Imagine un XIXe siècle où des hommes en redingote et haut-de-forme voyagent dans l’espace à bord de vaisseaux propulsés à l’éther. Ce n’est pas un rêve : c’est le postulat du Château des étoiles, la série de bande dessinée créée par Alex Alice à partir de 2014. Entre uchronie documentée, aquarelles somptueuses et format de feuilleton, cette saga est devenue un classique instantané de la BD franco-belge

Si tu cherches une porte d’entrée dans l’univers steampunk, tu viens de la trouver. Accroche-toi : on décolle pour l’éther.
« Le Château des étoiles » : une uchronie qui réinvente 1869
L’année 1868 marque un tournant dans l’histoire alternative que nous raconte Alex Alice. Marie Dulac, scientifique passionnée par la recherche de l’éther, s’élève en montgolfière et atteint ce mystérieux fluide cosmique. Elle n’y survit pas, mais son sacrifice pose les bases d’une découverte qui changera le monde.
Un an plus tard, en 1869, son fils Séraphin et son mari, le professeur Dulac, reçoivent une lettre inattendue. Elle vient de Louis II, roi de Bavière, qui propose de financer leurs recherches sur l’éther. Le souverain, fasciné par les sciences et les arts, voit dans ce projet une occasion de marquer l’histoire. Il a raison : la conquête spatiale commence, cent ans avant le premier pas sur la Lune.
1869 : et si l’espace se conquérait à la vapeur ?
Alex Alice ne se contente pas d’inventer une machine volante. Il ancre son récit dans un XIXe siècle crédible, peuplé de personnages historiques réels. Bismarck et la Prusse complotent en coulisses pour saboter l’expédition française. Napoléon III observe, méfiant. Richard Wagner compose. Sissi, l’impératrice d’Autriche, apparaît discrètement dans les premières gazettes.
« S’il y avait eu une conquête de l’espace à ce moment-là, Louis II de Bavière y aurait forcément pris part », explique Alex Alice dans une interview à La Loutre masquée. Cette phrase résume tout l’esprit de la série : une uchronie rigoureuse, où chaque détail historique sert le récit sans jamais l’alourdir.
L’éther devient le carburant d’un vaisseau interplanétaire, l’éthernef. Les héros doivent déjouer les espions prussiens, convaincre les courtisans sceptiques et affronter les lois de la physique… revisitées par la science du XIXe siècle. Le résultat ? Une aventure qui mêle Jules Verne, politique européenne et rêve d’évasion.
Alex Alice, l’héritier de Jules Verne qui dessine des machines à éther
Avant Le Château des étoiles, Alex Alice était déjà connu pour Siegfried, une adaptation du Ring de Wagner, et Le Troisième Testament, une série ésotérique. Mais avec cette nouvelle saga, il fusionne deux passions qui le hantent depuis l’enfance : Jules Verne et les châteaux de Bavière

In an interview with ActuaLitté, he explains his approach: « I tell the story of space exploration as if it unfolded in Jules Verne's era. So you get adventurers in frock coats, ether-driven engines, and rival nations competing for control of the skies. »
Pour donner vie à ses vaisseaux, Alice a construit des maquettes en papier avant de les dessiner. Chaque page est le fruit d’un travail artisanal, sans recours à l’informatique pour la couleur. Cette exigence se ressent dans chaque case.
Pourquoi cette série est une porte d’entrée parfaite dans le steampunk
Le steampunk peut intimider. Entre les pavés de SF victorienne et les romans de William Gibson, le genre semble parfois réservé aux initiés. Le Château des étoiles change la donne.
« La série navigue entre steampunk, uchronie et science-fiction », résume le blog Lorhkan. Mais contrairement à certains récits du genre, elle reste accessible grâce à une narration claire et des héros jeunes. Séraphin, enfant, sert de guide au lecteur. Les engins à vapeur, les redingotes et les rivalités d’empires sont présents, mais jamais au détriment de l’histoire.
Si tu veux découvrir le steampunk sans te noyer dans des descriptions alambiquées, commence par cette BD. Tu ne le regretteras pas.
Le format révolutionnaire des gazettes : quand la BD imite le feuilleton du XIXe siècle
L’une des grandes forces du Château des étoiles réside dans son mode de publication unique. Chaque volume n’arrive pas directement en librairie sous forme d’album relié. Il est d’abord pré-publié en trois « gazettes », de grands fascicules imprimés sur papier journal.
Ce format, Alex Alice l’a voulu dès le départ. Il s’inspire des Mystérieuses Cités d’or, la série animée des années 1980, mais aussi des feuilletons littéraires du XIXe siècle, comme Le Tour du monde en quatre-vingts jours.
Trois gazettes par album : le retour du feuilleton papier
Chaque gazette mesure environ 30 centimètres sur 40, un format qui dépasse largement celui d’une BD classique. Le papier est épais, légèrement jauni, comme un journal d’époque. À l’intérieur, les planches d’Alex Alice côtoient de faux articles de presse rédigés par Alex Nikolavitch.
« J’adore ce format, il permet de retrouver l’esprit des feuilletons littéraires du XIXe siècle », explique l’auteur dans la même interview. Et ça marche : les lecteurs attendent chaque gazette avec l’impatience de ceux qui suivaient les aventures de Phileas Fogg en 1872.
Ce système crée une communauté. Sur les réseaux sociaux, les fans partagent leurs impressions, comparent les couvertures, spéculent sur la suite. Le feuilleton n’est pas mort : il s’est simplement adapté au XXIe siècle.
Des objets de collection qui valent le détour
Les gazettes ne sont pas de simples fascicules. Ce sont des objets en soi. Le grand format permet aux illustrations de s’épanouir en pleine page. Les faux articles enrichissent l’univers : on y apprend des détails sur la géopolitique de 1869, les découvertes scientifiques, la vie à la cour de Bavière.
Pour les collectionneurs, ces gazettes sont devenues des pièces recherchées. Les premiers numéros, épuisés, se revendent à prix d’or. En 2023, pour les dix ans de la série, deux art-books ont été publiés à l’occasion de l’exposition à la galerie Daniel Maghen. De quoi faire saliver les amateurs.
Une narration qui joue avec les codes de la presse ancienne
Les articles de presse fictifs ne sont pas un simple gadget. Ils permettent de densifier l’univers sans alourdir le récit principal. Pendant que Séraphin explore l’éther, le lecteur découvre dans les marges les manœuvres politiques de Bismarck ou les inventions farfelues des savants de l’époque.
Ce monde étendu a donné naissance à des spin-offs. Les Chimères de Vénus, écrit par Alain Ayroles et dessiné par Étienne Jung, oppose colons britanniques et français sur la planète Vénus. Plus récemment, Les Chants du cygne noir explore la piraterie spatiale. L’univers du Château des étoiles ne cesse de s’agrandir.
Une aquarelle à couper le souffle : comment Alex Alice dessine la lumière
Si le scénario est solide, c’est le dessin qui fait chavirer les cœurs. Alex Alice utilise exclusivement l’aquarelle, sans encrage préalable. Chaque page est une œuvre d’art en soi.
On the website Lirado, the review describes Le Château des étoiles as a breathtaking steampunk duology that sits at an intersection of science and fantasy, boasting exceptional visual and narrative quality. They note that the artwork employs direct colors without any inking, creating a watercolor-like effect that lends a dreamy, hazy quality to the scenes.
Pas d’encrage, pas de Photoshop : le pari de l’aquarelle pure
Alex Alice dessine à la main, sur papier. Il applique la couleur directement sur les crayonnés, sans passer par l’encre ni par un logiciel. « L’informatique permet d’aller trop vite, confie-t-il à ActuaLitté. Moi, j’ai besoin de fermer les yeux, de voir l’image avant de la faire. »
Chaque page est donc ce qui sort de sa table à dessin, sans retouche numérique. Pour les gros volumes, il est assisté par Anthony Simon, mais le geste reste artisanal. Cette technique donne aux illustrations une transparence, une légèreté que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.
Du brouillard à l’éther : comment l’aquarelle crée l’atmosphère du récit
Le caractère vaporeux de l’aquarelle convient parfaitement à l’univers du Château des étoiles. Les nuages, l’éther, les brumes de Vénus : tout se prête à cette technique. Les planches ressemblent à des tableaux, avec des dégradés subtils et des lumières changeantes.
Les comparaisons avec Miyazaki reviennent souvent. Le Château dans le ciel et Le Voyage de Chihiro partagent avec cette BD une même poésie visuelle, un même goût pour les machines volantes et les paysages oniriques. Mais Alex Alice ne copie pas : il invente son propre langage graphique.
Les expositions qui consacrent un style reconnu
En 2017, le Musée de la BD d’Angoulême a consacré une exposition à la série, sous le commissariat de Fabien Hamm. En 2023, pour les dix ans, la galerie Daniel Maghen a présenté les planches originales en grand format.
Ces événements confirment ce que les lecteurs savent déjà : Le Château des étoiles est un classique contemporain de la bande dessinée franco-belge, comme le souligne ActuaBD. Un statut que peu de séries atteignent en seulement dix ans.
Des personnages historiques en guest stars : Bismarck, Wagner, Sissi
L’une des forces du Château des étoiles est d’utiliser de vraies figures historiques sans les réduire à des caricatures. Louis II, Bismarck, Wagner, Sissi : chacun apporte une couleur différente au récit.
Louis II de Bavière, mécène rêveur : pourquoi ce roi est le héros idéal
Louis II de Bavière est connu pour ses châteaux de conte de fées, comme Neuschwanstein. Contemporain de Jules Verne, il était passionné d’art, de musique et de sciences. Alex Alice en fait le mécène de l’expédition spatiale.
« S’il y avait eu une conquête de l’espace à ce moment-là, Louis II y aurait forcément pris part », répète l’auteur. Dans la BD, le roi n’est pas un simple « roi fou ». C’est un visionnaire incompris, qui utilise sa fortune pour réaliser ses rêves. L’éthernef, ce vaisseau spatial, est une métaphore de ses châteaux : une construction impossible, magnifique, destinée à s’élever vers le ciel.
Quand Bismarck et Napoléon III jouent aux espions
La rivalité franco-prussienne est le moteur politique de l’intrigue. Bismarck, chancelier de Prusse, envoie des espions saboter l’expédition française. Napoléon III, de son côté, observe avec méfiance les avancées bavaroises.
Cette tension historique rend le récit crédible. La guerre de 1870 approche. Les enjeux sont réels. Les personnages ne flottent pas dans un vide historique : ils agissent dans un monde où chaque décision a des conséquences politiques.
Wagner et Sissi : les clins d’œil pour les initiés
Richard Wagner apparaît dans la série, en clin d’œil à la passion de Louis II pour le compositeur. Sissi, l’impératrice d’Autriche, est présente dès les premières gazettes, mais son nom n’est pas révélé immédiatement.
Alex Alice explique ce choix : « Je voulais éviter le poids des références. Les lecteurs qui connaissent l’histoire reconnaîtront Sissi, les autres découvriront son nom plus tard. » Une manière de récompenser les initiés sans exclure les novices.
Dix ans d’évolution : du diptyque à l’univers étendu
À l’origine, Le Château des étoiles devait être un diptyque. Un premier tome pour lancer l’histoire, un second pour la conclure. Mais le succès a changé la donne.
Du diptyque à la saga : comment le public a fait grandir l’histoire
Le premier tome a reçu le prix Diagonale 2015 du meilleur album. L’édition anglaise, Castle in the Stars: The Space Race of 1869, a été classée Kirkus Reviews Best Book of 2017. Ces récompenses ont convaincu l’éditeur et l’auteur de continuer.
La série s’est donc élargie, sans jamais trahir son ADN. Chaque nouveau tome apporte son lot de découvertes, de personnages et de rebondissements. L’univers s’épaissit, mais la qualité reste au rendez-vous.
Tome 7 « Planète des brumes » (2024) : cap sur Vénus avec une orbe mystérieuse
Le septième tome, Planète des brumes, est sorti le 23 octobre 2024 chez Rue de Sèvres. 80 pages, 14,50 euros. L’histoire emmène les héros vers Vénus, où ils cherchent une mystérieuse « orbe des Anciens »

Cet album confirme l’expansion du lore. Les artefacts aliens, à peine évoqués dans les premiers tomes, deviennent centraux. La série s’ouvre à une dimension plus vaste, sans perdre son âme steampunk.
Spin-offs : « Les Chimères de Vénus » et au-delà
Le premier spin-off, Les Chimères de Vénus, écrit par Alain Ayroles et dessiné par Étienne Jung, oppose colons britanniques et français sur Vénus. L’univers devient un shared universe BD, à la manière des comics américains.
Le second spin-off, Les Chants du cygne noir, explore la piraterie spatiale. Pour en savoir plus, tu peux lire notre article dédié. Alex Alice troque même la BD pour le manga dans un pari audacieux que nous avons décortiqué.
Pourquoi « Le Château des étoiles » est la BD steampunk idéale pour les 18-25 ans
Tu as entre 18 et 25 ans. Tu cherches une BD qui te transporte, qui te fasse rêver, qui ait de la substance. Le Château des étoiles coche toutes les cases.
Entre aventure et réflexion : une série qui ne prend pas son lecteur pour un enfant
Dès les premières pages, la mort de Marie Dulac donne le ton. Ce n’est pas une série légère. Les thèmes abordés – rivalités politiques, sacrifices scientifiques, quête de sens – sont adultes, mais traités avec une clarté qui les rend accessibles.
Alex Alice l’a dit lui-même : « Je veux faire rêver les lecteurs à l’époque de Transformers. » Une œuvre qui résiste au rythme effréné du monde moderne, qui prend le temps de construire son univers et ses personnages

Par où commencer ? Guide de lecture pour les novices
Si tu débutes, commence par le tome 1. Tu peux le trouver en version gazette (pour l’expérience complète) ou en album relié (plus pratique). Ensuite, enchaîne avec les tomes suivants.
La série est disponible en librairie et en bibliothèque. Pour les impatients, les albums reliés suffisent. Mais si tu veux vivre l’aventure comme au XIXe siècle, cherche les gazettes. Elles valent le détour.
Le futur de l’éthernef : après Vénus, vers quoi ?
Le tome 7 ouvre des pistes fascinantes. Les artefacts aliens, la conquête de Vénus, les spin-offs… L’univers du Château des étoiles ne cesse de s’agrandir. Alex Alice a-t-il prévu de terminer la série ? Rien n’est moins sûr. Et tant mieux.
Alors, prêt à embarquer pour les étoiles ?
Conclusion
Le Château des étoiles n’est pas une simple BD steampunk. C’est une uchronie brillamment écrite, dessinée à l’aquarelle avec une maîtrise rare, portée par un format original qui renoue avec la tradition du feuilleton. En dix ans, la série est devenue un classique contemporain de la bande dessinée franco-belge, saluée par la critique et adorée par les lecteurs.
Si tu cherches une porte d’entrée dans le steampunk, ou simplement une aventure qui te fasse rêver, tu as trouvé ton bonheur. Ouvre le tome 1, monte à bord de l’éthernef, et laisse-toi porter vers les étoiles.