On le présente comme un polar sur les violences faites aux enfants. La présentation du livre dit tout autre chose. "La Rep", nouveau roman d'Étienne Cunge publié aux éditions Critic, est une fiction post-apocalyptique revendiquée comme "Solar Punk", qui s'intéresse à ce qui arrive à deux peuples contraints de cohabiter après une catastrophe. Ni crime, ni enquête, ni salle d'audience dans l'intrigue telle que les sources disponibles la décrivent : un avenir à construire, pas un coupable à trouver.

Ce que raconte vraiment "La Rep"
La notice de Livres Hebdo est sans ambiguïté sur le point de départ :
Loin d'une banale fiction postapocalyptique, le nouveau roman d'Étienne Cunge explore avec brio les conditions de l'avenir commun de deux peuples qui, après une catastrophe, mènent des modes de vie antagonistes.
Tout est là. Le moteur du récit n'est pas une affaire à résoudre, mais une cohabitation à inventer. Deux peuples, deux façons de vivre que tout oppose, un monde d'après qu'il faut bien partager : la matière du livre est politique, écologique et anthropologique avant d'être criminelle. L'expression "conditions de l'avenir commun" dit assez que l'enjeu se situe dans les règles, les compromis et les héritages que les survivants devront bâtir.
Rien, dans cette présentation, ne renvoie à une intrigue policière ni au thème des violences faites aux enfants. Le malentendu mérite d'être levé avant d'ouvrir le livre : un lecteur venu chercher un thriller judiciaire sur la protection de l'enfance ne trouvera pas ce qu'il croit avoir commandé.
Le "Solar Punk" revendiqué par l'éditeur
L'éditeur assume le positionnement. Dans une présentation datée de janvier 2026, Nicolas Winter écrit :
Un superbe roman Solar Punk proposé par le non moins superbe Etienne Cunge.
Le terme n'est pas décoratif. Dans la science-fiction contemporaine, le Solar Punk désigne le versant optimiste de l'anticipation : là où la dystopie décrit l'effondrement, il parie sur des sociétés qui trouvent des solutions - énergies douces, techniques sobres, organisations collectives, réparation plutôt que fuite. L'associer à un récit qui commence après une catastrophe n'est pas contradictoire : c'est précisément l'après qui devient le sujet, et non la catastrophe elle-même.
C'est aussi ce qui rend le livre intéressant pour un lecteur peu familier du genre. La question posée n'est pas "qui a fait quoi ?" mais "comment vivre ensemble quand nos manières de vivre sont devenues incompatibles ?". Une question de politique-fiction, posée à hauteur d'humains.
Un biologiste derrière la fiction
Le parcours de l'auteur éclaire ce choix. Né en 1973, biologiste de formation, Étienne Cunge est intervenu pendant plus de vingt ans comme expert dans le domaine du développement durable. Autrement dit, il n'arrive pas à l'anticipation écologique par goût de l'esthétique post-apocalyptique : il y arrive avec un métier, celui qui consiste à penser des systèmes viables sur le long terme, à arbitrer entre ressources, usages et besoins.
Cette cohérence entre l'auteur et son sujet ne garantit évidemment pas la réussite du roman. Elle explique en revanche pourquoi le livre parle de modes de vie antagonistes plutôt que de coupables : ce qui intéresse Cunge, c'est la possibilité - ou l'impossibilité - d'un avenir partagé. La fiction devient un laboratoire où l'on teste des façons de s'organiser, pas une caisse de résonance pour dénoncer un crime.
Ce que le lecteur peut en attendre
Il faut être honnête sur l'état de l'information disponible. En dehors de la notice de Livres Hebdo et de la présentation de l'éditeur, aucune analyse critique indépendante du contenu n'a pu être consultée, et le synopsis complet n'est pas accessible. On ne peut donc rien dire de solide sur le style, la construction ou la réussite des personnages. Ce que l'on sait avec certitude concerne le genre, le sujet et l'auteur - et cela suffit à corriger l'étiquette.
Reste une question éditoriale : pourquoi un roman de ce type se retrouve-t-il annoncé comme un polar sur les violences faites aux enfants ? Le thème existe, il est documenté, il donne lieu à des enquêtes et à des récits nécessaires. Mais ce n'est pas celui de "La Rep". Si c'est cette réalité-là que vous cherchez, mieux vaut vous tourner vers des textes qui la traitent frontalement - et laisser à Étienne Cunge son terrain : une fiction d'anticipation qui demande à ses lecteurs non pas de désigner un monstre, mais de réfléchir à la manière dont des peuples que tout sépare peuvent encore habiter la même Terre.