
Un road-movie envoûtant au rythme du jazz
« En rentrant chez lui au petit matin, Alexis, un saxophoniste de jazz, découvre que sa petite amie, Mary, est partie. Elle ne lui a laissé que quelques mots griffonnés sur un bout de papier. Bien décidé à la reconquérir, mais ne possédant pour seuls indices qu'un numéro de téléphone auquel personne ne répond et le souvenir de la maison de famille de Mary, quelque part à Dinard, il met le cap à l'ouest à bord de sa vieille Peugeot 203 décapotable. Comme dans un road-movie, Alexis part en quête de la femme de sa vie dans la torpeur d'un jour d'été, prêt à toutes les rencontres et à toutes les aventures... Il arrive parfois qu'une bande dessinée ressemble à un morceau de jazz. Un thème de départ, des moments de silence, quelques plages d'improvisation, et voilà le récit qui bifurque et file au hasard, sans prévenir, comme un musicien se lance dans un solo. Bruno Le Floc'h mêle un trait d'une grande finesse, une lumière d'été presque aveuglante, du silence, un certain sens de la couleur et des scènes qui évoquent par instants les tableaux du peintre américain Edward Hopper, avec leurs rues écrasées de chaleur et des personnages aux prises avec leur destin. Sans oublier son goût de l'écriture très travaillée qui donne à ce récit une authentique dimension littéraire. » (Présentation Dargaud)
Un exercice de style réussi
C'est un bel exercice de style auquel s'est adonné Bruno Le Floc'h avec Saint-Germain, puis rouler vers l'ouest. Écrire tout un récit comme on improvise un morceau de jazz peut s'avérer périlleux. Mais ce n'est pas pour rien que ce one-shot figure dans la collection « Long Courrier » de Dargaud, l'une des collections les plus originales du neuvième art. Bruno Le Floc'h parvient à tenir son pari tout au long de l'album.
Le voyage d'Alexis à la recherche de Mary
Le personnage principal de ce récit n'est évidemment autre qu'un jazzman ivre de musique : Alexis. Après une nuit mouvementée, sa petite amie a décidé de partir. Alexis décide de la retrouver vers Dinard (seule piste qu'il a réussi à obtenir pour retrouver sa belle), vers l'ouest. Ce bouleversement sert de point de départ—qui fonctionne plus comme prétexte qu'autre chose—à un voyage improvisé, dont le thème principal qui le guide jusqu'à la fin se résume à « vers l'ouest ».
Ses différentes rencontres impromptues permettent l'émergence de thèmes secondaires, mais le fil rouge demeure toujours son cap vers l'ouest pour retrouver sa petite amie, Mary. Tout au long de sa route, Alexis rencontre différentes femmes dont les noms sonnent comme des variations de l'originale : Maritie, Marina, Marie, Marielle... Au final, après diverses digressions, Alexis retrouve le thème original.
Certes, le scénario n'est pas d'une profondeur abyssale, mais Le Floc'h a le mérite de promener son lecteur à un rythme agréable.
Une atmosphère graphique inégale
Sur le plan graphique, Bruno Le Floc'h essaie de suggérer une atmosphère comme la musique sait si bien les créer. Mais si l'on adhère à certaines cases épurées et lumineuses, le côté « brouillon » des autres (visages des personnages inachevés, etc.) agace rapidement. Au final, on se sent un peu frustré, car tout l'album aurait pu être magnifique.
Fiche technique
Titre : Saint-Germain, puis rouler vers l'ouest
Auteur : Bruno Le Floc'h
Éditeur : Dargaud
Collection : Long Courrier