesse.

Rushdie au mk2 Bibliothèque : un face-à-face historique avec ses lecteurs français

La France occupe une place à part dans le cœur de Rushdie. C’est ici que « Les Versets sataniques » ont été défendus avec le plus de vigueur après la fatwa. C’est ici que ses livres ont toujours trouvé un public fidèle et exigeant. Pour marquer le coup, Gallimard a organisé un événement « Masters of Books » au mk2 Bibliothèque, à Paris. Rushdie sera présent, face à ses lecteurs, pour un échange qui promet d’être historique.

Les places se sont arrachées en quelques heures. Sur les réseaux sociaux, l’excitation est palpable. Pour une génération de lecteurs qui n’avait que 12 ou 13 ans lors de la fatwa, voir Rushdie en chair et en os, debout, vivant, écrivant encore, est un privilège rare. L’événement parisien symbolise la résilience d’un homme et d’une œuvre que la violence n’a pas réussi à réduire au silence.

Salman Rushdie s'exprimant lors d'une conférence ou d'un entretien.
Salman Rushdie s'exprimant lors d'une conférence ou d'un entretien. — (source)

De l’enfer de Chautauqua à la renaissance littéraire

Pour comprendre la puissance de « La onzième heure », il faut mesurer ce que Rushdie a traversé. L’attaque du 12 août 2022 n’est pas un simple fait divers dans sa biographie : c’est l’événement qui a fracturé sa vie en un avant et un après. Ce livre est la preuve que l’après existe, et qu’il est fécond.

Cette attaque qui a failli tout emporter (et comment il a survécu)

Ce jour-là, à la Chautauqua Institution, dans l’État de New York, Rushdie s’apprêtait à donner une conférence sur la liberté d’expression. Hadi Matar, un jeune homme de 24 ans, s’est précipité sur scène et l’a poignardé à plusieurs reprises. Les images ont fait le tour du monde. Rushdie a perdu la vue d’un œil. Les nerfs de sa main ont été gravement endommagés. Il a passé des semaines à l’hôpital, entre la vie et la mort.

En février 2025, Hadi Matar a été reconnu coupable de tentative de meurtre. Il risque jusqu’à 25 ans de prison. Mais pour Rushdie, le procès n’a rien réparé. La douleur physique est restée, la peur aussi. Pourtant, dès qu’il a pu tenir un stylo, il a recommencé à écrire. « Le Couteau » est né de cette urgence : raconter l’indicible, mettre des mots sur la violence. Mais la fiction, elle, a mis plus de temps à revenir.

« Le Couteau » puis la fiction : le chemin de croix d’un artiste

« Le Couteau » était un témoignage nécessaire, un exorcisme. Rushdie y décrit l’attaque, la douleur, la reconstruction. Mais pour un écrivain de son envergure, la fiction est le territoire naturel. C’est là qu’il respire. « Les trois novellas de ce volume, toutes écrites au cours des douze derniers mois, explorent des thèmes qui m’ont beaucoup occupé l’esprit – la mortalité, Bombay, les adieux, la colère, la paix, l’Amérique », a-t-il confié au Guardian.

Ce passage de la confession à l’imagination est un acte de résistance créative. Rushdie ne se contente pas de survivre : il crée. Il transforme la colère en récit, la peur en personnages, la mort imminente en une méditation sur la vie. « La onzième heure » n’est pas un livre de plus dans sa bibliographie : c’est le livre d’un homme qui a regardé la mort en face et qui a choisi de continuer à raconter des histoires.

Salman Rushdie après son agression, avec une cicatrice visible sur la joue droite.
Salman Rushdie après son agression, avec une cicatrice visible sur la joue droite. — (source)

« La onzième heure » : bien plus qu’un recueil, une œuvre testamentaire

Le livre que Rushdie nous offre est d’une architecture subtile. Cinq textes, trois novellas encadrées par un prologue et un épilogue, forment un ensemble que l’auteur lui-même considère comme « une seule œuvre ». L’unité de ton et de propos est frappante : écrite en douze mois, cette œuvre porte la marque d’une urgence et d’une maturité rares.

Un quintette d’histoires qui n’en forme qu’une

Rushdie a toujours aimé les structures audacieuses. Avec « La onzième heure », il pousse le concept du recueil jusqu’à ses limites. Les trois novellas centrales sont encadrées par deux textes plus courts qui fonctionnent comme des portes d’entrée et de sortie. « Je suis heureux que les histoires, très différentes les unes des autres par le décor, la narration et la technique, parviennent néanmoins à dialoguer entre elles, et avec les deux récits qui servent de prologue et d’épilogue à ce trio », explique-t-il.

Les cadres géographiques sont ceux qui ont marqué la vie de Rushdie : l’Inde (Bombay, Chennai) et l’Angleterre (Cambridge). L’Amérique apparaît aussi, comme un écho de son exil choisi. Chaque histoire est autonome, mais ensemble, elles tissent une tapisserie sur la condition humaine, le passage du temps et ce qui reste quand tout est dit.

Fantômes de Cambridge, musiciens maudits et tragédies indiennes

Le Guardian a dévoilé quelques-uns des personnages qui peuplent ce quintette. On y croise un musicien magicien, malheureux en mariage avec une milliardaire – un clin d’œil au quartier de « Midnight’s Children » qui ravira les lecteurs de longue date. On rencontre aussi le fantôme d’un professeur de Cambridge, incapable de trouver le repos, qui aide un étudiant à assouvir une vengeance. Et puis il y a ces deux hommes à Chennai, confrontés à une tragédie personnelle dans le chaos d’une calamité nationale.

C’est du Rushdie pur jus. Le réalisme magique n’est jamais loin, mais il sert toujours une réflexion profonde sur la condition humaine. Les fantômes ne sont pas là pour faire peur : ils sont là pour interroger ce qui nous lie aux vivants et aux morts. Les musiciens maudits ne sont pas des figures exotiques : ils sont le miroir de nos propres échecs et de nos désirs inassouvis.

Couverture de 'Les Enfants de minuit' de Salman Rushdie.
Couverture de 'Les Enfants de minuit' de Salman Rushdie. — (source)

Ce que disent les premières critiques

Les premiers retours sont unanimes. Le Financial Times parle de « contes malicieux et sages avec le sens de la fin ». NPR souligne que ces histoires tournent autour de « la fin de la vie, de ce qui pourrait venir après et de l’idée d’héritage personnel ». Le Times Literary Supplement évoque des « histoires tardives d’un auto-proclamé “argumentateur avec le monde” ». Sur BookMarks, qui agrège les critiques anglo-saxonnes, le livre obtient un score « Positif » basé sur 13 critiques.

Ce qui frappe, c’est la constance du ton : les critiques saluent toutes la lucidité de Rushdie, son humour noir, sa capacité à parler de la mort avec une légèreté qui n’exclut jamais la profondeur. Pour un homme qui a frôlé la mort, écrire sur la fin de vie avec autant de malice et de sagesse est un exploit en soi.

Mortalité, vengeance, art : les obsessions d’un homme qui a frôlé la mort

« La onzième heure » est traversée par une conscience aiguë de la mort. Mais ce n’est pas un livre morbide. C’est une célébration de la vie à travers le prisme de la mortalité. Rushdie, né en 1947, écrit avec la lucidité de ceux qui savent que le temps presse. L’attentat de 2022 a rendu ce thème plus brûlant que jamais.

La « onzième heure » est celle de la fin de vie, mais aussi de la renaissance

L’expression « onzième heure » évoque le dernier moment, l’heure critique. Dans le langage courant, c’est le moment où tout peut basculer, où il est encore temps d’agir. Rushdie joue sur cette ambiguïté. Ses histoires parlent de fins – fins de vie, fins de cycles, fins de relations – mais elles sont aussi des commencements. Chaque personnage est confronté à une ultime chance, à un choix décisif.

La mort n’est pas une fin en soi dans ce livre. Elle est un horizon, une limite qui donne aux gestes et aux paroles leur poids véritable. Rushdie ne nous invite pas à pleurer sur notre condition mortelle. Il nous invite à danser sur le bord du gouffre, à rire de nos peurs, à aimer ce que nous avons avant qu’il ne soit trop tard. C’est un livre profondément vivant, malgré son sujet.

Goya, Kafka et Bosch : les fantômes qui hantent le roman

Rushdie cite lui-même trois artistes comme influences majeures de ce recueil : Goya, Kafka et Bosch. Trois visionnaires, trois âmes sombres qui ont su regarder l’horreur en face et la transformer en art. Goya avec ses gravures cauchemardesques, Kafka avec ses labyrinthes bureaucratiques, Bosch avec ses jardins des délices peuplés de créatures grotesques.

Ces références ne sont pas gratuites. Elles disent quelque chose de la méthode de Rushdie : regarder la violence et la peur, les comprendre, les intégrer, et les transcender par la beauté. La colère et la paix cohabitent dans ces pages. La vengeance et le pardon se répondent. Rushdie ne propose pas de solution facile : il montre que l’art est le seul lieu où ces contradictions peuvent coexister sans se détruire.

Portrait peint de Salman Rushdie, intitulé 'The Moor', avec un arrière-plan surréaliste.
Portrait peint de Salman Rushdie, intitulé 'The Moor', avec un arrière-plan surréaliste. — (source)

Pourquoi Gallimard a misé sur ce retour fracassant

La France a toujours été un territoire fertile pour Rushdie. Gallimard, son éditeur historique, a déployé des moyens considérables pour ce lancement. Ce n’est pas un hasard : « La onzième heure » est un livre qui parle à notre époque, et la maison d’édition le sait.

La collection « Du monde entier » accueille son enfant prodige

La collection blanche de Gallimard est un label de qualité. Depuis sa création, elle a publié les plus grands noms de la littérature mondiale. Rushdie y a sa place depuis « Les Enfants de Minuit ». Mais ce nouveau livre est particulier. Il arrive après l’attentat, après « Le Couteau », après des années de silence fictionnel.

La traduction française est un défi en soi. Le style de Rushdie est unique : mélange de lyrisme, de réalisme magique et d’humour noir. Rendre cette alchimie en français demande un talent rare. Gallimard a confié ce travail à un traducteur chevronné. Le résultat promet d’être à la hauteur de l’original.

Une campagne de lancement digne d’un Prix Nobel

L’événement « Masters of Books » au mk2 Bibliothèque n’est que la partie émergée de l’iceberg. Gallimard a orchestré une sortie mondiale synchronisée, avec des interviews fleuves dans les grands médias français et internationaux. Rushdie sera présent sur tous les fronts : télévision, radio, presse écrite, réseaux sociaux.

La France est un maillon essentiel de cette stratégie. Rushdie y est considéré comme un géant de la littérature, et son combat pour la liberté d’expression trouve ici un écho particulier. Gallimard mise sur la puissance émotionnelle de ce retour pour toucher un public large, au-delà des cercles littéraires habituels.

Tu n’as jamais lu Rushdie ? « La onzième heure » est la porte d’entrée parfaite

Pour les lecteurs de 18 à 25 ans, le nom de Rushdie peut sembler intimidant. « Les Enfants de Minuit » fait 700 pages. « Les Versets sataniques » est un monument complexe. Mais « La onzième heure » est différent. C’est un livre accessible, qui ne demande pas de connaître toute l’œuvre de l’auteur pour être apprécié.

Des « Enfants de Minuit » aux « Versets sataniques » : le portrait d’un géant

Né à Bombay en 1947, Rushdie a conquis le monde avec « Les Enfants de Minuit » (1981), qui a remporté le Booker Prize et, plus tard, le Booker des Booker. « Les Versets sataniques » (1988) a déclenché une fatwa de l’ayatollah Khomeini, forçant Rushdie à vivre caché pendant près d’une décennie. L’attentat de 2022 a ajouté une tragédie supplémentaire à une vie déjà marquée par la violence.

Mais Rushdie n’est pas seulement un symbole. C’est un écrivain d’une puissance rare, capable de mêler la grande Histoire aux histoires intimes, le réalisme magique à la satire politique. Ses livres sont des mondes en eux-mêmes. « La onzième heure » est une porte d’entrée idéale pour découvrir cet univers.

Pourquoi ce recueil est plus accessible que ses romans-fleuves

Avec ses 320 pages et ses cinq histoires distinctes, « La onzième heure » est moins intimidant que les pavés de Rushdie. Pas besoin de s’immerger dans une saga de 600 pages. Chaque novella se lit comme un récit autonome, avec ses personnages, son décor, son intrigue.

Le format de la novella est parfait pour découvrir le style inimitable de Rushdie : un mélange de lyrisme, de réalisme magique et d’humour noir. Les phrases sont ciselées, les dialogues percutants, les descriptions évocatrices. C’est du grand art, mais à taille humaine. Si vous n’avez jamais lu Rushdie, commencez par ici. Vous ne serez pas déçu.

Conclusion : Salman Rushdie, l’éternel argumentateur, a encore frappé

« La onzième heure » est un paradoxe magnifique : une œuvre sur la fin de vie écrite par un homme qui a survécu à la mort. C’est un triomphe de l’esprit sur la violence, un acte de foi dans le pouvoir des histoires. Rushdie, l’éternel argumentateur, n’a pas fini de nous surprendre. Le 11 juin 2026, rendez-vous en librairie pour découvrir ce quintette de nouvelles à la fois intime et universel. Vous ne le regretterez pas.

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Questions fréquentes

Quand sort « La onzième heure » de Salman Rushdie ?

Le recueil de nouvelles « La onzième heure » sort en librairie le 11 juin 2026, publié par Gallimard dans la collection « Du monde entier ».

De quoi parle « La onzième heure » de Rushdie ?

Le livre est un recueil de cinq textes (trois novellas encadrées par un prologue et un épilogue) qui explorent la mortalité, la vengeance, la colère, la paix et l'Amérique, avec des décors comme Bombay, Cambridge et Chennai.

Quel est le prix du livre « La onzième heure » ?

Le livre broché de 320 pages est vendu environ 23 € et porte le numéro ISBN 9782073125347.

Quel événement a marqué la vie de Salman Rushdie en 2022 ?

Le 12 août 2022, Rushdie a été poignardé à plusieurs reprises lors d'une conférence à la Chautauqua Institution, perdant la vue d'un œil et subissant de graves lésions nerveuses à la main.

Pourquoi « La onzième heure » est-il un livre important pour Rushdie ?

C'est son premier ouvrage de fiction depuis l'attentat de 2022, marquant son retour à l'imagination pure après le récit autobiographique « Le Couteau » (2024) et symbolisant sa renaissance créative.

Sources

  1. actualitte.com · actualitte.com
  2. facebook.com · facebook.com
  3. fnac.com · fnac.com
  4. Eleventh Hour (série télévisée, 2008) — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  5. ft.com · ft.com
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Hugo Lambot @page-turner

Je dévore des livres depuis que j'ai appris à lire. Romans, essais, BD, mangas, poésie – tout y passe. Libraire à Angers, je passe mes journées à conseiller des lecteurs et mes soirées à en être un moi-même. J'ai un carnet où je note toutes mes lectures depuis 2012, avec des étoiles et des citations. Mes critiques essaient de donner envie sans spoiler, parce que rien ne vaut la surprise d'une bonne histoire.

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