
Le quatrième tome d'une trilogie visionnaire
« Rendez-vous à Paris », annonçait le précédent épisode de la saga. Et de fait, c'est bien dans la capitale française que l'on marche sur les traces de Nike. Un Nike transformé, sous influence ; malgré une apparence de liberté, c'est l'emprise warholienne qui s'exerce encore sur le moindre de ses faits et gestes. Il est bien là, juste sous sa peau, conservant les événements sous contrôle.
Pendant ce temps, là-haut, très loin en apesanteur, Leyla, devenue astronaute, prend subrepticement la direction du vaisseau qui fonce vers Mars... (Présentation Casterman)
Une œuvre humaniste sur la Yougoslavie
Après une douzaine d'années de travail et de création, Enki Bilal met le point final à sa trilogie en quatre albums avec le dernier tome, Quatre ? (bien qu'à vrai dire la fin soit plutôt ouverte...). Cette œuvre personnelle et humaniste reflète les réflexions de l'auteur sur la tragédie de la Yougoslavie. Bilal a voulu se défaire de toute position partisane afin de tendre vers l'universel. Il aborde ainsi des thèmes fondamentaux : la mémoire individuelle et collective, la religion, la politique, le temps, l'amour et bien d'autres.
Le Sommeil du monstre n'est pas conçu sur le mode du reportage (même si la guerre des Balkans est évidemment évoquée) mais de l'œuvre fictionnelle oscillant entre réel et irréel.
Une narration à trois voix

Bilal a construit son histoire à travers trois personnages principaux : Nike, Leyla et Amir, trois orphelins qui représentent le mélange des ethnies, « révélateur de la réalité balkanique [qu'il aimait] ». Le scénario se complexifie par les différentes couches que cela engendre. De multiples questions surgissent à la lecture, invitant le lecteur à réfléchir plutôt qu'à recevoir des faits tout faits. Le personnage énigmatique de Warhole constitue l'une des principales sources d'interrogation.
Le Sommeil du monstre s'avère également une œuvre littéraire. La prégnance de l'écrit est assez forte grâce à la voix off, qui se décompose elle aussi en trois pour révéler le point de vue de chaque personnage.
Un univers graphique apaisé
Sur le plan graphique, on retrouve avec bonheur l'univers caractéristique de Bilal. Le dessinateur considère chaque case comme de petits tableaux. Le lecteur se plonge dans ces couleurs en fusion, issues de la technique mixte de la peinture acrylique et du pastel. La noirceur des premiers albums fait place à un monde plus apaisé.
Fiche technique
Série : Le Sommeil du monstre
Titre : Quatre ?
Auteur : Enki Bilal
Éditeur : Casterman