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Pampa : lune d'eau

Le dernier tome de la trilogie Pampa mêle réalisme et merveilleux dans un univers de passion, vengeance et magie porté par le style pictural unique de Carlos Nine.

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Pampa : Lune d'eau, le troisième acte de la trilogie

Un peu plus de deux ans après la sortie du premier tome Lune de Sang et un an après celle de Lune d'Argent, Jorge Zentner et Carlos Nine offrent le troisième et dernier volet de leur trilogie. Cet acte final, Lune d'eau, plonge à nouveau le lecteur dans ce conte fantastique mettant en scène un véritable drame humain dû à une malédiction implacable. Les auteurs développent un univers singulier où les passions se déchaînent.

Le sanguinaire Cirilo Parra a tué l'homme-puma pour expier les péchés de son défunt père. En vain : si le fantôme errant a retrouvé le chemin de la tombe, la malédiction d'une Indienne frappe toujours ses enfants. Leur salut viendra peut-être du voyage de Bartolomé, le jeune oracle dont les visions ont jusqu'alors guidé les pas des gauchos maudits. Parce qu'il ne veut pas finir comme la lune « qui voit dans l'obscurité mais reste seule », Bartolomé part vers la mer. En suivant les pas d'une femme rêvée par son parrain, il va à la recherche de la femme réelle.

Réalisme et merveilleux entrelacés dans la Pampa

Sous la plume de Jorge Zentner et les pinceaux de Carlos Nine, le rêve tutoie la réalité, qui elle-même flirte avec les mythes et les légendes. Leur écriture lapidaire possède la puissance des rêves, celle de nous transporter ailleurs, d'éveiller en nous un écho sans que l'on comprenne réellement pourquoi.

Comme l'explique le scénariste Jorge Zentner : « Nous voulions évoquer l'Argentine réelle, un univers de passion, où se mêlent merveilleux et monstrueux. C'est la vie de tous les jours au dix-neuvième siècle : histoire de famille, violence des Indiens, répression sauvage des militaires, viols, amour... Mais des forces étranges, aveugles et aveuglantes sont aussi à l'œuvre, comme souvent dans notre pays. » (BoDoï, n°62 avril 2003)

L'intérêt de Pampa réside dans ce mélange entre réalisme et merveilleux : la violence et les fureurs sont décuplées par la force de la légende. Passion et vengeance sont les deux piliers de ce conte fantastique aux résonances terriblement humaines. Le chemin de Bartolomé, qui quitte la mère Pampa pour aller quérir la mer de ses rêves, est celui de tous les hommes. Son parcours est celui du lecteur, qui chemine vers le bout de l'histoire et apprend progressivement à discerner la réalité qui se cache au cœur des images oniriques.

Le style pictural unique de Carlos Nine

Du point de vue pictural, cette bande dessinée est un cas particulier. En ouvrant Pampa, il ne faut pas s'attendre à un graphisme classique de type ligne claire. Le graphisme du dessinateur Nine se rapproche davantage de la peinture. Beaucoup de cases font toute la largeur de la page et pourraient devenir ainsi de véritables tableaux autonomes.

Cette dimension picturale s'explique par les autres activités du dessinateur : Nine a étudié à l'École Nationale des Beaux-Arts de Buenos Aires, puis a travaillé notamment comme illustrateur, peintre et sculpteur. On retrouve plusieurs de ses références picturales dans Pampa, puisque les visages déformés des personnages évoquent tour à tour Goya, Munch ou encore Daumier, qu'il apprécie particulièrement.

La maîtrise de la couleur et de la composition

Par l'utilisation de la couleur directe et de pastels assez sombres, Nine met brillamment en images cet univers où s'entremêlent les forces aveugles qui sont en nous. Son dessin rend compte de toute la puissance du récit. La composition dynamique renforce la violence de l'histoire. Les gros plans sur les personnages révèlent aussi les passions qui animent chacun d'eux.

La matérialité du dessin

Une autre caractéristique est à souligner, car elle est assez rare en bande dessinée : le lecteur perçoit ici la matérialité du dessin. On peut voir le grain du papier utilisé par le dessinateur (et même parfois la marque CANSON !) ainsi que tous les traits de pastel qui ne sont aucunement lissés. Par contre, les auteurs n'ont pas intégré directement les bulles au dessin. Elles semblent donc collées par-dessus, même si leurs formes sont travaillées.

La langue poétique de Jorge Zentner

La langue poétique du scénariste Zentner donne à ce monde son aspect mystérieux, avec ses mots qui forment comme une incantation magique. Laissez-vous prendre par cette magie du conte...


Série : Pampa
Titre : Lune d'eau
Auteurs : Zentner – Nine
Éditeur : Dargaud

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lorna
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