
Un projet personnel : adapter les carnets de guerre de son père
Moi, René Tardi, prisonnier de guerre - Stalag IIB concrétise un projet mûri de très longue date : transposer en bande dessinée les carnets de son propre père, rédigés sur des cahiers d'écolier. Dans ces carnets, René Tardi consigne par le menu la chronique de sa jeunesse, largement centrée sur ses années de guerre et de captivité en Allemagne.
Après avoir énormément travaillé sur la Première Guerre mondiale, c'est la première fois que Jacques Tardi s'intéresse d'aussi près à la Seconde Guerre mondiale. Ce faisant, il développe un projet profondément personnel : en mettant en images l'histoire de son père militaire, Tardi explore les racines, les origines et les ressorts de sa propre vie. Ce « roman familial » revêt des accents d'autant plus intimes que Tardi a associé au projet deux de ses propres enfants : Rachel (mise en couleur) et Oscar (documentation et recherches iconographiques).
L'histoire du petit soldat face aux grands événements
Comme à son habitude, Jacques Tardi ne s'intéresse pas aux grands généraux, mais au petit soldat ballotté malgré lui par les événements. Ce soldat, c'est son père ! Dans les années 1980, Jacques Tardi demande à son père de coucher par écrit toute son expérience de la guerre : la mobilisation, les combats, l'incarcération dans un stalag. C'est le quotidien ordinaire d'un soldat lors de la Seconde Guerre mondiale que nous découvrons, un devoir de mémoire rendu par Tardi avec une belle humanité.
Ce thème rejoint d'ailleurs les préoccupations historiques de l'auteur, déjà explorées dans C'était la guerre des tranchées et son admirable récit sur La Commune, Le Cri du Peuple.
Le récit : entre horreur et humour noir
Au cours d'un récit dense d'environ 160 pages, Tardi n'épargne rien des atrocités des combats et de l'horreur de la vie en stalag. Il décrit la faim qui tenaille en permanence les prisonniers, la maladie, l'ennui. Pourtant, l'auteur fait également preuve d'humour en se représentant en tant qu'enfant. Il imagine un dialogue entre lui et son père, où se confrontent des visions différentes de l'histoire. Ces échanges sont souvent pleins d'humour noir.
Une mise en page et une colorisation remarquables
Au niveau de la mise en page, Tardi adopte un découpage en trois strips par page (avec quelques variantes). Ces grandes cases panoramiques sont conçues comme de véritables tableaux. La mise en couleur, effectuée par sa fille Rachel, joue sur le noir, le blanc et toute une infinité de dégradés de gris, plongeant le lecteur dans la réalité sombre de ces années. L'ensemble est d'une très grande qualité et à lire très vite !
Informations pratiques
Titre : Moi, René Tardi, prisonnier de guerre - Stalag IIB
Auteur : Tardi
Éditeur : Casterman