Foucauld Duchange, auteur de « La vierge jaune », photographié dans un cadre sobre et épuré.
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Sabot de la Vierge jaune : l'énigme du roman de Foucauld Duchange

Plongée dans l'univers du premier roman de Foucauld Duchange, « La Vierge jaune » : autofiction proustienne, mystère du sabot, influence du peintre Eugène Leroy et critique unanime.

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Un tableau peut-il contenir le secret d'une vie ? C'est la question vertigineuse que pose Foucauld Duchange dans son premier roman, La Vierge jaune, publié chez Gallimard le 21 mai 2026. Entre Roubaix et Paris, entre la matière épaisse d'Eugène Leroy et la mémoire fragile d'un enfant orphelin, ce court récit d'apprentissage a déjà conquis la critique. Jean-Claude Perrier, dans Livres Hebdo, le qualifie de « remarquable autofiction proustienne ». Le mystère du sabot de la vierge jaune devient alors la clé d'une quête intime qui touche au cœur de l'identité.

Foucauld Duchange, auteur de « La vierge jaune », photographié dans un cadre sobre et épuré.
Foucauld Duchange, auteur de « La vierge jaune », photographié dans un cadre sobre et épuré. — (source)

« La Vierge jaune » : l'autofiction proustienne qui ensorcelle la critique

L'effet de surprise est total. Quand un créatif publicitaire de 40 ans publie son premier roman chez Gallimard, dans la prestigieuse collection Aventures, on s'attend à une curiosité. On découvre une œuvre d'une maturité rare. La Vierge jaune raconte l'enfance d'un narrateur qui a perdu sa mère très jeune et qui grandit entouré des toiles austères d'Eugène Leroy, un peintre du Nord dont l'œuvre épaisse et mystérieuse devient peu à peu un refuge. Parmi ces toiles, une figure revient sans cesse : la Vierge jaune, tableau qui incarne pour l'enfant la mère disparue.

Le décor est planté : le Nord industriel, les briques rouges de Roubaix, les musées silencieux, et cette peinture qui semble contenir tous les secrets. La critique a immédiatement salué la plume de Duchange. « Remarquable autofiction proustienne », écrit Jean-Claude Perrier dans Livres Hebdo le 8 mai 2026. Le sous-titre de sa chronique, « Mal de mère », résume à lui seul le postulat poignant du livre. Le roman est un hymne à la peinture, à la mémoire et à cette région du Nord que l'auteur connaît intimement.

Un premier roman très attendu chez Gallimard

Les éléments bibliographiques sont désormais bien établis. La Vierge jaune paraît le 21 mai 2026 aux Éditions Gallimard, dans la collection Aventures. Le format broché compte 160 pages, vendu au prix de 19,00 €. Le numéro ISBN est le 9782073147943. Foucauld Duchange a lui-même annoncé la sortie sur son compte LinkedIn, avec un message sobre mais chargé d'émotion : « Mon premier roman paraîtra aux Éditions Gallimard le 21 mai. J'ai hâte de vous en dire plus sur La Vierge jaune ! » Le livre est disponible en précommande sur la plupart des plateformes depuis plusieurs semaines, et les libraires indépendants comme Mollat à Bordeaux ou les librairies du réseau Les Libraires au Canada le mettent déjà en avant. Le bouche-à-oreille fonctionne à plein régime, porté par une critique unanime.

« Mal de mère » : un postulat de départ poignant

Le synopsis officiel, disponible sur le site de Gallimard et chez les libraires partenaires, dévoile l'essentiel sans tout révéler. Le narrateur est orphelin de mère. Il grandit entre Roubaix et Paris, dans un univers où les toiles d'Eugène Leroy — qui fut le professeur de son grand-père — sont omniprésentes. Ces tableaux, décrits comme austères et presque abstraits, deviennent le décor d'une enfance marquée par l'absence. Parmi eux, La Vierge jaune se détache. Elle devient pour l'enfant une figure maternelle de substitution, une présence silencieuse qui veille sur lui. Mais cette présence est aussi une énigme. Pourquoi ce tableau précisément ? Que cache-t-il ? Et surtout, quel est ce mystérieux sabot de la vierge jaune qui semble être la clé de toute l'histoire ? La question centrale du livre — « Un tableau peut-il contenir le secret d'une vie ? » — trouve ici tout son sens.

Une réception critique unanime

Au-delà de la chronique de Livres Hebdo, l'écho médiatique est impressionnant pour un premier roman. Plusieurs médias culturels ont déjà programmé des interviews et des critiques. La comparaison avec Proust, loin d'être un simple effet d'annonce, semble tenir à la manière dont Duchange tisse les fils du souvenir. Le roman est présenté comme un « court roman d'apprentissage qui se passe dans le Nord de la France », une formule qui attire autant les amateurs de littérature régionale que les lecteurs en quête d'introspection. La question posée par le livre résonne particulièrement à une époque où l'art et la mémoire personnelle se rencontrent de plus en plus dans les récits contemporains.

Foucauld Duchange, auteur de La Vierge jaune, en portrait moderne.
Foucauld Duchange, auteur de La Vierge jaune, en portrait moderne. — (source)

Foucauld Duchange : itinéraire d'un pubard devenu romancier

L'homme derrière le livre est aussi fascinant que son œuvre. Foucauld Duchange n'est pas un écrivain de formation, ni un auteur qui a passé des années dans les ateliers d'écriture. Il est ce qu'on appelle dans le milieu un « créatif » : concepteur-rédacteur dans la publicité, fondateur d'un studio indépendant. À 40 ans, il publie un premier roman qui surprend par sa profondeur et sa maîtrise stylistique. Ce contraste — entre le monde de la communication et celui de la littérature exigeante — est un excellent hook pour les lecteurs jeunes, qui peuvent s'identifier à ce « side project » devenu œuvre d'art.

Le parcours de Duchange est jalonné de projets créatifs variés. Il a fondé le studio L'Impeccable, une agence de création qui travaille pour des marques et des institutions. Il a également lancé la revue artistique L'Artistique (ou Passion, selon les sources), un magazine papier qui explore les liens entre art contemporain et culture populaire. Son blog, La Conjuration, est un espace où il partage ses réflexions sur la création, la publicité et la littérature. Avant La Vierge jaune, il avait déjà publié des beaux livres chez Autrement, des ouvrages photo où se mêlaient texte et image. Bref, Duchange n'est pas un écrivain tombé du ciel. C'est un professionnel de l'image et du mot qui a mûri son projet pendant des années.

Foucauld Duchange (à droite) posant avec une autre personne lors d'un événement.
Foucauld Duchange (à droite) posant avec une autre personne lors d'un événement. — (source)

De L'Impeccable à la Collection Aventures

Le passage de la publicité à la littérature peut sembler abrupt. Il est en réalité logique. Dans son métier de concepteur-rédacteur, Duchange manipule les mots au quotidien. Il sait raconter des histoires, créer des ambiances, susciter des émotions en quelques lignes. Ce savoir-faire, il le transpose dans son roman avec une aisance déconcertante. La collection Aventures de Gallimard, qui accueille son texte, est réputée pour publier des premiers romans audacieux, souvent à la croisée des genres. La Vierge jaune y trouve sa place naturelle : c'est un livre qui ose mêler l'intime et l'universel, le personnel et l'artistique. Duchange a su convaincre les éditeurs par la force de son manuscrit, par cette voix singulière qui mêle la précision du publicitaire à la sensibilité du romancier.

Pourquoi un premier roman à 40 ans ?

L'âge de l'auteur — né en septembre 1986 — n'est pas anodin. Publier un premier roman à 40 ans, c'est avoir eu le temps de vivre, d'observer, de ressentir. L'autofiction, par définition, exige un recul sur soi-même, une capacité à analyser son propre passé avec une certaine distance. Duchange parle de l'enfance, du deuil, de la région Nord. Ce sont des sujets qui demandent de la maturité. Un auteur plus jeune aurait peut-être écrit un livre plus brut, plus immédiat. Duchange, lui, offre une réflexion apaisée, presque philosophique, sur la perte et la reconstruction. La maturité de son regard sur sa famille et sur son territoire donne une épaisseur particulière au récit. On sent que chaque mot a été pesé, chaque souvenir filtré par le temps.

Les racines nordistes de l'auteur

Né et élevé dans le Nord, Duchange connaît intimement les paysages de Roubaix et de Tourcoing. Cette connaissance du terrain imprègne chaque page du roman. Les descriptions des rues de brique, des filatures désaffectées, des musées silencieux ne sont pas de simples décors : ce sont des personnages à part entière. L'auteur puise dans ses propres souvenirs d'enfance pour donner vie à ce territoire. Le Nord n'est pas ici un simple cadre exotique, mais le creuset d'une identité. Duchange rejoint ainsi une tradition littéraire régionale qui va de Zola à Pierre Lemaitre, en passant par les romans de la mémoire ouvrière.

Le vrai héros du livre : Eugène Leroy, le peintre du mystère

Pour comprendre l'intrigue et le fameux « sabot de la vierge jaune », il faut d'abord connaître le peintre qui donne son âme au roman. Eugène Leroy (1910-2000) est un artiste français né à Tourcoing, dans le Nord. Son œuvre est unique : des toiles épaisses, presque sculpturales, où la matière picturale s'accumule en couches successives. Ses tableaux représentent souvent des figures humaines, des nus, des natures mortes, mais tout est noyé dans une brume de peinture qui semble vibrer. Leroy disait lui-même : « La peinture me fait vivre. » Cette phrase, rapportée dans une émission de RCF, résume l'intensité de son rapport à l'art. Il a enseigné le latin et le grec pendant 25 ans au collège Notre-Dame-des-Victoires de Roubaix, tout en peignant en secret. Ce n'est que tardivement, grâce à la reconnaissance de peintres comme Baselitz, que son travail a été exposé dans les grands musées.

Le style de Leroy est parfait pour un roman qui explore les non-dits d'une famille. Sa peinture est faite de strates, de couches superposées, comme la mémoire. On devine des formes sous la matière, mais on ne les distingue jamais complètement. C'est exactement ce que vit le narrateur : il cherche sa mère à travers les toiles, mais elle reste insaisissable, enfouie sous les années et les silences.

« Une peinture en profondeur, entre matière et mystère »

La journaliste de RCF décrit Leroy comme « le peintre de l'épaisseur ». Une formule juste. Ses toiles sont littéralement épaisses : il accumule la peinture, la gratte, la remet, jusqu'à obtenir une surface qui ressemble à de la terre labourée. Cette technique donne une profondeur émouvante au mystère des corps qu'il représente. Dans La Vierge jaune, le tableau éponyme est probablement l'une de ces œuvres où la figure de la Vierge émerge à peine de la matière. Pour l'enfant orphelin, cette image floue, presque abstraite, devient le visage de sa mère. Un visage qu'il doit reconstruire, comme on déchiffre une peinture. Le mystère du tableau est aussi celui de la mémoire : que reste-t-il d'une personne disparue ? Des souvenirs fragmentaires, des sensations, des objets. Et, peut-être, un tableau.

Portrait stylisé de Foucauld Duchange, auteur de La Vierge jaune.
Portrait stylisé de Foucauld Duchange, auteur de La Vierge jaune. — (source)

Le Nord, décor d'une enfance entre Roubaix et Paris

Le cadre géographique du roman est essentiel. Roubaix, Tourcoing, le Nord industriel : ces villes sont la matière première du récit. Eugène Leroy est né à Tourcoing en 1910, dans une famille modeste. Il a grandi dans cette région marquée par le textile, les usines, les corons. Ce décor contraste fortement avec Paris, où le narrateur se rend régulièrement. La tension entre ces deux mondes — le Nord ouvrier et la capitale bourgeoise — est un moteur narratif puissant. Le « sabot », cet objet en bois qui donne son titre à l'article, trouve ses racines dans cette région. Le sabot est la chaussure des ouvriers, des tisseurs, des fileuses. C'est un objet humble, utilitaire, chargé d'histoire. Dans le roman, il devient le vestige d'une mère disparue, le seul héritage tangible d'une femme que le narrateur n'a pas connue.

L'influence de Baselitz et la reconnaissance tardive

Eugène Leroy a longtemps travaillé dans l'ombre. Ce n'est qu'au début des années 1960 que le peintre allemand Georg Baselitz, découvrant ses toiles à Paris, fut profondément impressionné par leur puissance. Cette reconnaissance par un pair a ouvert les portes des galeries et des musées. Aujourd'hui, les œuvres de Leroy sont exposées au Musée d'Art Moderne de Paris et dans plusieurs collections internationales. Le roman de Duchange participe à cette redécouverte, en offrant une porte d'entrée émotionnelle dans l'œuvre complexe de l'artiste. Pour le grand public, La Vierge jaune devient une invitation à découvrir ce peintre unique, dont la technique et la sensibilité résonnent profondément avec les thèmes du deuil et de la mémoire.

« Sabot de la Vierge jaune » : le symbole au cœur de l'intrigue

Nous touchons ici au cœur du mystère. Le titre de l'article — « Sabot de la Vierge jaune » — n'est pas choisi au hasard. Il désigne l'objet autour duquel toute l'intrigue se construit. Dans le roman, le sabot est un vestige du Nord industriel, une chaussure en bois que la mère du narrateur aurait portée ou conservée. Cet objet, à la fois banal et chargé de sens, devient le fil rouge de l'enquête intime que mène le narrateur. Pourquoi sa mère possédait-elle ce sabot ? Que symbolise-t-il ? Et quel lien entretient-il avec le tableau La Vierge jaune ? Duchange utilise cet objet concret pour tisser son énigme. Le sabot est un point d'ancrage dans la réalité matérielle, alors que le tableau appartient au domaine de l'art et de l'imaginaire.

Le parallèle avec le mystère de la chambre jaune n'est pas anodin. Dans les deux cas, un objet ou un lieu devient le point de départ d'une enquête. Mais là où le roman de Gaston Leroux jouait sur le suspense policier, Duchange préfère l'introspection et la quête identitaire.

Extrait de la bande dessinée Un Jour dans la Nuit, par Virgile Dureuil et Foucauld Duchange.
Extrait de la bande dessinée Un Jour dans la Nuit, par Virgile Dureuil et Foucauld Duchange. — (source)

Le « sabot » : un vestige du Nord industriel

Le sabot en bois est un objet chargé d'histoire. Dans le Nord de la France, au XIXe et au début du XXe siècle, les ouvriers des filatures et des mines portaient des sabots pour travailler. C'était une chaussure robuste, bon marché, fabriquée à partir de bois de peuplier ou de hêtre. Le sabot est donc un symbole du peuple ouvrier, du travail manuel, des racines populaires. Dans le roman, cet objet est probablement l'un des seuls héritages tangibles de la mère disparue. Il ancre le récit dans une réalité matérielle et sociale forte. Le narrateur touche ce sabot, le regarde, le soupèse. Il cherche à comprendre ce que cet objet raconte de sa mère. Était-elle une ouvrière ? Une femme du peuple ? Ou bien le sabot est-il un souvenir d'enfance, un jouet, un objet décoratif ? Le mystère reste entier.

La Vierge jaune face au sabot : la mère rêvée contre la mère réelle

La dualité entre le tableau et le sabot est le moteur symbolique du roman. La Vierge jaune représente la mère idéale, immatérielle, protectrice. C'est une figure presque religieuse, une madone qui veille sur l'enfant de loin. Le sabot, au contraire, est la mère réelle, ancrée dans la matière, la terre, la classe ouvrière. L'un est éthéré, l'autre est concret. L'un est universel, l'autre est singulier. Le roman joue sur cette tension entre l'éphémère et l'éternel, entre le rêve et la réalité. Le narrateur doit apprendre à conjuguer ces deux images pour reconstruire une mère complète. C'est là toute la profondeur psychologique du livre.

Comment Duchange transforme ce détail en moteur d'enquête

L'aspect « enquête » ou « thriller intime » du récit est ce qui rend le livre si prenant. La quête du sens du sabot devient la quête du sens de la vie du narrateur. Chaque indice — un tableau, un objet, un souvenir — le rapproche un peu plus de la vérité. Mais cette vérité n'est pas un coup de théâtre. C'est une révélation intérieure, une acceptation du deuil et de l'absence. Le lecteur suit le narrateur pas à pas, comme un détective qui chercherait à résoudre le mystère de sa propre existence. Le sabot de la vierge jaune est le fil rouge qui relie tous les fragments du puzzle familial. Sans lui, l'histoire resterait incomplète.

Proust, peinture et autofiction : le style unique de Duchange

La comparaison avec Proust, émise par Livres Hebdo, peut sembler audacieuse pour un premier roman. Elle est pourtant justifiée. Duchange utilise la peinture comme Proust utilisait la madeleine : comme un déclencheur de mémoire involontaire. Chez Proust, le goût du gâteau trempé dans le thé ramène le narrateur à son enfance à Combray. Chez Duchange, ce sont les toiles empâtées d'Eugène Leroy qui plongent le narrateur dans les souvenirs de sa mère. La madeleine proustienne est gustative ; la madeleine de Duchange est visuelle et tactile. Mais le mécanisme est le même : un détail sensoriel ouvre une porte sur le passé.

Le style de Duchange est à la fois précis et évocateur. Il décrit les tableaux de Leroy avec une minutie presque technique, mais il sait aussi laisser place à l'émotion. Ses phrases sont longues, sinueuses, parfois complexes, mais jamais obscures. On sent l'influence de la grande littérature française, mais aussi celle de la publicité : chaque mot est choisi pour son impact, chaque image est pensée pour marquer les esprits.

La peinture comme madeleine littéraire

Analysons plus en détail cette comparaison stylistique. Chez Proust, la mémoire involontaire est déclenchée par une sensation : le goût, l'odorat, le toucher. Chez Duchange, c'est la vue qui domine. Le narrateur regarde les toiles de Leroy, et ces images figées libèrent des souvenirs enfouis. La peinture devient un vecteur de mémoire, un pont entre le présent et le passé. Cette approche est très moderne : elle repose sur l'idée que les images — qu'elles soient photographiques, cinématographiques ou picturales — sont les supports privilégiés de notre mémoire collective et individuelle. Duchange exploite cette idée avec une grande intelligence.

Roman d'apprentissage ou enquête intime ?

Le livre est décrit comme un « court roman d'apprentissage » (160 pages). Cette forme ramassée sert une histoire intense. Le parcours initiatique d'un jeune homme à la recherche de sa mère parle directement à la cible 18-25 ans, en quête de récits de passage à l'âge adulte. Mais La Vierge jaune n'est pas un simple roman de formation. C'est aussi une enquête intime, une plongée dans les méandres de la mémoire et de l'identité. Le narrateur ne cherche pas seulement à comprendre sa mère ; il cherche à se comprendre lui-même. Et c'est là que réside la force universelle du récit.

L'écriture de l'absence : une prose sensorielle

Ce qui frappe à la lecture, c'est la manière dont Duchange parvient à rendre palpable l'absence. Les descriptions des toiles de Leroy, avec leurs couches de peinture accumulées, deviennent des métaphores de la mémoire qui sédimente. L'auteur utilise un vocabulaire tactile : « épaisseur », « strates », « matière », « relief ». Chaque phrase semble construite comme un tableau, avec des touches successives qui finissent par composer une image. Cette prose sensorielle plonge le lecteur dans un état de contemplation proche de celui du narrateur. On ne lit pas seulement l'histoire, on la ressent physiquement.

Le legs d'Eugène Leroy : quand l'Art rencontre la Littérature

Ce roman s'inscrit dans une tendance culturelle bien identifiée : celle des livres qui mêlent art et émotion personnelle. Depuis le succès phénoménal des Yeux de Mona de Thomas Schlesser, le public français a montré un appétit grandissant pour les romans qui font découvrir des œuvres d'art tout en racontant une histoire intime. Duchange va plus loin que Schlesser : il ne se contente pas de citer un tableau, il fait de la peinture le personnage principal de son récit. Eugène Leroy n'est pas un simple prétexte ; il est le cœur battant du livre.

Le peintre nordiste, longtemps méconnu du grand public, connaît depuis quelques années une redécouverte méritée. Des expositions au Musée d'Art Moderne de Paris ont contribué à le faire connaître d'un public plus large. La Vierge jaune participe à cette redécouverte, en offrant une porte d'entrée émotionnelle dans l'œuvre complexe de Leroy.

Eugène Leroy : la redécouverte d'un artiste méconnu

Leroy a été exposé au Musée d'Art Moderne de Paris, mais il reste encore largement inconnu du grand public. Son style — cette peinture épaisse, presque abstraite — peut dérouter. Le roman de Duchange offre une clé de lecture. En racontant l'histoire d'un enfant qui cherche sa mère à travers ces toiles, il donne une dimension humaine à l'œuvre. Le lecteur apprend à regarder la peinture de Leroy avec les yeux du narrateur, à y voir des visages, des corps, des émotions. C'est une initiation artistique en douceur.

« Les Yeux de Mona » et « La Vierge jaune » : la nouvelle mode des romans sur l'art

La comparaison avec Les Yeux de Mona est inévitable. Les deux livres partagent une structure similaire : un personnage découvre l'art à travers une quête personnelle. Mais là où Schlesser utilisait les tableaux comme des leçons d'histoire de l'art, Duchange les utilise comme des miroirs de l'âme. Son approche est plus intime, plus subjective. Le public semble avoir soif de ces récits qui lient émotion personnelle et découverte esthétique. La Vierge jaune répond parfaitement à cette attente.

Une filiation avec Annie Ernaux et Édouard Louis

L'autofiction de Duchange s'inscrit également dans une tradition littéraire bien française, celle de l'écriture de soi. On peut y voir des échos d'Annie Ernaux dans la manière de décrire le milieu social d'origine, ou d'Édouard Louis dans la volonté de comprendre les mécanismes de la mémoire familiale. Mais Duchange apporte une dimension supplémentaire : celle de l'art comme vecteur de réconciliation. Là où Ernaux et Louis décrivent souvent une rupture avec le milieu familial, Duchange choisit la reconstruction par la peinture. C'est une approche plus apaisée, plus méditative, qui séduit par sa douceur.

Un premier roman qui marque la rentrée littéraire 2026

La Vierge jaune de Foucauld Duchange s'impose comme l'une des révélations de cette saison. En mêlant avec brio autofiction proustienne, mystère d'objet et peinture épaisse d'Eugène Leroy, l'auteur signe un premier roman d'une maturité rare. Le mystère du sabot de la vierge jaune, fil rouge de l'enquête intime, captive le lecteur de la première à la dernière page. La question centrale — un tableau peut-il contenir le secret d'une vie ? — trouve une réponse poignante dans ce récit d'apprentissage ancré dans le Nord.

Pour les amateurs de littérature exigeante, pour ceux qui cherchent un livre qui parle de deuil, de mémoire et de réconciliation, La Vierge jaune est une lecture incontournable. Disponible en librairie depuis le 21 mai 2026, il promet de faire parler de lui longtemps. Le mystère du sabot de la vierge jaune n'aura plus de secrets pour ceux qui oseront ouvrir ce livre. Et si, comme le suggère Duchange, la peinture peut vraiment contenir le secret d'une vie, alors ce roman est une invitation à regarder autrement les tableaux qui nous entourent.

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Questions fréquentes

Qui est Eugène Leroy dans La Vierge jaune ?

Eugène Leroy est un peintre nordiste dont les toiles épaisses et mystérieuses sont omniprésentes dans le roman. Son tableau La Vierge jaune devient pour le narrateur orphelin une figure maternelle de substitution et le point de départ d'une quête intime.

Que symbolise le sabot de la vierge jaune ?

Le sabot en bois est un vestige du Nord industriel et le seul héritage tangible de la mère disparue. Il ancre le récit dans la réalité matérielle et sociale, contrastant avec la figure idéale et immatérielle de la Vierge jaune peinte par Eugène Leroy.

Quel âge avait Foucauld Duchange à son premier roman ?

Foucauld Duchange avait 40 ans lors de la publication de son premier roman La Vierge jaune, le 21 mai 2026. L'auteur, né en septembre 1986, a travaillé comme créatif publicitaire avant de se lancer en littérature.

La Vierge jaune est-elle une autofiction ?

Oui, La Vierge jaune est qualifiée de « remarquable autofiction proustienne » par la critique. Le roman mêle une quête intime sur la mère disparue à une réflexion sur la peinture d'Eugène Leroy, dans un style qui évoque la mémoire involontaire de Proust.

Où se déroule l'histoire de La Vierge jaune ?

L'histoire se déroule entre Roubaix et Paris, dans le Nord industriel de la France. Le décor est marqué par les briques rouges, les musées silencieux et les toiles d'Eugène Leroy, qui imprègnent l'enfance du narrateur orphelin.

Sources

  1. gallimard.fr · gallimard.fr
  2. bedetheque.com · bedetheque.com
  3. calameo.com · calameo.com
  4. chasse-aux-livres.fr · chasse-aux-livres.fr
  5. cnap.fr · cnap.fr
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Hugo Lambot @page-turner

Je dévore des livres depuis que j'ai appris à lire. Romans, essais, BD, mangas, poésie – tout y passe. Libraire à Angers, je passe mes journées à conseiller des lecteurs et mes soirées à en être un moi-même. J'ai un carnet où je note toutes mes lectures depuis 2012, avec des étoiles et des citations. Mes critiques essaient de donner envie sans spoiler, parce que rien ne vaut la surprise d'une bonne histoire.

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